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Les énergies marines renouvelables - Interviews - EY - France

Les énergies marines renouvelables : quelles opportunités pour la France ?Interviews

Thomas Jaquier,
Directeur Technique d’Hydroquest
  • Q : Pourriez-vous nous présenter Hydroquest ?

    • Hydroquest est une entreprise fondée en 2010 qui industrialise et commercialise des hydroliennes à flux transverse issues de la technologie HARVEST. Cette technologie a été développée, à l’origine, par trois laboratoires de Grenoble INP et un de l’INSA, possédant des compétences complémentaires, qui se sont trouvés épaulés très tôt par EDF.
  • Q : Quelle est la spécificité d’Hydroquest dans le paysage des énergies marines ?

    • Notre entreprise vise initialement les applications fluviales et estuariennes et envisage ensuite de se positionner sur les applications marines. Le développement sur ce dernier secteur nécessitera sans doute la mise en place d’un consortium incluant des industriels du milieu marin. Sur le marché fluvial, il est d’emblée envisagé un déploiement sur le marché international. En effet, le marché des hydroliennes fluviales est certes important mais diffus. Les installations sont plus modestes que les installations marines et intéressent donc moins les grands acteurs industriels, ce qui laisse davantage de possibilités à une entreprise comme la nôtre.
  • Q : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre développement ?

    • Concernant les développements, EDF, Grenoble-INP, l’ADEME ou encore le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ont dispensé une aide continue tout au long du projet de recherche. Aujourd’hui, de nombreux producteurs d’électricité, publics ou privés, se positionnent par ailleurs sur ce secteur et se disent prêts à investir.

      En France, les freins sont davantage réglementaires, avec des procédures d’autorisation ou de validation des installations longs et complexes, malgré le faible impact de nos systèmes. C’est d’ailleurs en partie pour cela que nous pensons nous développer d’emblée à l’international. Certains pays ont un cadre réglementaire beaucoup plus souple et le processus de déploiement y est plus rapide.
  • Q : Quel développement anticipez-vous pour votre entreprise ? :

    • Nous som mes aujourd’hui en phase d’industrialisation et de commercialisation de nos projets. L’objectif est de devenir une PME industrielle avec une centaine de personnes d’ici 5 ans. Aujourd’hui, nous nous limitons à intégrer la production des différentes pièces qui est sous-traitée en France. Cependant nous souhaitons rapidement pouvoir disposer d’installations industrielles propres permettant la production en interne d’une partie des équipements.
  • Q : Certains acteurs internationaux comme le Royaume-Uni semblent disposer d’une avance sur les énergies marines, comment expliquezvous cela ?

    • Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est une corrélation entre le développement des technologies marines et l’abondance de la ressource. Au Royaume-Uni, en plus d’un potentiel en énergies marines très important (vents et courants), s’ajoute également une volonté forte de la part des autorités de diversifier les sources d’énergie et d’anticiper le déclin de l’industrie pétrolière en s’assurant progressivement des moyens de reconversion pour les acteurs travaillant dans cette industrie. Ces raisons expliquent sans doute les niveaux de financements de certains projets d’énergie marine (jusqu’à 40 millions d'euros !) et les projets ambitieux qui s’y développent.

      Les acteurs nord-américains et asiatiques sont également très dynamiques dans le domaine des énergies marines.

      Je pense aussi qu’à moyen terme, les acteurs allemands seront de sérieux concurrents. Le tissu industriel allemand est composé de nombreuses PME industrielles performantes qui sauront se positionner rapidement dès lors que le marché des énergies marines se concrétisera.
  • Q : Comment percevez-vous les atouts de la filière française dans la compétition internationale?

    • Malgré son retard certain dans l’éolien, la France cherche à se positionner sur les énergies marines. Le lancement de l’appel d’offre éolien offshore devrait jouer un rôle important pour le déploiement de la filière dans les années à venir. La France possède des sites à fort potentiel, un tissu industriel adapté et la volonté politique (commune à tous les partis) de relancer l’industrie avec des filières qui créent des emplois sur le territoire. Dans ce sens, les énergies marines sont une opportunité formidable. Le positionnement des acteurs français est encore disparate mais tend progressivement à se structurer. Des consortiums réunissant des acteurs spécialisés, des grands industriels de l’offshore et des universitaires sont aujourd’hui en ordre de marche pour répondre à ces nouveaux marchés.

