Construire pour durer- Les entreprises familiales montrent la voie de la croissance durable

Croissance et résilience

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Grandir en dépit des incertitudes économiques

Le résultat le plus marquant de l’enquête est que 60 % des entreprises interrogées déclarent avoir enregistré une croissance d’au moins 5 % et une sur six une croissance d’au moins 15 % entre juillet 2011 et juin 2012. Un chiffre d’autant plus remarquable que près des trois quarts des entreprises interrogées sont implantées en Europe et aux États-Unis, là où les conditions économiques ont été les plus difficiles. Cela montre que le modèle de  l’entreprise familiale demeure solide face à l’adversité. De plus, cela confirme le vieil adage selon lequel les entreprises familiales réussissent grâce à un mode de gestion différent, axé sur une vision et des investissements à long terme.

Croissance du chiffre d’affaires de juillet 2011 à juin 2012

La majorité des personnes interrogées sont issues d’entreprises matures que les familles possèdent depuis au moins trois générations. La culture et les valeurs d’entreprise familiale y sont une force pour résister dans les périodes difficiles. Quels sont, selon les entreprises familiales, les facteurs qui les rendent aussi résilientes durant des périodes de turbulence économique ? Et quel regard portent-elles sur leurs avantages concurrentiels et les facteurs de leur réussite ?

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Adopter une vision à long terme

L’accent mis sur le long terme est l’une des caractéristiques propres aux entreprises familiales. Il n’est donc pas surprenant que, pour plus de la moitié des personnes interrogées, le facteur cité comme le plus important dans la réussite de leur entreprise soit « la gestion dans une perspective de long terme ».

Principaux facteurs de la réussite durable des entreprises familiales


Principaux facteurs de réussite : comparaison entre les entreprises très performantes et moins performantes

FOCUS : Construire une entreprise solide

Des entreprises familiales adaptées aux nouvelles réalités de leur environnement

Les entreprises familiales les plus prospères ont toujours su s’adapter aux nouvelles réalités en se réinventant au fil du temps. Invitées à indiquer ce qui a pu motiver des changements dans la structure de management de l’entreprise, deux personnes interrogées sur cinq citent l’adaptation à de nouvelles conditions économiques.

Mais on constate que, pour les entreprises familiales, cette « nouvelle normalité » constitue aussi une opportunité. Près de la moitié des entreprises interrogées – et 80 % des plus performantes – voient dans les économies émergentes de nouveaux marchés et de nouveaux clients. Moins de la moitié d’entre elles considèrent ces nouveaux marchés comme une concurrence supplémentaire. En dépit du contexte difficile et de la tendance générale à la réduction des dépenses, les entreprises familiales prévoient de s’agrandir. Plus de la moitié des personnes interrogées déclarent envisager de lancer de nouveaux produits et services. Le même pourcentage affirme vouloir agrandir sa part de marché actuelle, et près de quatre sur dix prévoient de s’implanter dans de nouveaux pays.

Financer la croissance

Les entreprises ont besoin de financements pour se développer et les entreprises familiales ne sont pas totalement immunisées contre le gel des crédits. Environ un tiers répondent que cela est devenu plus difficile qu’avant, tandis que le même pourcentage affirme que les conditions n’ont pas changé. Mais les entreprises familiales sont peut-être mieux placées que les autres, disposant souvent de bénéfices non distribués plus abondants pour financer leur développement. Les personnes interrogées confirment qu’il s’agit de actuellement leur première méthode de financement.

