I.R.I.S. Group est prêt pour son prochain grand pas en avant

Jean-Pierre De Muelenaere à propos de l'évolution d'I.R.I.S. Group

De la thèse de doctorat à la multinationale

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I.R.I.S. Group (pour ‘Image Recognition Integrated Systems’), a vu le jour en 1987 sous la forme d’une équipe d’amis d’université très soudés. Aujourd’hui, cette spin-off de l’UCL emploie plus de 500 personnes en Belgique et à l’étranger, et fait partie du top trois mondial du marché de la gestion électronique intelligente de documents.

Manifestement, la nomination d’I.R.I.S. Group au titre de L'Entreprise de l’Année® en 2002 avait quelque chose de prophétique. À l’époque déjà, la priorité donnée à la technologie et au marché international, la stabilité et la fiabilité sur le long terme et une technologie unique de classe mondiale constituaient la base des résultats financiers qui ont convaincu le jury. Depuis lors, I.R.I.S. Group est devenu un leader mondial du marché sous le slogan ‘Document to Knowledge’.

Du document au savoir

‘Du document au savoir’ : I.R.I.S. Group veut renforcer la productivité et l’expertise de ses clients par une meilleure gestion de leurs documents, données et informations. À cette fin, l’entreprise possède deux divisions. La première, I.R.I.S. Products & Technologies développe des produits et services portant sur la reconnaissance intelligente de documents. Quant à I.R.I.S. Professional Solutions, elle offre aux entreprises et pouvoirs publics des consultants et une expertise de haut niveau ainsi que des solutions complètes pour la capture et la gestion efficace des documents électroniques et des flux d’information. En outre, elle aide également à la mise en place des infrastructures informatiques complexes, pouvant aller, quand le client le demande, jusqu’aux managed services.

“Technologie et innovation”, scande Pierre De Muelenaere pour résumer l’I.R.I.S. Group d’hier et d’aujourd’hui. Ce CEO est unique en son genre : il a porté l'entreprise sur les fonts baptismaux, et il y travaille toujours 25 ans plus tard. Après toutes ces années, sa motivation est demeurée intacte ; il reste entrepreneur et chercheur. Pierre De Muelenaere a fondé I.R.I.S. sur la base d’une thèse de doctorat. “J’ai créé mon entreprise pour valoriser les résultats de cette thèse sur le plan industriel. En tant qu’ingénieur en micro-électronique et intelligence artificielle, j’avais développé dans le cadre de mon doctorat un prototype du tout premier produit de notre entreprise : une machine OCR (Optical Character Recognition) capable de reconnaître et encoder automatiquement le texte de documents sur papier.” Ce premier produit Tex Iris 1.0 a été à la base du déploiement d’I.R.I.S. Group.

Risque connu

Sans financement adéquat, développer et commercialiser une technologie sont impossibles. C’est pourquoi la gestion du risque et de son financement reste, aujourd’hui encore, un facteur important dans la croissance d’I.R.I.S. Group. À l’époque, c’est Ackermans & van Haaren qui a été le premier bailleur de fonds. Le holding belge a investi 1,85 million d’euros dans la start up, l’UCL et les fondateurs constituant les autres actionnaires. Dès l’origine, le risque était calculé. “Nous avons toujours été bien capitalisés”, affirme De Muelenaere pour expliquer sa stratégie financière. “Nos ratios financiers ont toujours été conservateurs, et c’est encore vrai aujourd’hui. Par exemple, actuellement, notre position de Cash net (trésorerie moins les dettes à long terme) est positive de près de 11 millions d’euros, une position très solide pour une société qui possède d’un chiffre d’affaires de 100 millions et un solide cash-flow.”