      A terme, toutes les technologies d’énergies marines n’ont cependant pas le même potentiel et c’est clairement l’éolien offshore qui se taille la plus grosse part. L’ETM, par exemple, restera à ma connaissance plutôt réservé aux pays de la ceinture tropicale. L’hydrolien marin et le houlomoteur, possèdent des marchés plus vastes mais nécessitent encore des développements pour être capables de présenter des coûts de production acceptables.
  • Q : Quels sont selon vous les principaux freins au développement des énergies marines de façon générale ?

    • Les principaux freins sont très certainement les coûts de mise en oeuvre de ces technologies qui sont encore complexes et qui produisent relativement peu d’énergie à l’échelle d’une machine.

      Outre les innovations qui permettront de lever les verrous technologiques, ce sont les effets d’échelle (production en série) et les effets de mutualisation (parcs de plusieurs centaines de machines) qui permettront de baisser les coûts de production à terme.

      Certaines énergies comme l’éolien marin et le houlomoteur souffrent en outre d’un caractère intermittent qui nécessite le développement de moyens de stockage massif. Les efforts nécessaires à l’émergence d’un nouveau marché sont considérables et prennent du temps, comme l’a montré l’exemple de l’éolien. C’est pourquoi les états doivent soutenir les développements. La mise en place de tarifs d’achats adaptés, parallèlement à la maturation des technologies, est un levier fort. En France, pour l’hydrolien fluvial, les tarifs d’achats sont aujourd’hui les mêmes que ceux de l’hydraulique classique. Là aussi, des tarifs d’achats plus favorables encourageraient très fortement le déploiement de ce type d’hydraulique "hydrocinétique".
  • Q : Quelles perspectives à court terme pour une filière française d’énergies marines ?

    • Au-delà des éléments précédemment cités, le développement d’une filière industrielle française est un véritable enjeu. Les premiers appels d’offres, les appels à manifestations d’intérêt, l’action de l’Alliance pour la Coordination de la Recherche dans les Energies, et bientôt l’IEED France Energie S Marine S, devraient, à ce titre, insuffler une véritable dynamique et contribuer à la structuration d’une filière et à l’émergence de nouveaux acteurs. Le développement de cette filière industrielle, créatrice de valeur et d’emplois, permettra de soutenir la croissance des filières marines via la mise en place d’infrastructures, de financements de projets R&D et surtout de réalisations industrielles.

      Certaines technologies comme le houlomoteur ou l’hydrolien devront cependant faire face, dans un premier temps, à de véritables défis techniques et financiers. Cela passera notamment par le développement d’innovations spécifiques, mais aussi en s’appuyant sur l’expertise des secteurs hydraulique, pétrolier et maritime.


  • Charles Smadja,
    Directeur Général et co-fondateur de Nenuphar

  • Q : Quel a été le parcours de Nenuphar jusqu’à présent?

    • Nenuphar a été créée en 2006 avec Frédéric Silvert et a pour objectif de développer l’éolien flottant. Le démarrage de l’éolien offshore nous avait convaincus qu’en France, de tels projets resteraient des projets "PUMA" (Projet Utile Mais Ailleurs) ce qui correspond à la traduction française de NIMBY. Or, pour s’éloigner des côtes il faut flotter. Le concept de Nenuphar était à l’époque très novateur car il n’y avait alors rien dans ce domaine. La problématique principale selon nous était d’abaisser le centre de gravité, ce qui passait par une révision complète du type d’éolienne envisagé. Nous avons travaillé le concept pendant deux ans pour arriver à une solution technologique convaincante.
  • Q : Quels dispositifs publics ont aidé Nenuphar dans son développement ?

