Letzebuerger Gemengen, January 2013

Le développement durable, un instrument de gestion

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Entreprises mais également gouvernements, administrations publiques et communales n’ont plus d’autre choix que de s’investir pleinement dans une démarche de développement durable réfléchie pour se différencier de leurs concurrents. C’est le constat que nous livre Pierre Mangers, Leader en services professionnels pour le secteur public chez EY au Luxembourg. Entrevue.

 

Que représente la notion de «développement durable» pour les entreprises ?

Le développement durable, ce sont trois piliers : l’économique, l’écologie et le social. Les entreprises l’ont bien compris, et leur politique de développement durable intègre désormais chacun d’eux.  Au niveau économique, la création d’emplois repose sur la pérennité d’un modèle économique qui intègre désormais les innovations de demain assurant la croissance des revenus de la prochaine génération. Ceci signifie pour un gouvernement de créer un cadre règlementaire et légal attrayant pour les développeurs de projets et les investisseurs, sécurisant une planification économique et financière à long terme.
Dans le domaine environnemental, les entreprises se soucient plus que jamais du traitement des déchets qu’elles génèrent et prennent les devants pour assurer la protection environnementale. L’efficacité énergétique est également au cœur de leur réflexion, comme en témoigne le recours aux énergies renouvelables, toujours croissant.
Pour finir, les composantes du volet social, lequel repose sur les conditions de travail et sur la sécurité et santé au travail mais également sur la diversité au sein de l’entreprise, font l’objet d’une attention particulière aujourd’hui. Si les entreprises ont véritablement pris conscience que la diversité est un facteur d’enrichissement très important, diversité tant au niveau de la mixité, de la race, de l’âge qu’au niveau d’expérience, pour ne citer qu’eux, encore doivent-elles s’assurer qu’elles utilisent des indicateurs de mesure performants.
En clair, il s’agit de se poser les bonnes questions et de considérer le développement durable comme le cœur de métier de l’activité que l’on exerce, et ce, quelque soit le secteur dans lequel on est actif. C’est désormais la condition sine qua non pour toute organisation qui souhaite attirer les meilleurs talents et assurer en parallèle sa pérennité.

 

Si le développement durable est devenu une démarche incontournable pour la survie d’une entreprise, comme vous le prétendez, les très nombreuses sociétés qui se sont engagées dans cette démarche jouent-elles pour autant vraiment le jeu ?

Le contexte culturel est un facteur parmi d’autres qui a une influence sur la pérennité du suivi de la démarche de développement durable.
Si les entreprises anglo-saxonnes tendent à privilégier une approche à court terme, d’autant plus qu’actuellement la conjoncture est défavorable, les entreprises allemandes ou autrichiennes, elles, malgré la crise, s’engagent toujours davantage dans cette démarche.
Ces dernières ont bien saisi qu’il ne s’agit pas de surfer sur une «vague verte», mais de se différencier de la concurrence, soit de convaincre clients, investisseurs, fournisseurs, collaborateurs, actionnaires d’opter pour ses produits ou services plutôt que pour ceux d’un autre.

 

«Un Etat ne doit plus compter sur des recettes fiscales rapidement et facilement récoltées mais il doit innover avec son cadre règlementaire».

 

Le développement durable a un coût. Une société peut-elle générer des bénéfices, tant financiers que non financiers en privilégiant une telle démarche ?

Une approche durable est une garantie pour les investisseurs et les fournisseurs, une marque de confiance et de fierté pour les collaborateurs, une image de marque auprès des consommateurs et un instrument de gestion pour la société en question.
On note d’ailleurs clairement que les acteurs économiques dont la stratégie repose fortement sur le développement durable ont une valorisation boursière supérieure car les investisseurs souhaitent avoir une quantification des risques liés aux aléas environnementaux et  sociaux pour mieux apprécier l’impact sur le développement économique et sur l’image de marque.
Gardons toujours à l’esprit que le monde d’après-crise aura changé la vision des choses des citoyens, que nous aurons changé de paradigme, et qu’aucune entreprise ne pourra désormais plus se hisser comme leader dans son secteur sans s’engager pleinement dans le développement durable.

 

A propos, qu’en est-il d’EY à ce sujet ?

EY peut se prévaloir de figurer à la douzième place au monde pour ce qui est d’attirer les jeunes talents (titre décerné par l’Institut Best Place to Work le 30 novembre dernier), ce que le marché perçoit comme tel et fait notre grande fierté.
Nous sommes également très actifs dans le domaine de la philanthropie ; nous pouvons nous targuer de fêter notre dixième anniversaire de partenariat avec ‘SOS Villages d’Enfants Monde’, l’une des plus grandes et plus reconnues organisations caritatives du Luxembourg. Nous soutenons également l’International School of Luxembourg (ISL), qui témoigne de notre volonté d’accompagner les jeunes dans la réussite de leur parcours scolaire et de créer un changement positif au sein même de la communauté. De surcroît, nous supportons l’association Jonk Entrepreneuren avec des stages pour les étudiants de 3ème et 2ème, en vue d‘enrichir leur  choix d’études universitaires. Parallèlement, nous mettons un point d’honneur à réduire notre propre empreinte carbone par toute une série de mesures.
Précisons qu’il s’agit pour toute société de promouvoir des initiatives qui correspondent à ses valeurs, afin de pouvoir s’identifier à elles.

 

Quelles sont les solutions qu’EY peut apporter dans ce cadre ?

Nous avons pour vocation d’aider les gouvernements dans l’élaboration de leur politique de développement durable, laquelle permet au secteur commercial et financier de créer un cadre réglementaire et légal pour développer in fine des projets compétitifs, que ce soit en matière d’énergies renouvelables ou de commerce équitable, par exemple. C’est par là qu’il faut commencer : un Etat doit avoir une vision sur le long terme et ne doit plus compter sur des recettes fiscales rapidement et facilement récoltées mais il doit innover avec son cadre règlementaire.
Dans un deuxième temps, nous aidons les entreprises à tirer profit de ce cadre, au niveau des subventions ou de la réalisation du plan d’affaires, notamment. Dans ce contexte, nous dressons un tableau de bord pour nos clients aussi bien sur leurs fournisseurs que sur les investisseurs potentiels, afin de s’assurer que ceux-ci suivent des règles éthiques aussi strictes que possible.
C’est ainsi qu’EY a favorisé l’investissement massif d’un pays de l’OCDE dans les énergies renouvelables, avec pour corollaire une arrivée de nombre de nouveaux produits et d’instruments financiers.

Il en va bien évidemment de même au niveau des administrations communales. Il revient ici de faire un état des lieux des pratiques de gestion écologique et sociale puis de mener une réflexion sur les bonnes pratiques, en mesurant l’écart existant entre les pratiques observées de la commune analysée et les bonnes pratiques connues dans le secteur public et privé. S’ensuit une liste de recommandations que nous émettons pour la réalisation d’un plan d’action où nous assistons au final le collège échevinal dans l’implémentation des mesures d’amélioration. Au regard de tous ces éléments, on peut affirmer sans hésiter que le développement durable est devenu un instrument de gestion et le cœur de métier de beaucoup de nos clients du secteur public.