Les Français doivent encourager leurs nouveaux champions
Franck Sebag, associé Ernst & Young, propose plusieurs mesures pour faire grandir les PME: encourager l'innovation et les business angels, créer un fonds privé qui finance les champions européens de l'innovation. Le tissu économique français compte peu d’Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI). Or elles constituent un maillon essentiel pour le développement et l’émergence de leaders mondiaux. En témoigne le phénomène observé aux Etats-Unis : au cours des cinq dernières années seulement, les Etats-Unis ont vu naître de nouveaux leaders de la High Tech comme Facebook, Twitter ou encore Groupon.
Pourquoi la France n’arrive-t-elle pas à générer ce type de succès ? Que pouvons-nous faire pour changer la donne ? Voici quelques idées pour nourrir le débat.
- Soutenir plus largement les sociétés innovantes
Selon une enquête mondiale Ernst &Young réalisée auprès d’entreprises performantes, l’innovation est un facteur-clé de croissance. De manière intuitive, cette réponse n’est pas étonnante. C’est la raison pour laquelle Barak Obama lançait, à la fin du mois de janvier 2011, un plan de soutien de 2 milliards de dollars pour les start-up innovantes.
En Europe, les aides à l’innovation sont pléthoriques. Toutefois, compte tenu de leur complexité et du manque de lisibilité induit, ces subventions semblent difficiles d’accès pour les entrepreneurs.
En France et dans un contexte de rigueur, la dernière loi de finance vient de réduire sensiblement les deux principaux outils de soutien à l’innovation : le label Jeune Entreprise Innovante (J.E.I) et le Crédit d’Impôt Recherche (C.I.R). Quant au statut de Gazelle, il a été purement et simplement supprimé.
Or, pour voir émerger des sociétés innovantes, la France doit créer les conditions idéales à leur développement, ce qui passe par un appui sans faille de la puissance publique.
- Renforcer l’amorçage en France
Les acteurs du capital-risque français sont-ils suffisamment audacieux ? Se démarquent-ils de leurs homologues américains ? Sur ce sujet, il faut préciser que les grands succès américains sont largement financés par des Business Angels et non par des capitaux risqueurs. Groupon et Facebook illustrent bien cette tendance.
Toutefois, depuis quelques années, l’investissement dédié aux start-up innovantes en France commence à évoluer. Ainsi, de nouvelles structures créées par des entrepreneurs du secteur ont vu le jour. Mais leur faible nombre ne permet pas de peser sur l’ensemble de la chaîne de financement à ce stade. Ce que nous ne pouvons que regretter.
L’accélération de l’amorçage en France passera donc par une plus grande implication des Business Angels, comme c’est le cas aux Etats-Unis.
- Favoriser l’émergence de leaders européens
Le marché intérieur américain permet aux nouvelles entreprises de se développer rapidement sur un marché relativement homogène. Une fois cette étape de croissance engagée, il existe une masse suffisamment critique pour aborder le développement à l’international souvent doublé d’une boulimie d’acquisitions. Ainsi, au cours des dernières années, un groupe comme Google a procédé en moyenne à une acquisition toutes les trois semaines.
Avec 495 millions d’habitants contre 310 millions aux Etats-Unis, le marché européen dispose d’un potentiel de développement certain. Mais nos entrepreneurs ont bien conscience des barrières quotidiennes à surmonter comme les différences culturelles, linguistiques ou juridiques.
Si des leaders européens largement soutenus par les capitaux risqueurs (V.C) ont émergé durant les dix dernières années, dans la majorité des cas, ils sont rachetés par des sociétés américaines. La raison de ces acquisitions est simple. Au-delà de cinq à sept ans, les acteurs du capital risque attendent un retour sur investissement. Parallèlement, les groupes américains – largement financés – gagnent un temps précieux en achetant ces structures européennes.
Pourtant, les alternatives à ces cessions existent et permettraient de préserver la nouvelle génération des Entreprises de Taille Intermédiaire au niveau européen :
- Utiliser la bourse comme outil de financement. Ces dernières semaines, la presse évoque des projets ou des réalisations d’introductions en bourse avec des levées dépassant les 100 millions de dollars sur des valorisations supérieures au milliard de dollars (LinkedIn, Spotify, HomeAway ou encore Groupon). Les sociétés européennes devraient elles aussi utiliser plus largement ce levier.
- Créer un fonds privé dédié à l’émergence de leaders européens de l’innovation avec pour objectif la mise à disposition de moyens ouvrant au leadership mondial. Aux Etats-Unis, JP Morgan vient de créer un fonds dédié au secteur du « social Media » doté de 1,22 milliard de dollars. Pour que les futurs leaders émergent, un appui semble donc indispensable.
Article rédigé par Yann Le Galès, sur le site LeFigaro.fr