Les sociétés des technologies de l'information, les grands réseaux de distribution et les sociétés de télécommunications sont devenus des acteurs stratégiques non traditionnels qui entrent dans le paysage de la santé, illustrant les changements rapides dans ce secteur.
Les laboratoires pharmaceutiques recherchent de nouveaux modes de collaboration avec ces professionnels pour améliorer leurs résultats et ceux attendus pour les patients. Toutefois, la plupart des dirigeants interrogés sont hésitants sur la façon dont ils devront gérer ces nouvelles alliances.
Telles sont les premières observations de l’enquête mondiale d'Ernst & Young sur l'industrie pharmaceutique intitulée Progressions, Pharma 3.0.
“Malgré les bouleversements de ces dernières années, les dirigeants comprennent que le paysage est en train de devenir de plus en plus complexe avec l'arrivée des nouveaux entrants, attirés par le secteur en nombre toujours plus grand”, souligne Virginie Lefebvre-Dutilleul, en charge du secteur pharmaceutique en France chez Ernst & Young. “Ceux qui sauront maîtriser ces nouvelles combinaisons gagnantes devront s’associer dans l’intérêt des patients et des consommateurs de plus en plus avertis”
L’étude décrit une transition rapide du modèle dit « Pharma 1.0 » correspondant au modèle d’intégration verticale des blockbusters, au modèle d'entreprise « Pharma 2.0 » d'aujourd'hui. Selon ce modèle d'entreprise, les laboratoires ont diversifié leur portefeuille d'activités (génériques, vaccins, santé animale et produits de consommation) et étendu leurs marchés pour y inclure les pays émergents. Ils ont aussi procédé à un certain nombre de changements dans leur mode de productivité et de performance financière. Ces changements portent notamment sur la recherche de thérapies plus ciblées, l'élargissement de leur portefeuille de produits et de leurs ressources, jusqu'à la mise en place d'unités de R&D plus autonomes et plus souples, le développement de partenariats avec des sociétés de biotechnologie et des universités et l'externalisation de nombreuses fonctions.
Autre enseignement de l’enquête, alors même que les laboratoires pharmaceutiques continuent à mettre en œuvre des stratégies pour rester dans la course du modèle « Pharma 2.0 », leurs efforts pourraient bien être dépassés par un « écosystème Pharma 3.0 », où évoluent aux côtés des entreprises pharmaceutiques, des sociétés venant d’autres secteurs et des consommateurs de plus en plus avisés.
L'arrivée d’une multitude de nouveaux entrants dans la sphère Pharma 3.0 va renforcer la nécessité, pour les laboratoires pharmaceutiques, d'innover en matière de business model, de créer des modèles commerciaux novateurs qui seront le pendant indispensable du développement de nouveaux médicaments innovants.
La gestion et l'optimisation d'un réseau toujours plus complexe de partenaires sera aussi une période charnière pour les leaders de l'industrie. Le succès dépendra de leur capacité à s’intégrer à d’autres modèles d'entreprises, mais dépendra aussi de leur facilité à évoluer dans un nouvel environnement Pharma 3.0, dont les défis sont multiples:
- A l’heure où les patients sont devenus les acteurs de leur santé grâce au dossier médical personnalisé, aux applications pour smartphones et à d'autres technologies, les laboratoires pharmaceutiques restent largement à l'écart de cette révolution, limités par un cadre réglementaire limitant leurs relations avec les patients.
- Alors que les principaux hôpitaux et les payeurs travaillent sur des corrélations entre les modes de prescription et les résultats pour les patients à partir des dossiers médicaux électroniques, les laboratoires pharmaceutiques ont perdu le contrôle exclusif qu'ils détenaient autrefois sur les données relatives aux résultats, ce qui pose un risque en matière de remboursements et oblige à prendre des décisions stratégiques sur la nécessité éventuelle de nouvelles compétences en matière d'analyse des données.
- A mesure de leur expansion sur les marchés émergents, les laboratoires pharmaceutiques envisagent la constitution de nouveaux partenariats. Par exemple, le micro-crédit pourrait être la solution aux problèmes de financement ; les sociétés agroalimentaires pourraient supporter la gestion des chaînes d'approvisionnement grâce à la force de leurs réseaux de distribution et d'infrastructure. Ces partenariats d’une nouvelle ère vont vraisemblablement conduire à réorganiser ces structures et ouvrir la voie à de nouvelles collaborations.
L’enquête met également en lumière les tendances suivantes :
- 92 % des répondants envisagent de nouveaux entrants dans l'écosystème Pharma 3.0 ; les sociétés de santé électronique (e-health), de santé mobile (m-health) et de nouvelles technologies médicales étant les nouveaux entrants les plus probables.
- 67 % des répondants se disent mal préparés à l'évaluation et la modélisation des transactions potentielles avec des partenaires non traditionnels
- 75 % des répondants pensent que la stratégie d'entreprise et de transaction, le positionnement de l'offre et du marché et les due diligence poseront plus de difficultés dans ces nouvelles alliances
- 50 % des répondants estiment que les transactions deviendront plus difficiles dans le nouvel écosystème Pharma 3.0, tandis que 2 % seulement pensent qu'elles deviendront plus faciles
“Même si cette industrie a toujours été menée par l'innovation, les gagnants de la « Pharma 3.0 » seront ceux qui sauront aborder l'innovation avec de nouvelles approches”, selon Patrick Flochel, en charge des sciences de la vie, EMEIA, chez Ernst & Young. “L'innovation ne concerne plus seulement le produit, elle englobe désormais la manière dont vous faites des affaires, avec qui vous faites des affaires et comment vous mobilisez vos ressources, dans l’intérêt du patient.
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Méthodologie : le rapport Progressions d’Ernst & Young a été réalisé auprès de 24 principaux dirigeants d'entreprise, dont 11 des 15 plus grands laboratoires pharmaceutiques internationaux et membres des nouvelles industries qui devraient entrer dans l'écosystème Pharma 3.0.