Feu orange pour l’attractivité de la Belgique selon les investisseurs étrangers

Les élections et l’optimisme retrouvé des investisseurs sont le moment idéal pour changer la donne

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Bruxelles, le 8 mai 2014 – Il ressort du Baromètre de l’Attractivité belge, un rapport annuel d’EY qui analyse la perception de la Belgique en tant que pays d’investissement, que l’attractivité de notre Royaume se situe à un tournant. Le nombre d’entreprises qui ont investi en Belgique durant les trois dernières années a atteint un nouveau creux. Il semble en outre que les investisseurs étrangers investiront encore à peine dans notre pays durant les années à venir. En effet, les investisseurs sont plus que jamais préoccupés par les charges salariales élevées, par la pression fiscale et parafiscale considérable et par la mobilité déficiente. Les investisseurs identifient toutefois quelques lueurs d’espoir, notamment les atouts traditionnels et solides de notre pays ainsi que le positivisme ambiant relatif à l’attractivité du marché européen. Des mesures drastiques en matière de charges salariales, de fiscalité et de mobilité doivent permettre à notre pays de se repositionner sur la carte des pays d'investissement attractifs.

Les chefs d’entreprise (établis en Belgique) interrogés n’ont jamais aussi peu investi en Belgique. Le nombre d’entrepreneurs qui ont investi en Belgique ces trois dernières années a chuté à 33 %, un chiffre inquiétant. À titre de comparaison, ce pourcentage se situait encore à 62 % en 2011. Le nombre d’entreprises qui n'ont réalisé aucun investissement ces trois dernières années est en outre passé de 49 % l'année dernière à 65 % cette année. Ces chiffres viennent confirmer la tendance négative engagée depuis 2011.

Cette tendance devrait également se poursuivre dans le futur. Tout comme l’année dernière, seuls 20 % des investisseurs étrangers indiquent avoir l’intention d’investir en Belgique dans les années à venir. Malgré la formation de notre gouvernement, la Belgique intéresse moins les investisseurs. À tel point que cet intérêt est tombé au plus bas en 2012 et s’est depuis stabilisé. De plus, 76 % des entreprises ont fait savoir qu’elles ne planifiaient aucun investissement en Belgique, une hausse alarmante de 8 % par rapport à l’année dernière.

« Cette situation est problématique. Si seulement 1 entreprise sur 5 interrogée prévoit d’investir dans des nouveaux projets, comme le rapport d’EY l’indique, cela compromettra considérablement la croissance future de la Belgique. La Belgique a justement besoin de nouveaux investissements, en particulier dans les secteurs d’activité de haute technologie, où les entreprises étrangères sont encore très dominantes.» explique Leo Sleuwaegen, professeur en International Business Strategy et Partner à la Vlerick Business School.

Les coûts salariaux et la pression fiscale restent les principales causes aux yeux des investisseurs

Ces mauvais chiffres peuvent s’expliquer par le fait que la Belgique présente un bilan négatif dans des domaines auxquels les entreprises attachent le plus d’importance lorsqu’elles prennent des décisions d’investissement. La mobilité et la logistique (36 %) et les coûts salariaux élevés (36 %) sont en effet des priorités pour les entreprises et précisément les principales difficultés auxquelles notre pays doit faire face selon les personnes interrogées. Ce qui ressort avant tout de l’étude c’est le climat négatif autour de la pression fiscale, qui dépasse actuellement le coût salarial élevé. En 2013, 35% des répondants indiquaient que leur préoccupation principale était la pression fiscale élevée en Belgique. Ce chiffre est depuis passé à 57%.

Les coûts salariaux élevés sont également de plus en plus préoccupants pour les investisseurs étrangers, passant de 46 % en 2013 à 51 % en 2014. Surtout les petites entreprises estiment que ces coûts salariaux deviennent insupportables. La pression administrative est également de plus en plus considérée comme une charge (64 % au lieu de 37 % en 2013). En règle générale, la pression fiscale élevée en Belgique reste la principale préoccupation des investisseurs étrangers. La mobilité est également un problème. Près de 4 investisseurs interrogés sur 10 pensent que cela a un effet négatif sur la compétitivité de la Belgique.

La Belgique peut toutefois profiter de solides atouts et de l’optimisme croissant en Europe

La Belgique peut toutefois compter sur l'optimisme européen croissant et au potentiel de notre pays à surmonter la crise. Au total, 82 % des investisseurs étrangers pensent que notre pays résistera à la crise, ce qui est conforme à la moyenne européenne.

Les personnes interrogées sont plus nombreuses que l’année dernière à estimer que l’attractivité de la Belgique, en tant que terre d’investissement, s’améliorera sur une période de trois ans (de 28 % à 35 %). Toutefois, ce pourcentage est nettement inférieur à la moyenne européenne qui s’élève à 54%.

Notre pays dispose encore d’une série d’atouts majeurs pour séduire les investisseurs. Les principaux atouts sont la diversité et la bonne formation de nos travailleurs (29 %), notre environnement économique stable (35 %) et la taille du marché belge (37 %). La position centrale au cœur de l’Europe et le sens de l’innovation que les investisseurs étrangers ressentent en Belgique accentuent également la tendance positive. Conclusion singulière de l’étude : 36 % des investisseurs interrogés pensent que la croissance belge reposera sur les technologies de l’information et de la communication, suivie par le secteur de la distribution et de la logistique (23 %).

