Enquête 2009 sur la fraude en entreprise
Alerte : risque de fraude accru dans un contexte de crise économique selon les résultats 2009 de l’enquête européenne d’Ernst & Young Jusqu’où peut-on aller pour gagner un appel d’offres ou garder un client stratégique en temps de crise ? La survie de l’entreprise pourrait-elle justifier des pratiques non éthiques ? Le contexte économique difficile entraîne-t-il une diminution ou bien au contraire une augmentation des cas de fraude en France? Et qu'en est-il en Europe? Quel pourcentage des salariés en France peut affirmer que son entreprise n’est pas impliquée dans un cas de fraude majeure? Quels sont les facteurs qui fragilisent les entreprises en termes de prévention des fraudes ?
Pour répondre a ces questions, Ernst & Young rend publique son étude européenne sur la fraude en entreprise « Is integrity a casuality of the downturn ? », lancée dans le cadre de la campagne mondiale « Opportunités en temps de crise ».
- Une tolérance accrue des pratiques non éthiques en temps de crise
L’étude 2009 révèle que les perceptions sur la fraude sont relativement similaires au niveau européen même si on décèle aussi quelques appréciations culturelles. Ainsi, 25% des personnes interrogées au niveau européen affirment que des règlements en liquide sont des moyens acceptables quand il faut retenir un client (contre 20% au niveau français). Par contre, 24 % des répondants européens pensent qu’offrir des cadeaux personnels pour remporter un appel d'offres ou retenir un client pourrait être justifié dans l'objectif d'aider leur entreprise à traverser la crise, contre presque la moitié (48%) des répondants en France.
- Il y aura une augmentation des cas de fraude selon les salariés interrogés
Presque la moitié des personnes interrogées en France (47% contre 55% pour l’Europe) s'attendent à ce que la fraude en entreprise augmente dans les quelques années à venir. Parmi elles, 57% affirment que si elles croient à l’augmentation des risques de fraude, c'est parce qu'elles ne font pas confiance au management. Le pessimisme semble assez général et ceux qui croient à une diminution de la fraude dans les années à venir ne sont que 5% en France et 8% en Europe.
- Les réductions d’effectifs et les périodes de fusions augmentent les risques de fraude
Un peu plus que la moitié du panel interrogé en France (51%) pense que les réductions d'effectifs entraînent une surcharge de travail pour les salariés qui restent dans l'entreprise et 83% déplorent l’impact de ces changements sur le moral de ceux qui ont réussi à sauvegarder leur emploi. Pour 34%, les réductions d'effectifs ont pour conséquence la négligence ou le non respect des procédures anti-fraude.
L’étude révèle également que les risques de fraude augmentent en périodes de fusion de deux entreprises, selon 38% des salariés en France. Ce chiffre atteint 45% des répondants au niveau européen. Parmi les facteurs qui contribuent le plus à l’augmentation des risques de fraude en période de fusion, les réductions d’effectifs sont citées en première place avec 84% des voix en France contre 79% en Europe. S’en suivent l’absence de politiques communes aux deux entreprises (54% pour la France et l’Europe), les différentes cultures d’entreprise (43% en France contre 48% en Europe). Enfin, les salariés français semblent considérer plus que leurs collègues européens qu’une baisse du moral générale est la conséquence directe des réductions d’effectifs : 31% en France contre 24% en Europe.
- Le management n’est pas jugé fiable dans la lutte anti-fraude
Si la moitié des personnes interrogées en France s’accorde pour affirmer que leur entreprise a augmenté ses efforts dans la lutte contre la fraude ces dernières années, l’étude montre que ceci ne semble pas contribuer à créditer le management d’une image positive. Au contraire, quand on leur demande à quel niveau se situe le risque le plus élevé de fraude au sein de l’entreprise, la majorité des salariés en France (54%) désigne le niveau du haut management. Ce chiffre, supérieur à la moyenne pour Europe de l’Ouest (39%) et même pour l’Europe Centrale et de l’Est (46%), met en lumière un défaut de confiance particulièrement fort en France vis-à-vis de la direction.
Ainsi, plus que la moitié (58%) des personnes interrogées en France appellent à un contrôle renforcé de la part des gouvernements/organes de régulation afin de diminuer les risques de fraude.
« Les résultats de l’étude semblent une fois de plus inquiétants : un pourcentage très élevé de personnes se déclare prêt à faire des concessions avec les règles éthiques au nom de la survie de l’entreprise » alerte Jean-Michel Arlandis, associé en charge du département Fraud Investigation and Dispute Services (FIDS) chez Ernst & Young « Ainsi, au lieu d’accroître la vigilance dans l’entreprise, la crise actuelle a pour effet d’augmenter les risques de fraude. Et rappelons que les traductions de ce risque accru en fraudes réelles commises ne seront visibles que dans quelques années» ajoute-t-il.