Historiquement, I.R.I.S. Group est devenue rentable assez rapidement. Après une période d’investissement, la société a atteint le cash break-even en 1990 et est devenue bénéficiaire dès 1991. L’entreprise a appris à étaler le risque à l’interne et à l’externe. Le groupe croit d’ailleurs beaucoup dans les partenariats, qui constituent le premier moteur de sa croissance internationale. “En 1998, nous avons signé un accord de licence mondial avec HP”, se souvient Pierre De Muelenaere, “après une concurrence féroce avec notre principal concurrent américain. Cela nous a valu, outre une immense crédibilité, une bonne dose de confiance en nous. C’est notamment un des éléments qui nous a décidés à entrer en bourse. À l’époque, c’était une étape qui n’allait pas de soi, pour une petite entreprise comme la nôtre. Une partie du conseil d’administration était d’ailleurs d’avis que cette introduction en Bourse était prématurée et qu’il valait mieux attendre encore quelques années. C’est cependant la vision plus entrepreneuriale du management qui a prévalu.”

Entrer en Bourse pour grandir

Mais I.R.I.S. Group avait bien choisi son moment. “Après notre entrée en Bourse en 1999, les marchés boursiers se sont considérablement dégradés, nous avons su avec un certain flair exploiter une fenêtre d’opportunité”, précise Pierre De Muelenaere. “Ce qui est important rétrospectivement, c’est que si nous n’étions pas entrés en Bourse, nous n’aurions sans doute pas connu la croissance mondiale qui a été la nôtre. Cela a été un moment déterminant pour notre groupe.” Par la suite, les marchés financiers se sont en effet fermés et le sont restés pendant plusieurs années. En plus d’une augmentation de capital substantielle destinée à financer la croissance, l’IPO (introduction en Bourse) a fourni à I.R.I.S. Group une importante visibilité en Belgique et à l’étranger, avec au passage le prix du ‘Best 1999 Belgian IPO Award’ délivré par le Brussels Stock Exchange (BXS).

Après l’entrée en Bourse, la croissance d’I.R.I.S. Group s’est fortement accélérée. “Nous avons très fortement accéléré notre croissance en multipliant à la fois le chiffre d’affaires, la rentabilité et le nombre de personnes. Plus de 10 fois pour le revenu, presque 10 fois pour le personnel. Aujourd’hui, nous restons une PME, mais de taille internationale et avec beaucoup plus de moyens, notamment en matière de R&D.” On peut dire que l’entrée en Bourse a contribué fortement à poser des bases solides pour la politique d’innovation et l’internationalisation du groupe.

Aujourd’hui, les partenariats continuent à contribuer à la croissance d’I.R.I.S. Group. “À l’heure actuelle, nous avons de très nombreux partenaires, et ils sont très différents”, précise Pierre De Muelenaere. “Notre portefeuille de clients est diversifié et international. Nous comptons environ 200 partenaires à travers le monde. Nous devons une bonne part de notre succès à de grands groupes comme Adobe, Canon, Fujitsu, HP et IBM, etc. Ils nous apprennent beaucoup, mais, surtout, c’est à eux que nous devons nos importants volumes. Fournisseur et client vivent en symbiose. “Nous recherchons toujours les situations ‘gagnant-gagnant’”, ajoute Pierre De Muelenaere pour expliquer sa stratégie en matière de partenariats. “Si tout le monde s’y retrouve, nous n’en serons que plus solides sur le long terme, ce qui nous permettra de diminuer le risque et de mettre en place une vraie vision à long terme. Les bénéfices à trop court terme ne sont pas toujours intéressants, car nous travaillons sur des marchés complexes, où il est important de s’inscrire dans la durée. C’est pourquoi nous croyons beaucoup aux partenariats à long terme.”