Classement des options de financement par ordre de préférence

  Rang
Bénéfices non distribués 1
Banque    2
Famille   3
Crédits bancaires syndiqués  4
Placements privés    5
Obligations       6
Externe   7

Le réinvestissement des bénéfices non distribués peut constituer un avantage concurrentiel significatif pour les entreprises familiales, renforçant leur indépendance à l’égard des marchés de capitaux, et leur permettant de se concentrer sur l’innovation et le développement de leurs compétences stratégiques au lieu de satisfaire les attentes trimestrielles des actionnaires. Toutefois, il faut se garder d’une confiance excessive à l’égard des bénéfices non distribués, prêts bancaires et fonds familiaux ne sont pas nécessairement les méthodes les plus efficaces de financement de la croissance. Les entreprises familiales devraient de plus en plus envisager d’autres sources de financement, comme le Private Equity ou même l’introduction en bourse. Si notre enquête montre que le financement externe est peu considéré, les entreprises familiales qui veulent maintenir leur compétitivité ne doivent cependant pas négliger cette option.

Innovation

À la question de savoir comment les entreprises entendent utiliser les nouveaux financements, l’enquête fait clairement ressortir que les  sociétés interrogées prévoient en effet de miser davantage sur l’innovation dans les années à venir.

Utilisation des moyens financiers supplémentaires

Intention de succession

Une approche à long terme représente l’une des caractéristiques majeure des entreprises familiales. L’élément le plus crucial qui garantit la viabilité de cette perspective à long terme est la succession : la volonté que l’entreprise continue à être gérée par les générations futures. Cette aspiration dynastique positionne les entreprises familiales à part des autres sociétés et contribue à leur résistance. Le graphique ci-dessous démontre une forte intention de transmettre dans les entreprises familiales, mais la réalité est que seules 30 % des sociétés survivent à la deuxième génération, 13 % à la troisième génération et seulement 3 % au-delà.

Intention de transmettre (par génération et par lieu d’implantation – marché mature vs. marché émergent)

En outre, en début d’année, EY a rapporté les résultats extrêmement préoccupants d’une étude mondiale menée en collaboration avec l’Université de Saint-Gall auprès d’étudiants issus d’entreprises familiales : seulement 22,7 % ont exprimé une intention de prendre la suite de l’activité familiale. Si l’on compare les deux études, il semble qu’il existe une évidente disparité entre les intentions de succession des entreprises familiales elles-mêmes et celles de la prochaine génération, ce qui ouvre un débat intéressant.

Focus : Financement

Top 50 Global Challengers

Lorsque l’on s’intéresse à la croissance des entreprises familiales, il convient de tenir également compte de la frange la plus prospère de cette catégorie.

EY a récemment mené une étude en collaboration avec CampdenFB afin d’identifier les entreprises familiales affichant la plus forte croissance à l’échelle mondiale et les facteurs qui ont contribué à leur prospérité. L’enquête a conduit à la publication de la liste des cinquante entreprises familiales connaissant le plus fort taux de croissance au monde, avec une augmentation moyenne de 65 % entre 2009 et 2011.

La moitié des sociétés de cette liste sont implantées en Europe, ce qui confirme les résultats de notre enquête et atteste à nouveau de la solidité remarquable des entreprises familiales, surtout si l’on tient compte du paysage économique dans lequel elles évoluent.

À la question de savoir quels facteurs ont contribué à leur développement spectaculaire, la plupart de ces cinquante entreprises imputent leur réussite, avant toute autre considération, au fait d’être un établissement familial.

Selon Philippe Vailhen, associé, responsable de l’activité Entreprises familiales en France : « La façon dont ces challengers mondiaux ont su tirer parti des avantages potentiels de leur statut d’entreprises familiales pour atteindre une croissance et une réussite spectaculaires est très impressionnante. Ces sociétés incarnent l’esprit d’innovation et la force entrepreneuriale. » Vous pouvez consulter l’intégralité de cette enquête sur www.ey.com/familybusiness

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FOCUS : Construire une entreprise solide

Philip Aminoff

- Président honoraire du Groupement européen des entreprises familiales et président du Groupe Electrosonic, entreprise familiale finlandaise