    • Nenuphar a bénéficié de plusieurs aides au cours de son démarrage, en particulier d’OSEO (plusieurs centaines de milliers d’euros) et des fonds européens Eureka. Nous sommes désormais retenus dans le cadre de plusieurs projets d’envergure, d’une part, le projet "Vertiwind", sélectionné dans le cadre des appels à manifestations d’intérêt "fonds démonstrateur" de l’ADEME (Programme des Investissements d’Avenir) et, d’autre part, d’un projet retenu par le 7e PCRD (Programme Cadre de Recherche & Développement ou FP7). Ces projets, conduits avec des partenaires industriels tels qu’EDF et Technip, représentent plusieurs millions d’euros chacun. Ils doivent aboutir pour l’un à un premier démonstrateur dès 2014, et pour l’autre à une machine certifiée dès 2015. Par ailleurs, l’un de nos projets fait partie des 5 projets retenus par la France dans le cadre de l’appel d’offres NER 300.
  • Q : Quelles sont les prochaines étapes et les perspectives de développement ?

    • Nenuphar se fixe comme objectifs d'installer 26 MW en 2016 (en Méditerranée) et 300 MW en 2017. Ces objectifs sont ambitieux mais la plupart des analystes considère que la capacité installée d’éolien offshore atteindra 150 GW à horizon 2030, dont environ 20% en flottant. Nous considérons d’ailleurs que l’éolien offshore posé et flottant sont complémentaires plutôt que concurrents. L’éolien offshore posé dispose d’un marché gigantesque, mais qui se limite à la Mer du Nord et à la Mer de Chine. L’éolien flottant sera une extension de l'éolien posé, et pourra se développer également en Méditerranée, dans l’Atlantique (Ecosse, Espagne, France, Portugal), en Amérique du Nord et au Japon. En France, nous avons les conditions adéquates pour développer à la fois les deux technologies, l’éolien flottant ayant toute sa place au Sud de la Bretagne et en Méditerranée.
  • Q : Quels sont les enjeux sur lesquels se concentrent les acteurs du secteur ?

    • Plusieurs projets ont vu le jour ces dernières années, notamment en France, mais également en Norvège, aux Etats-Unis, etc. Il n’y a pas tant de verrous technologiques (les flotteurs ont été bien développés dans le secteur pétrolier), que des enjeux de compétitivité. L’enjeu est en effet d’atteindre un LCOE (Levelized Cost of Electricity) le plus compétitif possible. Pour cela, plusieurs concepts concurrents jouent sur les coûts du flotteur, de la turbine, de l’installation mais aussi sur les frais d’opération et de maintenance. De ce point de vue, nous misons beaucoup sur la robustesse de nos équipements, pour réduire la maintenance. Nous pensons que les avantages de notre technologie à axe vertical permettent de mieux fonctionner lorsque l’éolienne est inclinée, et par conséquent de réduire le coût du flotteur. Avec une masse importante en bas, nos machines seront stables et avec un faible tirant d’eau. Tout l’équipement sera ainsi remorqué en mer, avec très peu d’opérations de grutage.
  • Q : Qu’attendez-vous comme soutiens de la part des pouvoirs publics pour développer la filière ?

    • C’est avant tout de soutenir le développement du marché. Certains indiquent qu’il faut 1,5 GW de marché pour justifier une usine. Le système d’appels d’offre permettra de lancer la filière et d’indiquer, d’ici quelques mois ou années, si l’éolien offshore flottant peut être compétitif selon les sites. Un tarif fixe de rachat garanti n’est pas forcément la solution idéale, il serait perçu comme une prime à ceux qui sont proches des côtes. Pour poursuivre le déploiement du marché, il faut avant tout que l’Etat poursuive la mise en place d’appels d’offre et favorise une compétition importante sur d’autres projets. Ceci pourra notamment se faire par une réduction progressive des subventions accordées à certains projets d’énergie conventionnelle.


  • Emmanuel Brochard,
    Directeur du Développement Commercial
    DCNS Incubateur Energies Marines

  • Q : Quel est le positionnement du Groupe DCNS sur le marché des énergies marines ?

    • Le marché est composé en amont de PME innovantes dynamiques et en aval d’Utilities qui cherchent à investir sur ces sujets. Cependant, ces projets innovants comportent de hauts niveaux de risques industriels ou financiers. L’implication d’un opérateur maîtrisant ces risques et la gestion de projets complexes à long terme, contribue au développement et au succès de ces derniers. Le Groupe souhaite donc se positionner comme un industriel offrant des solutions clé en main à ces Utilities.
  • Q : Pourriez-vous préciser les technologies sur lesquelles le Groupe se positionne ?