La coopération avec des partenaires étrangers a aussi permis au groupe de connaître une croissance internationale et d’étoffer sa R&D, composante essentielle pour tout innovateur technologique. À l’origine, le premier produit d’I.R.I.S. Group était une solution OCR ‘omnifonte’. Sur ce marché qui était en phase de création, on ne comptait pas moins de 50 entreprises, dont certaines très bien capitalisées. “C’était un marché hyper-concurrentiel. Rien qu’aux USA, nous avions dix-sept concurrents”, se souvient Pierre De Muelenaere.“Il y en avait trois en France, deux en Allemagne, un en Espagne, etc. Nous avons d’emblée visé une place dans le top 5, sans être certains de nos chances de survie. Assez rapidement, le marché de l’OCR a évolué vers des solutions bon marché. Cela n’a fait que renforcer les défis sur le plan du prix et de la recherche et développement. Les prix baissaient, les volumes ne grimpaient pas suffisamment rapidement, la concurrence était intense, les challenges technologiques s’amplifiaient. Pour survivre, la recherche d’un effet d’échelle, la négociation de partenariats et une diversification judicieuse se sont avérées être de bonnes réponses pour I.R.I.S.”

Après être entré en Bourse, tout en continuant à développer ses produits pour le marché ‘consumer’ (consommateur), marché où la pression sur les prix est importante, I.R.I.S. Group a développé une stratégie de développement et de commercialisation orientée vers les clients corporate qui privilégient la qualité et achètent des solutions beaucoup plus coûteuses. Le groupe est donc resté actif sur le marché de grande consommation, mais tout en allant chercher le marché corporate international, plus attrayant car plus rentable et surtout de beaucoup plus grande taille. “Nous avons tout de même triplé notre chiffre d’affaires ’consumer’ depuis notre entrée en Bourse”, précise Pierre De Muelenaere, “mais nous devons la plus grosse part de notre chiffre au vaste univers corporate. Nous y moissonnons indifféremment des budgets importants, moyens ou modestes. Nous avons entièrement revisité notre business model depuis notre entrée en Bourse, et notre focale s’est sensiblement élargie. Nous couvrons aujourd’hui de manière performante un marché international car c’est le seul où nous pourrons continuer à croître sur le long terme. Ce n’est pas par hasard que la pérennité est un concept clé dans la stratégie de croissance d’I.R.I.S. Group.”

Changement et amélioration

Avant tout, I.R.I.S. Group veut continuer à entreprendre et à croître sur le long terme. Il va sans dire que le groupe a aussi connu des moments difficiles, mais il est toujours parvenu à conserver l’esprit d’une petite entreprise désireuse de conquérir le vaste monde. À force d’essais et d’erreurs, les étudiants de jadis sont devenus les entrepreneurs d’aujourd’hui. “Nous continuons à privilégier l’esprit d’une petite entreprise qui veut sans cesse grandir et qui sait qu’elle n’a pas d’autres choix”, affirme Pierre De Muelenaere. “Mais ne dites pas que nous sommes une entreprise familiale, et ne parlez surtout pas de ‘mon’ entreprise. Au niveau de l’actionnariat, aujourd’hui, je ne suis qu’un petit actionnaire dans l’entreprise et la force d’I.R.I.S. réside dans son projet, dans sa ligne de management et pas dans une seule personne. Ce qui est important à mes yeux, c’est que cette société conserve, le plus longtemps possible, l’esprit d’équipe d’une spin-off, d’une petite entreprise qui continue à croire en l’entreprenariat. Grâce à notre réactivité et à notre flexibilité, nous parvenons ensemble à mieux entreprendre et à mieux innover. C’est cela qui nous pousse, en réalité. Dans l’esprit, nous voulons rester une petite entreprise.”

Reste la question de ce qui motive l’esprit d’entreprise personnel de Pierre De Muelenaere. Sa personne et l’entreprise peuvent apparaître comme indissociablement liées. Pierre parle lui-même très chaleureusement du groupe, même s’il est capable aussi de relativiser. “I.R.I.S. est un beau projet. Inventer et vendre de nouveaux produits sont passionnants et enthousiasmants. Pour un ingénieur comme moi, qui aime créer, c’est un projet de rêve. En tant qu’entreprise, nous avons énormément de chance.

