160 ans, mais toujours aussi jeune

Christophe Bonduelle – Bonduelle

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Haut comme trois pommes, mais déjà la fibre d’un entrepreneur.

Dès l’âge de dix ans, Christophe Bonduelle s’entretenait avec son père de l’avenir de la célèbre entreprise familiale, fondée en 1853 par ses ancêtres. Après deux expériences à la sortie de l’EDHEC, il rejoint Bonduelle qu’il décide de quitter quatre ans plus tard considérant qu’en tant qu’héritier, « on ne sait jamais ce qu’on doit à soi-même ou à son héritage ». Difficile de savoir si Bonduelle serait aujourd’hui devenu le leader mondial du légume prêt à l’emploi, commercialisé sous toutes ses formes, toutes les marques, dans toutes les technologies et dans tous les circuits dans plus de quatre-vingt pays, si celui qui représente aujourd’hui la sixième génération à la tête de l’entreprise éponyme ne s’était pas montré aussi exigeant envers lui-même, estimant qu’il devait faire ses preuves plus que quiconque.

"Cotée en bourse et présente à l'international, Bonduelle réinvente le modèle de l'entreprise familiale"

Les débuts de tout entrepreneur sont semés d’embûches, et il ne faut pas croire que la voie qu’il ouvre à ses héritiers soit de tout repos. Chaque nouvelle génération se heurte en effet à la défiance de l’opinion, à qui elle doit s’efforcer de prouver qu’elle ne s’est pas juste « donné la peine de naître »1. Très tôt, Christophe Bonduelle, issu de la sixième génération à la tête de l’entreprise éponyme, a voulu se convaincre de sa légitimité. Souhaitant mettre dans la balance ce qu’il devait à son héritage et à lui-même, il démissionne de l’entreprise familiale pour mettre à l’épreuve sa vocation d’entrepreneur. Protéger, faire croître et transmettre, dans le respect des valeurs partagées avec ses prédécesseurs : c’est sans doute là que réside le secret de la pérennité et de l’éternelle jeunesse de Bonduelle. Un secret qui se transmet de génération en génération.

Valeurs et humanisme, piliers d’une stratégie de long terme

Christophe Bonduelle avait l’entreprise familiale dans le sang. Aujourd’hui, il ne fait aucun doute qu’il avait également la vocation d’entreprendre dans les gènes. Devenu leader mondial des légumes sous toutes leurs formes, Bonduelle est implanté sur dix-huit marchés nationaux et distribue ses produits dans quatre-vingt pays. La politique de management insufflée par Christophe Bonduelle repose sur des valeurs façonnées au cours de l'histoire du groupe et qui définissent son identité. Si Bonduelle compte aujourd’hui près de 10 000 collaborateurs aux quatre coins du monde, l’entreprise n’a pour autant renié ni ses racines ni ses valeurs, très ancrées dans la tradition industrielle des familles du Nord. Au-delà de la transmission du capital financier, Christophe Bonduelle place dans la transmission des sept valeurs cardinales2 de l’entreprise la clé de sa pérennité, car celles-ci réconcilient les intérêts des différentes parties prenantes de l’entreprise. Autant de valeurs qui se transmettent à travers les générations, et en particulier la valeur d’intégrité, qui garantit la pérennité d’une entreprise familiale, lors d’un passage de relais notamment.

C’est cet attachement à ces précieuses valeurs qui a permis au Président de Bonduelle de conserver un équilibre entre la tradition d’un héritage centenaire et la recherche incessante de l’innovation dans un monde en mutation, entre les enjeux de pérennité de long terme et les impératifs de court à moyen termes. Par son modèle atypique d’entreprise familiale cotée et présente dans le monde entier, le modèle de Bonduelle réconcilie ainsi les intérêts parfois contradictoires et divergents de ses actionnaires familiaux, institutionnels, individuels ou salariés.

Si le capital humain figure en première place des valeurs de Bonduelle, il est également l’un des cinq grands axes prioritaires de sa politique de développement durable, qui multiplie les initiatives pour offrir à ses 9 650 collaborateurs de véritables opportunités de développement personnel et professionnel. Et chez Bonduelle, le développement durable n’est pas qu’un beau discours, il se traduit aussi en chiffres. Au même titre que des indicateurs financiers, le groupe publie des indicateurs sociaux et se fixe des objectifs chiffrés ambitieux en la matière, s’inscrivant dans les meilleures pratiques de place. Au comité exécutif du groupe siègent le directeur des ressources humaines et le directeur des relations extérieures et du développement durable, preuve que les enjeux de ressources humaines et de responsabilité sociale, sociétale et environnementale sont intégrés au plus haut niveau stratégique du groupe. Une gouvernance couplée avec une démarche bottom up 3, qui se traduit dans le déploiement de dispositifs d’écoute et de consultation des salariés à travers un baromètre social réalisé par un organisme indépendant.