    • DCNS se positionne sur quatre technologies d’énergies marines renouvelables. Nous investissons ainsi sur l’éolien flottant avec le projet Winflo, l’hydrolien avec OpenHydro, l’Energie Thermique des Mers (ETM) avec notamment un projet de centrale pilote en Martinique et l’énergie des vagues avec deux projets, l’un avec Fortum sur la base de la technologie WaveRoller et l’autre avec EDF EN sur la base de la technologie CETO.
  • Q : Pourquoi un acteur comme DCNS est-il légitime sur le marché des énergies marines ?

    • Le marché des énergies marines fait appel à des compétences techniques et maritimes historiquement développées par le Groupe. Nous avons des savoir-faire, des expertises et des outils industriels liés à nos activités navales précieux dans le domaine des énergies marines.

      Le Groupe DCNS a fait le choix d'investir sur l’ETM compte tenu des compétences techniques ou d’ingénierie système nécessaires.
  • Q : Quelle est la stratégie d’investissement de DCNS sur chacune de ces quatre technologies (éolien flottant, hydrolien, ETM et énergie des vagues) ?

    • Notre modèle d’affaires est différent suivant chaque technologie considérée.

      Ainsi sur l’ETM, le développement du projet est endogène, et est développé à partir des compétences et savoir-faire DCNS. Sur l’éolien flottant, nous développons le projet WINFLO avec Vergnet et Nass&Wind. Sur l’hydrolien, nous sommes entrés au capital d’OpenHydro, et enfin sur l’énergie des vagues nous avons décidé de ne pas développer nous-mêmes de technologies mais d’avoir une position de maîtrise d’œuvre industrielle de projets.
  • Q : Quels sont les atouts de la France face à la concurrence internationale ?

    • La France dispose de la 2e plus grande zone maritime répartie à travers le monde grâce au DOM/ COM. Le tissu industriel, scientifique et académique est par ailleurs remarquable pour son excellence et assure un développement de projets innovants de grande qualité. Les soutiens institutionnels croissants (AMI, appels d’offre, IRT, IEED…) contribuent aujourd’hui à créer une filière dynamique et compétitive qui peut faire la différence sur la scène internationale.

      Par ailleurs, la France se différencie sur le marché de l’ETM où peu d’acteurs investissent aujourd’hui et cette technologie offre des perspectives importantes dans les zones intertropicales où le coût de l’énergie est élevé !
  • Q : Comment percevezvous la filière française dans la compétition internationale ?

    • La France est bien placée dans la compétition internationale et a de nombreux atouts à faire valoir. Nous sommes cependant à une charnière, et la stratégie de la France sera déterminante pour son devenir. Il est donc nécessaire d’être ambitieux !

      Le Royaume-Uni l’a bien compris il y a quelques années : les appels d’offres du Crown Estate ont permis d’initier une dynamique forte, facilitant les investissements (et l’identification d’investisseurs pour les entreprises !).

      En France le second appel d’offres offshore ne devrait pas se limiter aux applications éoliennes posées mais également intégrer les autres technologies marines (éolien flottant et hydrolien par exemple) qui auront atteint des stades de maturité suffisant pour un tel déploiement.

      Les projets DCNS d’éolien flottant et d’hydrolienne pourraient être commercialisables à l’horizon de ce deuxième appel d’offre.
  • Q : Comment se développera la filière des énergies marines ?

    • Les énergies marines suivront les mêmes tendances de développement que les énergies renouvelables. Leur développement se fera d’abord à l’échelle nationale avant de se déployer à l’international. La prime au premier entrant offrira d’ailleurs un avantage compétitif majeur du fait du retour d’expérience à disposition ou de l’effet de série possible. Il est donc crucial que l’Etat soutienne le développement de la filière industrielle française afin que celle-ci puisse émerger et concrétiser son potentiel.
  • Q : Quels sont, selon vous, les principaux leviers d’action pour soutenir le développement d’une filière française ?

