Avec des États confrontés à une dette sans précédent, Philippe Peuch-Lestrade affirme que ne rien faire est impossible, Peu importent les variantes selon les pays : il est urgent que les gouvernements mènent des réformes.
Tandis que les économistes cherchent encore à savoir si nous avons passé le pire de la crise financière mondiale, ses effets sur la santé financière des États sont certains.
La récession a non seulement réduit considérablement les profits et la consommation - entraînant la baisse des recettes fiscales - mais elle a aussi forcé les responsables politiques à assumer un rôle plus large et à injecter des sommes considérables dans les économies pour soutenir les banques et les compagnies d’assurance, stimuler l’activité et enrayer les licenciements.
Face à cette combinaison dangereuse, la dette publique continue d’augmenter et il n’est peut-être pas si étonnant que le Fonds monétaire international ait prévu, dans un rapport publié en juin, que la dette publique des dix pays les plus riches du monde fera un bond de 78 % du produit intérieur brut en 2007 à 114 % d’ici 2014. Sur la même période, la crise entraîne une demande accrue de services publics et de mesures.
Alors, que faut-il faire ?
“Maintenant, la question pour les décideurs est de savoir comment réduire la dépense publique tout en préservant en même temps l’équilibre de l’offre et de la demande ?"
Nous devons nous rappeler que les gouvernements n’ont pas eu beaucoup d’autres choix que de dépenser beaucoup. En juin, Ernst & Young et l’Intelligence Unit de l’Economist ont enquêté auprès de 569 dirigeants et administrateurs du monde entier. Les résultats indiquent que 59 % d’entre eux estiment que l’action des gouvernements a joué un rôle décisif dans la crise économique internationale au cours des douze derniers mois*.
Si les gouvernements n’étaient pas intervenus, la récession aurait très probablement eu un impact encore plus fort, et entraîné des pertes d'emplois encore plus importantes. Ceci aurait conduit à une réduction supplémentaire des recettes fiscales qui, combinée à l’augmentation des prestations sociales, aurait creusé la dette publique et obligé les États à s’endetter davantage.
Comme Gareth Clair le souligne ailleurs dans cette édition de Citizen today, les attentes des citoyens en matière de services continuent d’augmenter, poussées par les innovations du secteur privé. Mais avec un si maigre appétit pour une augmentation des impôts et la nécessité de réduire la dépense publique plus pressante que jamais, une nouvelle approche parallèle s’impose.
Avant tout, l’administration doit montrer un état d’esprit favorable à une restructuration afin d’examiner chaque poste de dépense avec discernement. Les décideurs politiques doivent se demander : « Avons-nous vraiment besoin de faire ceci ? Si oui, pouvons-nous le retarder ? Si non, y a t-il un moyen moins coûteux d’atteindre les mêmes objectifs ? Il est essentiel de réduire les frais de bureau et de restructurer, voire d’externaliser les fonctions peu productives. Il sera judicieux de déplacer certains services dans des lieux à meilleur rapport coût-efficacité, et de renégocier ou remplacer des sous-traitances inefficaces. Nous avons recommandé l’adoption de programmes d’optimisation des coûts pour comprendre les structures de coûts et identifier les économies potentielles sans compromettre la perception du service ni sa qualité. Il faudrait également réévaluer les modèles de fourniture de services de l’administration, en profitant du marketing stratégique, de l’économie comportementale et des nouvelles technologies.
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* Pour plus de détails sur cette enquête, voir Opportunities in Adversity: Accelerating the Change
À propos de l'auteur
Philippe Peuch-Lestrade est Global Government and Public Sector Leader chez Ernst & Young. Philippe a été étroitement impliqué dans le secteur public en France au cours des 18 dernières années.