L'entreprise doit faire évoluer ses modes de management pour accueillir la génération des ‘digital natives’

L’entreprise familiale, dernier rempart ou nouveau modèle ?

En période d’incertitudes et de bouleversements économiques et sociétaux, il est fréquent d’observer des mécanismes de repli sur le passé. Dans une société en perte de repères, et face au désengagement des États et à la disparition progressive des bastions traditionnels de l’éducation et de la religion, l’entreprise — et en particulier l’entreprise familiale — pourrait alors apparaître comme un dernier rempart de stabilité. Et la résistance dont la plupart des entreprises familiales font preuve face à la crise semble confirmer cette idée. Mais à écouter Christophe Bonduelle, stabilité ne rime pas pour autant avec immobilisme chez Bonduelle. En effet, la pertinence de son modèle vient de son agilité et de cette forte capacité d’adaptation qui permettent à l’entreprise de se réinventer au fil des générations. Et, guidée par une vision de long terme, de traverser les tempêtes. Ainsi, dirigée par la même famille depuis 160 ans, Bonduelle n’en demeure pas moins toujours autant compétitive et innovante sur la scène mondiale, comme en témoignent, par exemple, la nouvelle gamme « Bonduelle Vapeur », ou les produits de restauration hors foyer adaptés au mode de vie nomade des consommateurs. Cotée en bourse et présente à l’international, Bonduelle réinvente le modèle de l’entreprise familiale. Loin d’être le dernier rempart d’un village gaulois, le groupe se veut perméable aux évolutions de son écosystème. Dans un environnement plus ouvert à la concurrence, et où les nouvelles technologies de l’information et de la communication dépossèdent les entreprises de leurs savoirs et discours, celles-ci n’ont, au risque de voler en éclats, pas d’autre choix, aux yeux du Président de Bonduelle, que de faire évoluer leurs modes de management. Pour Christophe Bonduelle, s’il existait une recette pour devenir, et surtout rester, un bon manager, les ingrédients seraient comme ses légumes, simples et sans additifs. Nous sommes selon lui « dotés d’une bouche et de deux oreilles pour écouter deux fois plus que nous ne parlons ». Il est alors vital de savoir travailler en équipe et de ne jamais faire confiance à ses propres idées sans les avoir confrontées à d’autres. Comme il est devenu impossible pour le Président de Bonduelle de se rendre dans chacune de ses usines dans le monde, ou de connaître personnellement les 1 200 cadres du groupe, il a su s’entourer de dirigeants qui sont, comme il le dit, « ses yeux et ses oreilles ».

Pour survivre dans la compétition mondiale, Christophe Bonduelle considère que l’entreprise doit se préparer à des marchés bien plus complexes et s’armer en faisant évoluer son organisation. La révolution des NTIC1, qui remet notamment en cause le mode de travail sédentaire et gomme les frontières entre vies professionnelle et privée, bouleverse les organisations qui doivent s’adapter en conséquence en intégrant ces technologies et usages, au même titre qu’elles doivent faire évoluer leurs modes de management pour accueillir les digital natives, ou fameuse « génération Y ». Tandis que l’arrivée de cette génération fait trembler les murs de certains grands groupes, qui tentent de faire rentrer dans le rang ces nouveaux « spécimens », Christophe Bonduelle voit dans cette génération l’opportunité de détecter les signaux des révolutions internes que les entreprises devront mener. La génération Y n’a plus la même vision de la valeur travail que les générations précédentes. Elle a grandi dans l’idée même de la précarité et ne voit pas dans l’échec un stigmate qu’elle portera à vie. Loin de craindre l’arrivée de cette génération en entreprise, là où d’autres lui reprochent son manque de fidélité, son opportunisme et sa volatilité, le Président de Bonduelle estime que c’est à l’entreprise d’intégrer cette nouvelle donne en la répercutant dans son organisation et son mode de management.

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1. « Parce que vous êtes un grand Seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus... », déclare Figaro dans le plus long monologue de l’histoire du Théâtre français, in Beaumarchais, La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, Acte V, scène 3, 1778.
2. Les sept valeurs de Bonduelle sont le souci de l’homme, la confiance, l’équité, l’intégrité, la simplicité, l’excellence et l’ouverture.
3. La démarche « bottom up » (ascendante) consiste à faire remonter l'information du terrain vers le management.

Entreprendre aujourd’hui

« Si j’avais 25 ans et que je devais me lancer aujourd’hui, c’est en Chine que j’irais, car c’est là-bas que tout se passe », reconnaît Christophe Bonduelle. Relevant le paradoxe selon lequel le nombre d’entrepreneurs ne cesse d’augmenter malgré un environnement qui leur est de moins en moins favorable, notamment du fait de la crise des dettes souveraines et de l’émoussement de la confiance des banquiers, il est à ses yeux devenu beaucoup plus difficile qu’il y a vingt ans de partir de zéro aujourd’hui.

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