L'avis d'une grande fondation reconnue d'utilité publique sur l'apparition de nouveaux outils offerts au mécénat et à la philanthropie

Témoignage de Philippe Lacoste
Secrétaire Général de
la Fondation Mérieux
Créée en 1967, la Fondation Mérieux reconnue d’utilité publique lutte contre les maladies infectieuses dans les pays en développement. Elle est aujourd’hui présente dans une douzaine de pays. Elle offre un modèle spécifique basé sur le renforcement des capacités locales grâce à un savoir-faire reconnu dans la construction, le fonctionnement et la transmission au niveau local de laboratoires de recherche et de formation en biologie clinique en vue de leur complète intégration au sein des acteurs de santé locaux.
En tant que fondation, nous avons un rôle essentiel et très particulier de « tiers secteur », entre le privé qui ne peut pas remplir une mission d’intérêt général et le public qui ne peut pas assurer les financements, en particulier, dans les pays émergents. Nous devons être innovateurs de solutions, percevoir en amont les besoins actuels et futurs et pouvoir y répondre de façon très flexible.
Nous faisons donc de la gestion de projet et de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, avec des partenariats qui deviennent complexes et beaucoup d’acteurs différents.
Nous devons, en effet, répondre aujourd’hui aux appels d’offre scientifiques ou de développement dans le cadre de consortiums. Comme nous ne pouvons pas offrir toute la palette des services demandés, nous devons être en partenariat avec d’autres opérateurs en jouant le rôle de chef de projet. Et il y a une grande innovation en la matière. Nous travaillons de plus en plus dans le cadre de partenariat public-privé et académique, avec des façons de pensées et des mécanismes très différents. Mais il y a aussi des enjeux politiques ; le plus souvent, les appels d’offre de la Communauté européenne demandent de monter des projets avec des PME européennes pour promouvoir la recherche au niveau européen. C’est une bonne chose car il y a beaucoup de petites entreprises en Europe qui offrent des solutions innovantes et qui peuvent être très adaptées aux problématiques des marchés émergents.
On est donc aujourd’hui obligé de collaborer pour répondre à des appels d’offre mais également pour répondre aux besoins. Travailler en partenariat s’apprend par expérience ; les fondations qui travaillaient de façon très autonome avec peu de partenaires travaillent de plus en plus avec de multiples parties prenantes.
Et puis, les grands bailleurs de fonds, qui sont pour beaucoup américains, exigent aujourd’hui un niveau d’excellence et de qualité élevé. Il faut savoir passer un comité d’éthique, présenter un dossier de financement, présenter une méthodologie de recherche clinique qui soit validée au niveau international. Ceci demande non seulement une compétence technique médicale, mais aussi une compétence de gestion de projet.
D’ailleurs, nous assistons à une véritable professionnalisation en la matière. On rentre de plus en plus dans la problématique de l’évaluation des actions et projets. C’est l’un des enjeux majeurs aujourd’hui : mesurer l’impact de nos actions, montrer et justifier nos résultats et rendre compte aux bailleurs de fonds. Et nous devons faire face aujourd’hui à une mondialisation du secteur de la santé où la concurrence est de plus en plus vive.
Autrefois, les financements provenaient essentiellement des revenus de la dotation. Maintenant, 67% de notre financement provient de l’extérieur et, notamment, de la communauté internationale, des institutions publiques (Agence française de développement, Communauté européenne) du mécénat ou de partenariats avec d’autres fondations, principalement américaines, comme la Fondation Bill et Melinda Gates.
Le marché américain offre d’ailleurs plus de possibilités qu’en Europe mais c’est beaucoup plus compliqué. Nous venons d’enregistrer une fondation Mérieux aux Etats-Unis ce qui nous permettra de rencontrer des partenaires américains sur le terrain et d’être connus comme acteur. C’est une condition nécessaire pour capter, des fonds américains mais pas suffisante. En tant qu’organisme européen, nous avons en effet du mal à accéder au marché philanthropique américain et à en comprendre les raisons (Volonté politique ? Méconnaissance du système américain ?).
En France, sur le plan réglementaire, nous avons suffisamment d’outils et de textes. Il faut garder de la souplesse. Le fonds de dotation en est un exemple. Certains estiment que la multiplication rapide des fonds de dotation risque de décrédibiliser l’action des fondations en créant une confusion des genres. Personnellement je pense que les fonds de dotation ont créé une vraie dynamique pour le secteur philanthropique et la recherche de financement. Mais il faudrait davantage de transparence et d’éthique. La philanthropie évolue. C’est une profession qui doit trouver son identité et les fondations ne sont pas perçues comme elles le devraient. Il y a donc un réel effort à faire en termes de communication et un véritable besoin de fédérer les fondations entre elles, de constituer un vrai « Label Fondation », un code déontologique.
Si la crise économique et financière mondiale actuelle a un vrai impact sur la performance des placements et rend plus difficile la recherche de financement, elle devrait aussi pousser les fondations et, plus globalement, le secteur non marchand à évoluer vers davantage de transparence, de professionnalisme et d’éthique.