    • Les opportunités de développer de nouvelles filières industrielles compétitives et créatrices d’emplois sont rares. Rappelons que 80 000 emplois pourraient ainsi être créés d’ici à 2030 en Europe offrant des perspectives intéressantes à la France. Selon moi, cinq leviers majeurs peuvent contribuer au développement d’une filière industrielle française.

      Tout d’abord, la mise en place de dispositifs de soutien au déploiement de prototypes ou de démonstrateurs. Ces aides sont critiques pour réduire le coût des essais et les surcoûts liés à la courbe d’apprentissage. Elles permettent également d’accélérer le développement de technologies, de gagner en connaissance et en retour d’expérience et in fine d’améliorer la compétitivité.

      Le deuxième levier est certainement une adaptation des procédures d’autorisation au contexte des énergies marines. Les processus peuvent être en effet relativement longs et solliciter différents services d’Etat. Dans d’autres pays comme le Danemark, un processus de guichet unique a été mis en oeuvre permettant de fluidifier les demandes d’autorisation.

      Le troisième levier serait la mise en place d’un tarif d’achat pour les énergies marines. Celui-ci doit cependant être pensé en lien avec la maturité des technologies afin de soutenir le développement de la filière française. Des tarifs d’achats bonifiés (comme les ROC au Royaume-Uni) pourraient également être une option intéressante.

      Le quatrième levier serait la mise en place d’appels d’offre comme celui récemment clos sur l’éolien offshore.

      Et enfin, le cinquième levier serait le développement de politiques communautaires sur les énergies marines, comme le NER 300, permettant de disposer d’outils complémentaires.


  • Philippe Gilson,
    Directeur des Energies
    Marines chez Alstom et Président de la Commission
    Energies Marines Renouvelables du SER

  • Q : Quel est le positionnement du Groupe Alstom sur le marché des énergies marines ?

    • Les énergies marines sont une des activités de la branche Energies Renouvelables du Groupe. Cette branche recouvre notamment les activités d’hydroélectricité, d’éolien ainsi que de nouvelles technologies comme la géothermie, le solaire ou les énergies marines.

      Le Groupe Alstom dispose d’ailleurs d’un des portefeuilles les plus complets sur le secteur des énergies renouvelables.

      Sur les énergies marines plus spécifiquement, nous nous positionnons sur deux technologies dont le stade de développement est relativement avancé : l’hydrolien et le houlomoteur.
  • Q : Quels facteurs ont conduit le Groupe Alstom à se positionner sur les énergies marines ?

    • Le Groupe dispose d’expertises et compétences historiques et uniques sur les deux filières que sont l’hydroélectricité et l’éolien. Les énergies marines, et notamment l’hydrolien, sont des filières qui se conçoivent au carrefour de ces savoir-faire.

      Le réseau commercial disséminé à travers le monde est également un atout clé du Groupe lui offrant la possibilité de viser une position de leadership à l’international.
  • Q : Quels sont les projets en cours d’Alstom sur l’hydrolien ?

    • Nous disposons de deux projets d’hydrolien de 1MW chacun. Le premier "Beluga 9" sera prochainement déployé dans la baie de Fundy sur la côte est du Canada. Cette technologie est particulièrement adaptée pour des sites très énergétiques et est destinée à fonctionner dans des courants de 9 noeuds (soit près 4,5 mètres/seconde).

      Le second pilote "ORCA 7" est destiné à des sites moins énergétiques et peut fonctionner dans des courants de 7 noeuds (soit près de 3,5 mètres/seconde). Afin de fournir une puissance de 1MW, le diamètre d’ORCA 7 est plus grand que Beluga 9 et avoisine les 20 mètres. La technologie sera testée en France sur le site de Paimpol Bréhat d’ici à 2013.
  • Q : Quel est le positionnement retenu par Alstom sur le houlomoteur?

    • Il faut distinguer trois grands segments de marché sur le houlomoteur. D’abord, le "onshore" qui correspond à des équipements montés sur la côte (comme des quais, des brises lames…), ensuite le "near shore" qui correspond à des installations placées à quelques centaines de mètres des côtes dans des zones relativement peu profondes (de l’ordre de 20 mètres) et enfin les technologies "offshore".

