Le gouvernement ouvre la voie aux hydroliennes

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L’ADEME vient de lancer le 1er octobre l’Appel à Manifestations d'Intérêt (AMI) sur les fermes pilotes d’hydroliennes.

Par Julien Perez, Manager, département Environnement et Développement Durable EY.

Cet AMI, qui fait suite au discours prononcé le 30 septembre par François Hollande à Cherbourg porte sur un programme de 4 fermes pilotes hydroliens au large du Cotentin et d’Ouessant. L’appel à projet du gouvernement, très attendus par les acteurs de la filière, concernera l’installation de 80 MW de projet hydrolien au Raz Blanchard et passage du Fromveur, 2 sites connus pour abriter les courants marins parmi les plus forts dans le monde.

Dans ce cadre, le gouvernement a mis en place un tarif de rachat de l’électricité produite à hauteur de 173 €/MWh, plus élevé que l’actuel tarif national (150 €/MWh) mais moins ambitieux que le tarif proposé par certains pays, comme l’Irlande (220 €/MWh). Pour autant, les professionnels du secteur évoquent plus généralement des niveaux de LCOE (Levelised Cost of Energy, correspondant au coût complet de production de l’électricité hors démantèlement) autour de 200 à 250 €/MWh, soit bien au-dessus du tarif de rachat proposé.

Afin de palier à cette contrainte et d’assurer l’attractivité de ces projets pour les investisseurs, une subvention de 30 millions d’euros pour chacune des 4 fermes est prévue. Cette aide permettrait d’envisager des taux de rentabilité interne (TRI) supérieurs à 10% pour les projets hydroliens, soit davantage que celui de certains parcs éoliens offshores.

Cette initiative va ainsi contribuer à affirmer le positionnement de la France dans ce secteur émergent.  Toutefois, un certain nombre de risques doivent être pris en compte. D’un côté, le retour d’expérience du fonctionnement des systèmes hydroliens est encore très limité, qui plus est dans des conditions aussi extrêmes que celles des côtes bretonnes et normandes. Les coûts d’exploitation et de maintenance, les coûts de raccordement au réseau ainsi que la durée de vie de la turbine et des fondations, qui ensemble représentent une large partie des financements, restent encore mal cernés.

L’autre inconnue majeure pour cette technologie émergente porte sur les effets d’échelles et les marges d’amélioration de la rentabilité associées. En effet, le lancement de ce type d’appel à projet devrait, à l’instar de l’éolien et du solaire, servir d’initiateur au développement de la filière par la création d’emplois et la capitalisation sur du savoir-faire. Ces effets cumulés permettront a priori d’abaisser les coûts d’installation, d’opération et de maintenance, et donc d’accroitre la rentabilité des projets. A titre d’exemple, des pays comme la Corée du Sud ou encore le Canada ont mis en place des systèmes de soutien public à l’essor de la filière : ainsi, la Corée du Sud vise-t-elle un objectif de 3GW d’ici 2024, le Canada 2GW d’ici 2030. Ces politiques, soutenues par des objectifs nationaux ambitieux en terme de capacité installée, ont permis de créer une véritable dynamique de filière, permettant aux entreprises locales d’amortir leurs coûts de développement et rendre les énergies marines compétitives, tel que Fundy Tidal, Daewoo ou encore Posco.

L’intérêt des Etats-Unis, restés relativement en retrait sur le marché des hydroliennes jusqu’à présent, semble se réveiller. Ainsi, tandis que le Département de l’Energie vient de subventionner le développement de la société Ocean Power Technologies inc. pour un montant d’1 million de dollars, le fournisseur de technologies à l’armée américaine Lockheed Martin a annoncé s’être associé à Atlantis pour répondre, entre autres, à l’appel à projets lancé il y a quelques semaines en Ecosse par MeyGen. Ce consortium pilote l’installation de 86 MW d’énergie hydrolienne, soit l’équivalent de la puissance nécessaire pour alimenter 40 000 foyers, à l’extrême nord de l’Ecosse.

La France dispose d’une réelle opportunité dans ce secteur puisqu’elle abrite des leaders industriels mondiaux dans les domaines clés pour les énergies marines que sont la construction navale, l’énergie hydraulique, l’exploitation offshore ou encore la logistique portuaire. De plus, l’existence d’importantes infrastructures portuaires dans ces zones facilitera sans aucun doute les travaux sous-marins ainsi que la maintenance, nerfs de la guerre en matière d’hydrolien.

La portée de cette annonce va donc bien au-delà de la validation attendue du modèle économique de la technologie, et vient donner un nouveau souffle à une filière hydrolienne prometteuse tant en terme d’emplois (la main-d’œuvre associée à cet appel à projet est estimé à 1000 créations d’emplois) que de production d’énergie, la France disposant d’un potentiel de production hydrolien estimé de 6 à 10 TWh, soit environ 2,5% de l’énergie nucléaire produite par an sur le territoire.

Article publié dans Le Cercle Les Echos, le 3 octobre 2013