Bruxelles continue d’attirer les investisseurs étrangers

Cette année encore, certaines différences régionales se dégagent. Pour la deuxième année consécutive, Bruxelles est perçue comme la région la plus attractive (38 %), juste devant la Flandre (34 %) et largement devant la Wallonie (11 %). Ce score élevé à Bruxelles doit toutefois être nuancé. Parmi les personnes interrogées déjà actives en Belgique, la Flandre décroche la première place (47 %) devant Bruxelles (33 %) et la Wallonie (15 %). Bruxelles doit sa popularité aux investisseurs étrangers qui n'ont toujours aucune activité en Belgique et ne connaissent donc pas les avantages et les inconvénients de chaque région. 44 % de ces chefs d’entreprise optent pour Bruxelles. 35 % d’entre eux indiquent ne pouvoir faire un choix en raison d’une connaissance insuffisante de l’attractivité de chaque région. Ceci montre surtout que les atouts de nos régions ne sont pas assez mis en exergue à l’étranger auprès des entreprises qui connaissent peu, ou pas bien, la Belgique.

« Ces chiffres indiquent que la Flandre et la Wallonie peuvent encore attirer de nombreux 'investisseurs flottants' si elles parviennent à mettre davantage leurs qualités en avant, estime Herwig Joosten, Managing Partner Tax d’EY. Les trois régions peuvent en outre renforcer leur attractivité en misant sur l’innovation et la créativité. Un meilleur soutien à notre industrie high-tech et aux PME ne manquera pas non plus d’aider à convaincre les investisseurs des atouts de leur région. »

L’attractivité belge à un tournant

Face à la confiance dans la relance des marchés européens et dans les atouts de la Belgique, notre pays se trouve à un tournant. Quelques mesures structurelles doivent permettre à la Belgique de traduire cet optimisme croissant en un climat d’investissement plus propice.

Selon Rudi Braes, Managing Partner d’EY Belgique, notre pays a en effet toutes les cartes en main pour inverser la tendance. « La hausse de la confiance européenne est porteuse d'espoir pour le futur. Elle démontre que la Belgique a le potentiel nécessaire pour infléchir la crise en une hausse du nombre d’investissements étrangers. Mais les décideurs politiques devront alors faire les bons choix en la matière. Dans le cas contraire, nous risquons de perdre des investisseurs potentiels au profit d’autres pays européens qui profitent de manière optimale de la hausse de la confiance dans les marchés européens. Les élections du 25 mai sont en tout cas le moment idéal pour définir les bonnes priorités pour le futur. »

Il convient également de nous pencher sur les problèmes classiques de notre pays. La nécessité d’une baisse des coûts salariaux et d’une réduction de la pression fiscale s’impose de plus en plus et doit faire figure de priorité dans l’agenda de nos hommes politiques. L’enquête de perception démontre qu’une première réponse serait par exemple de réformer le système d’indexation automatique des salaires. Les entreprises étrangères ont un avis très tranché en la matière. Seul un tiers des investisseurs étrangers estime que l'indexation doit être maintenue. La déduction des intérêts notionnels doit également être conservée. En effet, 67 % des investisseurs tiennent à ce mécanisme typiquement belge.

La Belgique semble également devoir faire face à un problème d’image en raison de la clarté insuffisante et des modifications trop nombreuses de la législation. 23 % des entreprises actives en Belgique n'ont pas connaissance des mesures prises par les pouvoirs publics pour relancer la compétitivité. Ce pourcentage s'élève même à 65 % pour les entreprises qui ne sont pas actives dans notre pays. Des entreprises qui sont au courant des mesures pour diminuer les coûts salariaux, moins de 30% pensent qu’elles vont substantiellement contribuer à améliorer la compétitivité belge. Ces mesures sont, en effet, considérées comme étant largement insuffisantes. Le gouvernement est confronté d’autre part à la lourde tâche de garantir une meilleure sécurité juridique et de mieux vendre les atouts belges. En outre, les prix de l’énergie peuvent également être plus compétitifs, la charge administrative réduite et les procédures simplifiées.

Rudi Braes, Managing Partner d’EY Belgique, le reconnaît sans réserve : « La confiance dans notre pays reste élevée, mais la concurrence s’intensifie sans cesse. Les décideurs politiques doivent utiliser les bons leviers afin de garantir l'attractivité belge pour les investisseurs à long terme. Nous espérons que cette étude annuelle pourra avoir quelque influence lors des choix qui seront posés après le 25 mai ».

Herwig Joosten, Managing Partner Tax d’EY Belgique conclut avec ces quelques pistes de réflexion: « La perception négative concernant la charge administrative imposée par le gouvernement est frappante. En 2011, cette perception était de 30%, en 2014, ce sentiment a plus que doublé pour atteindre près de 64%. 8 entreprises sur 10, qui sont déjà présentes en Belgique, estiment que le fardeau administratif est trop élevé. Les différentes hausses d'impôts survenues au cours des dernières années y sont sans doute pour quelque chose. 1 entreprise présente en Belgique sur 3 interrogée estime que ces hausses d'impôt ont un impact négatif significatif sur l'attractivité de la Belgique ».

– Fin du communiqué de presse –

À propos du Baromètre de l’Attractivité belge

Avec le Baromètre de l’Attractivité belge annuel – qui en est à sa onzième édition en 2014 – EY prend le pouls du climat d’investissement belge. Depuis l’année dernière, le baromètre est publié en deux parties, le premier volet mettant l’accent sur la perception des investisseurs étrangers. La deuxième partie, publiée dans le courant du mois de juin, aborde les investissements réellement planifiés en Belgique. L’étude repose sur une double méthodologie originale qui, dans un premier temps, reflète l’attractivité ‘observée’ de la Belgique et de ses concurrents à l’aide d’un panel représentatif de 200 décideurs internationaux et, dans un deuxième temps, l’attractivité réelle de la Belgique pour les investisseurs étrangers directs à l’aide de l’European Investment Monitor (EIM) d’Oxford Intelligence.