Nous devons constamment faire face à de nouveaux défis intellectuels, nous pouvons attirer de vrais talents et nous travaillons avec des partenaires de tout premier plan dont nous apprenons énormément. D’un autre côté, ce n’est pas évident tous les jours de gérer un tel projet, surtout si on se sent particulièrement responsable du devenir de celui-ci”, souligne-t-il. “C’est comme pour son enfant : en cas de problème, on veut aussitôt l’aider. Dans tous les cas, en tant que CEO, on est en général confronté à tous les problèmes majeurs de l’entreprise et, au bout de 25 ans, cela commence parfois à peser. Personnellement, pour me remotiver, je me suis souvent lancé des nouveaux défis. Par exemple, je me suis toujours promis de rester encore un an, mais uniquement à condition de pouvoir entreprendre quelque chose de nouveau, dont je pourrais être fier. Changement, amélioration et innovation : c’est cela le vrai moteur d’I.R.I.S. Group.”

I.R.I.S. Group aurait pourtant des raisons de se reposer sur ses lauriers. Son marché est consolidé, il ne reste que trois acteurs dans le monde de l’OCR. “Un Américain, un Russe, et nous”, conclut Pierre De Muelenaere. Son groupe est connu et apprécié mondialement. À l'heure actuelle, il emploie plus de 500 personnes qui génèrent un chiffre d’affaires dépassant les 100 millions d’euros. Le groupe et son CEO ont raflé tous les prix majeurs du pays, du Manager de l’Année (2002) à L’Entreprise de l’Année® (2002), etc.

La reprise, une nouvelle opportunité

Pierre De Muelenaere résume les principaux éléments qui justifient cette appréciation : “Concentration sur la technologie et le marché international, croissance fiable et pérenne, résultats financiers en progression constante et technique de classe mondiale.” Ces éléments du succès d’I.R.I.S. Group n’ont fait que se renforcer au fil du temps, mais le CEO veut franchir une autre étape : le dossier d’une reprise amicale par son partenaire clé Canon est actuellement sur son bureau. I.R.I.S. Group a signé en 2009 un accord de partenariat avec Canon, qui a pris dans la foulée une position dans l’actionnariat d’I.R.I.S. à hauteur de 17%.

Canon offre aujourd’hui de reprendre l’entièreté du capital d’I.R.I.S. et propose aux actionnaires 44,50 euros par action, ce qui représente un premium important par rapport au cours de Bourse. “L’offre de Canon est intéressante à la fois pour l’actionnaire et pour la société”, commente Pierre De Muelenaere. “Ce changement d’actionnariat nous permettrait de consolider notre développement au niveau international tant en ce qui concerne la vente de nos solutions que la vente de nos services. Actuellement, nous vendons nos produits dans de nombreux pays (ndlr : les produits ‘consumer’ d’I.R.I.S. sont notamment vendus dans environ 90 pays), avec des filiales dans plusieurs pays d’Europe (Belgique, France, Hollande, Allemagne, Luxembourg,...), en Asie (Hong- Kong) et en Amérique du Nord (Delray Beach). Ce sont de beaux résultats, mais notre chiffre d’affaires en Europe est principalement concentré sur un petit nombre de pays. Aux USA, la part de nos revenus n’est que de 7%, et en Asie, nous sommes encore moins développés. Réaliser 20% de notre revenu outre-Atlantique et 10% en Asie seraient beaucoup plus logiques pour une société comme I.R.I.S. Nous devons donc vendre plus par pays et dans un plus grand nombre de pays. C’est aujourd’hui le défi par excellence : renforcer considérablement notre présence internationale pour assurer notre croissance mondiale à long terme.”

Au final, I.R.I.S Group espère donc, par le bais de cette reprise amicale, accélérer grandement sa stratégie d’innovation et d’internationalisation, tout en maîtrisant au mieux le risque.

Mais, contrairement à l’IPO, la reprise par Canon a cette fois le soutien unanime du conseil d’administration. C’est la meilleure preuve que le conseil d’administration estime que cette reprise favorisera les objectifs d’I.R.I.S Group : un développement pérenne sur le long terme.