UE : en route vers une politique d’innovation 2.0 !
Ernst & Young, en collaboration avec le Centre d'étude des politiques européennes (CEPS) présente les résultats de l’enquête « Next generation innovation policy : the future of EU innovation policy to support market growth » (pdf, 1,5Mo). La politique d’innovation de l’Union Européenne (UE) est-elle suffisamment robuste ? Quelles mesures concrètes mettre en place pour creuser l’écart avec les champions mondiaux et surtout soutenir la croissance ? Paris le 16 mai 2011 – En matière d’innovation, l’enquête montre que l’UE se laisse distancer par les États-Unis et le Japon, lesquels continuent d’être «
leaders ».
Les BRIC rattrapent quant à eux rapidement leur retard et pourraient, à moyen terme, distancer l’UE si une accélération et une meilleure organisation de la politique d’innovation se font trop attendre. Bien que les initiatives se soient multipliées ces dix dernières années, leur succès reste mitigé. Certes, l’innovation constitue un axe prioritaire pour les dirigeants européens mais les effets concrets de ces programmes tardent à venir. Cette situation a sans nul doute pour origine la fragmentation et la complexité de la politique d’innovation de l’UE. Celle-ci souffre manifestement d’une gouvernance à plusieurs niveaux (entre Bruxelles et les Etats membres mais aussi entre plusieurs Directions Générales). De plus, les politiques régionales, grandes bénéficiaires des financements de l’UE, n’ont pas été assez axées sur l’innovation. Pour répondre à ces enjeux, le rapport propose une série de mesures prioritaires.
Positionner la politique d’innovation au service du marché
Les dirigeants de l’UE doivent prendre beaucoup plus tôt en compte les besoins environnementaux et industriels, mais aussi les tendances d’un marché en constante évolution. Ils doivent pour cela être à l’écoute des besoins des entreprises et des citoyens en facilitant la co-innovation. La stratégie « UE 2020 » — plus particulièrement à travers l’initiative phare d’Union de l’innovation —, propose déjà certains éléments de politique axée sur la demande. Pourtant, cela reste à ce stade insuffisant pour permettre aux marchés publics de jouer un rôle moteur en matière d’innovation et de croissance. L’Europe doit favoriser l’ouverture des marchés publics aux solutions novatrices, notamment à travers les achats publics avant commercialisation.
Philippe Peuch-Lestrade, Associé en charge de l’activité Secteur Public d’Ernst & Young au niveau mondial, précise : « le manque de dialogue entre la sphère publique et les PME est une bonne illustration. Ces entreprises sont trop souvent incapables de passer la première étape des marchés publics. Elles sont la plupart du temps contraintes de jouer le rôle de sous-traitant, ce qui est dommageable : les organismes publics ne bénéficient pas pleinement du potentiel novateur des PME, pourtant déterminant en termes d’innovation. Cela freine aussi le développement des PME, dont on sait qu’il constitue pourtant un maillon essentiel du dynamisme économique d’un pays »
Au delà du renforcement des liens avec le marché, l’UE doit également dynamiser le transfert des technologies entre les universités et les industriels, ou encore soutenir la création de clusters pan-européens.
Faire évoluer le cadre législatif et financier
Le développement d’un cadre législatif et financier compétitif et adapté est une autre priorité. Les entreprises pourront dès lors commercialiser plus facilement leurs produits et solutions. La création d’un brevet européen ou encore d’une fiscalité encore plus incitative favorisera l’émergence d’un marché intérieur unique, plus aisément finançable. Il faut en outre repenser le mode de financement des projets par la BEI (Banque Européenne d’Investissement), notamment pour que les PME y aient plus facilement accès.
Repenser la gouvernance de l’innovation au sein de l’UE
La réalisation de l’enquête a permis de montrer que la fragmentation des politiques d’innovation nationales freine la compétitivité de l’UE. Il importe donc d’améliorer la cohérence de la politique d’innovation de l’UE dans un certain nombre de domaines. Pour mener à bien ce travail, une analyse minutieuse de la répartition des responsabilités est nécessaire afin d’appliquer le principe de subsidiarité de manière efficiente.
Imposer une politique d’innovation pertinente
Il est rassurant de constater qu’en dépit de pouvoirs limités, la Commission européenne semble comprendre la nécessité de s’orienter vers une politique d’innovation mieux coordonnée et plus dynamique. Les États-Unis et le Japon font partie des pays déjà engagés dans cette voie. Une politique européenne d’innovation plus pertinente, plus durable, plus globale « smart - innovation » doit donc rapidement s’imposer.
Philippe Peuch-Lestrade conclut : « les marchés et les technologies ne cessent d’évoluer, il est vain de réfléchir à court terme. Les gouvernements doivent donc consolider leur stratégie et leur approche dans la perspective des futurs développements du marché, et s’assurer que les solutions adoptées permettront de répondre aux besoins de demain. »
« L’avenir des acteurs économiques de l’UE dépend directement de la capacité des décideurs politiques européens à créer un environnement propice à l’innovation. Nous sommes impatients de participer à ce débat. »