Si les entreprises familiales parviennent si bien à résister aux chocs, c’est en partie parce qu’elles sont construites pour cela. « Aujourd’hui, on les caricature en les qualifiant de vilains petits canards, mais les entreprises familiales établies depuis longtemps ont généralement traversé plusieurs catastrophes, soit pour des raisons internes, soit à cause de la pression des innovations technologiques ou encore pour des motifs géopolitiques », précise Philip Aminoff, dont la famille possède plusieurs entreprises en Finlande, et il ajoute « Cela pousse les entrepreneurs à construire des sociétés solides. Les entreprises familiales s’efforcent d’avoir un bilan robuste et de construire des relations durables. »

Toutefois, les facteurs qui expliquent la solidité et la résilience des entreprises familiales ne découlent pas uniquement de leur mode de propriété. Un autre aspect, moins tangible, joue un rôle important. « Ce qui compte, c’est plutôt l’état d’esprit du propriétaire », nuance M. Aminoff. « Les entreprises familiales fonctionnent généralement dans un esprit comparable à celui des sociétés appartenant à des fondations, parfois même comme des coopératives. Les propriétaires n’ont aucunement l’intention de les vendre et cela change tout, parce que la société est alors envisagée comme une source de revenus continue, nourrie par les actifs. Et les actifs ne se résument pas à ce qui apparaît dans le bilan ; les relations avec les clients, les collaborateurs en font aussi partie. »

« Les dirigeants des entreprises familiales cherchent généralement à améliorer leur capacité de gain à très long terme, aussi loin qu’ils puissent envisager l’avenir », observe M. Aminoff.

« Dans cette perspective, les actifs doivent véritablement être développés et protégés. On fait attention à ne pas surcharger le passif du bilan pour ne pas entraver le développement des actifs à long terme. Tandis que dans le Private Equity ou les sociétés cotées, dont la propriété est répartie entre de multiples actionnaires, ce sont le retour sur investissement, la hausse du chiffre d’affaires et les ratios financiers qui importent le plus. Et le moyen le plus simple d’atteindre ces objectifs consiste à s’endetter et à faire des acquisitions. Une entreprise familiale qui adopte une approche à long terme ne fait pas cela. À mon avis, il existe une ligne de partage fondamentale entre les deux philosophies. »

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FOCUS : Financement

Heinrich Spängler

- Président du conseil de surveillance de Bankhaus Carl Spängler & Co Aktiengesellschaft, banque privée autrichienne créée il y a 180 ans


Est-il difficile pour une entreprise familiale d’obtenir des financements en ce moment ? « Je ne crois pas que ce soit un inconvénient d’être une entreprise familiale à l’heure actuelle », répond Heinrich Spängler. « Ces dernières années, la tendance était aux grandes entreprises cotées en bourse, et ces sociétés trouvaient peut-être plus facilement des fonds. Mais à présent, je ne vois aucune différence entre les entreprises à capitaux privés et les sociétés à capital ouvert. Je dirais plutôt que, du fait de leur orientation sur le long terme et des valeurs qui les animent, on peut faire confiance aux entreprises familiales, elles feront tout pour survivre. »

« Pour nous, c’est un avantage d’être une entreprise familiale et d’avoir pour clients d’autres entreprises familiales. On connaît personnellement la famille et les successeurs – qu’ils entrent dans l’entreprise ou non – et cela change tout. On sait quels sont les points forts et les faiblesses des propriétaires », ajoute M. Spängler. « Le fait que la direction et les propriétaires ne changent pas tous les cinq ans constitue un gage de stabilité et signifie que les valeurs de la société ne risquent guère d’être bouleversées d’un jour à l’autre. »

L’implication personnelle du propriétaire permet également de prendre des décisions sans subir les pressions liées aux variations du cours des actions. « Nous fonctionnons de personne à personne, sans être absorbés par la folie du marché », souligne M. Spängler. « J’apprécie les marchés et je suis conscient de l’importance de leur rôle, un rôle nécessaire pour les entreprises au-delà d’une certaine taille. Mais ils exagèrent, dans un sens ou l’autre, et vous obligent à gérer les entreprises d’une certaine façon. Dans le contexte actuel tout particulièrement, il est avantageux d’être une entreprise familiale. »

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