      C’est sur ce dernier segment, qui permet de produire davantage d’énergie et dispose de plus grandes perspectives de marché, que nous avons décidé d’investir. Nous avons ainsi identifié et évalué plusieurs centaines de technologies avant de nous arrêter sur la technologie d’AWS Ocean Energy Ltd (appelée "AWS III") qui nous semble la plus prometteuse et la plus compétitive. Alstom détient ainsi depuis juin dernier 40% du capital d’AWS.

      Cette technologie de 60 mètres de diamètre et d’une puissance de 2,5MW a d’ores et déjà été testée via plusieurs prototypes (échelle 1/15 et 1/9) en b assin ou en Ecosse afin de valider un certain nombre d’aspects. Un prototype à échelle 1 devrait être construit courant 2013 pour une mise à l’eau en 2014.
  • Q : Quelles sont les perspectives de développement de ces technologies ?

    • Ces deux marchés offrent des perspectives intéressantes. Ainsi le potentiel mondial hydrolien est estimé de 50 GW à 100 GW (pour des sites soumis aux courants de marée puissants), soit avec des machines de 1MW près de 50 000 à 100 000 machines sans compter les opérations de renouvellement et de maintenance !

      Le marché du houlomoteur est quant à lui bien supérieur, on estime ainsi qu’il pourrait faire trois fois celui de l’hydrolien (c’est-à-dire entre 200 et 300 GW selon les calculs d’Alstom) !
  • Q : Quels sont les atouts de la France face à la concurrence internationale ?

    • La France a la chance de disposer d’une façade littorale importante et de sites propices au développement de l’ensemble des énergies marines. Les compétences techniques des ingénieurs français hautement qualifiés sont également un véritable atout. Tout comme le tissu industriel para pétrolier ou naval.

      Le développement d’une filière des énergies marines offre également l’opportunité de "réindustrialiser" la France et permettre la création d’emplois variés (ouvriers, ingénieurs, managers…).
  • Q : Quelles sont les dynamiques à l’échelle mondiale sur les énergies marines ?

    • L’Europe est très certainement un fer de lance sur les énergies marines et dispose d’un marché domestique important. Son implication historique sur le changement climatique a en effet initié nombre de projets et réflexions.

      L’Europe dispose ainsi aujourd’hui d’une certaine avance sur d’autres régions comme l’Amérique du Nord ou l’Asie. Cette avance est cependant toute relative, les investissements et dynamiques en Amérique et en Asie pouvant rapidement évoluer et changer la donne.

      En Europe, le Royaume-Uni et la France investissent tout particulièrement sur les énergies marines.
  • Q : Comment percevezvous la filière française dans la compétition internationale ?

    • La France dispose d’atouts indéniables pour devenir leader sur les énergies marines, et de sites à forts potentiels (en Normandie et en Bretagne notamment), il est donc important que l’Etat soutienne rapidement l’émergence du marché national. Le lancement d’un appel d’offres pourrait être une option à condition de distinguer les technologies suivant leur maturité et leurs coûts.
  • Q : Quels sont, selon vous, les principaux leviers d’action pour soutenir le développement d’une filière française ?

    • Il est important pour soutenir le développement des énergies marines de mettre en place un cadre réglementaire et législatif propice avec des processus simples, rapides et clairs mais également d’affirmer une volonté politique d’investir sur ce sujet afin de donner des perspectives concrètes aux énergéticiens, industriels et financeurs sur le devenir de la filière. La mise en place de dispositifs incitatifs pour pallier au surcoût de l’énergie de ces technologies en émergence (comme des tarifs d’achat) sera également importante.

      La concertation avec les autres acteurs de la mer est une étape nécessaire afin d’assurer une compréhension mutuelle et un développement de la filière en accord avec les autres usagers de la mer. A noter cependant que les énergies marines disposent d’un impact environnemental moindre que d’autres filières (les hydroliennes sont ainsi invisibles en surface et n’entravent pas la navigation !).

      La communication auprès des parties prenantes (institutions, public…) sera également majeure pour sensibiliser ces acteurs à ces technologies et soutenir à terme le développement de la filière française.

      Au-delà de ces éléments, le SER prépare actuellement un Livre Blanc sur les énergies renouvelables, dont un volet sera dédié aux énergies marines. Les recommandations issues de ce travail approfondi devraient être rendues publiques début 2012.
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