Assureurs belges toujours face à d’importants défis en vue de Solvency II

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Bruxelles, le 15 novembre 2012 – Avant même qu’il ne soit question d’un éventuel report du régime de Solvency II, EY a mené, l’été dernier, une enquête auprès de 160 assureurs dans toute l’Europe. L’objectif était d’évaluer leur degré de préparation pour la mise en œuvre des normes de Solvency II. D’après les constatations, quelque 43 % des assureurs européens et 67 % des assureurs belges estiment qu’ils ne seront pas prêts pour la date de mise en œuvre prévue du 1er janvier 2014. En revanche, ils sont respectivement 90 % et 100 % à déclarer qu’ils seront en mesure de respecter la date du 1er janvier 2015. Pour les compagnies d’assurances, les défis importants portent surtout sur l’application des normes du troisième pilier et les adaptations nécessaires sur le plan des données et des systèmes informatiques. En d’autres termes, un report d’au moins un an serait une bonne nouvelle pour un grand nombre d’assureurs.

Un retard important pour répondre au troisième pilier

Les préparatifs pour le premier pilier sont relativement uniformes dans toute l’Europe : dans presque tous les pays, les assureurs déclarent avoir bien progressé pour la plupart des normes. En ce qui concerne le deuxième pilier, la situation est différente. Si le processus de conformité est déjà bien avancé chez les assureurs au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas, le reste du marché reconnaît avoir encore du chemin à parcourir.

« L’enquête nous apprend qu’en Belgique comme dans les autres pays, les compagnies d’assurances ont bien progressé sur le plan de la conformité aux normes du deuxième pilier dans la mesure où elles ont pu s’appuyer sur les éléments d’orientation fournis par l’autorité locale de surveillance », constate Christian Servais, senior manager financial services chez EY « Par contre, dans les domaines où le régulateur s’est montré moins clair, par exemple l’ORSA en Belgique, nous observons qu’il leur reste encore beaucoup à faire. »

La conformité au troisième pilier suscite encore plus d’inquiétude : 80 % des répondants admettent avoir peu progressé, voire pas du tout. Les assureurs britanniques et néerlandais sont relativement bien préparés par rapport aux autres. Les assureurs belges, de leur côté, se trouvent en milieu de peloton.

« Nous savons que depuis lors, de nombreuses organisations ont lancé leurs projets sur le troisième pilier (reporting) », précise Christian Servais. « Cependant, les efforts restent souvent limités à l’analyse des exigences qui découlent des modèles de rapports quantitatifs (quantitative reporting templates, QRT). Bon nombre d’assureurs hésitent à se mettre réellement au travail en raison des incertitudes qui pèsent sur les attentes définitives. Les autorités de surveillance ont donc un rôle important à jouer en vue d’éliminer ces incertitudes. Cela dit, l’implémentation de toutes les normes de rapport nécessite des investissements importants en termes de données, de systèmes informatiques et de processus, avec pour conséquence un délai de mise en œuvre assez long. Même avec un report du régime de Solvency II, il ne faut donc pas relâcher les efforts. »

Les données et l’informatique sont des problèmes importants

En ce qui concerne la gestion des donnée, près de 69 % des assureurs déclarent avoir atteint la conformité pour une partie des normes de SII seulement, voire pour aucune d’entre elles. Ils sont 81 % à rencontrer principalement des difficultés sur le plan de l’intégration des données et de son application chez leurs partenaires internes et externes.

« Pour créer le paysage de données nécessaire, les entreprises doivent intégrer plusieurs systèmes informatiques complexes, ce qui représente un défi colossal. L’enquête montre que l’appropriation, la gouvernance et le contrôle des données se mettent en place très difficilement et que les assureurs ont du mal à trancher », explique Christian Servais.

Utilisation d’un modèle interne : la préparation de l’application est particulièrement ardue

La préparation de l’application pour l’utilisation d’un modèle interne, qu’elle soit totale ou partielle, place les assureurs belges face à de multiples défis. L’enquête montre qu’ils accusent un retard par rapport à leurs homologues européens. En particulier, la documentation pose des problèmes importants car elle doit couvrir l’ensemble des normes SII qui s’appliquent aux modèles internes, avec des critères habituellement bien au-delà de la documentation existante.

« La préparation de l’application exige une prise en charge professionnelle. Pour passer ce cap avec succès, il faut que de nombreux spécialistes se mobilisent à travers les différents départements des compagnies d’assurances. Il faut aussi un changement de culture, notamment en ce qui concerne la documentation. Il est donc essentiel que le développement de l’application soit abordé selon une approche par projets, avec un management clair, et que les experts présents au sein de l’organisation soient explicitement libérés pour contribuer à la réalisation », conclut Christian Servais.