Agefi, February 2013

Le secteur des « Cleantech » : une classe d’actifs aux grandes perspectives.

Entre opportunités et incertitudes…

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La demande croissante en énergie accélérée par l’émergence de pays comme la Chine, l’Inde ou encore le Brésil, associée à une forte augmentation du prix des matières premières et des énergies fossiles, la démographie mondiale en constante progression ainsi que la prise de conscience de la communauté internationale des enjeux et de la nécessité de réduire les émissions de CO2 ont ramené les questions environnementales et écologiques sur le devant de la scène en s’invitant au cœur des débats nationaux et internationaux ces dernières années. La nécessité d’accélérer le développement de sources d’énergies alternatives et d’améliorer les rendements énergétiques a pris une nouvelle dimension surtout depuis la catastrophe de Fukushima qui a révélé au grand jour les limites et les dangers du « tout nucléaire ».

Dans ce contexte, perçu à la fois comme un marché de niche à haut potentiel de développement et comme un nouveau modèle économique à suivre, les Cleantech ont suscité l’intérêt croissant des investisseurs et attiré un volume de plus en plus significatif de capitaux. L’essentiel des investissements est dirigé vers les secteurs des énergies renouvelables, des technologies visant l’amélioration de l’efficacité énergétique et la réduction des gaz à effet de serre, des infrastructures ainsi que des technologies cherchant à améliorer la gestion des déchets et du traitement des eaux.

Les grandes entreprises ont clairement perçu la nécessité d’intégrer de plus en plus les dimensions environnementales et sociales au sein de leur stratégie industrielle. Face à une pression croissante des politiques et à une forte attente des consommateurs, de plus en plus d’entreprises ont compris qu’une attitude « socialement responsable », en plus d’une obligation réglementaire, allait devenir également un formidable outil de communication.

Les investissements récents dans les Cleantech ont été dopés par la croissance des marchés émergents et notamment par la montée en puissance de la Chine qui, depuis le début de l’année 2011, a dépassé  les Etats-Unis en volume de capitaux investis et s’impose de plus en plus comme un poids lourd incontournable du secteur. Au cours de l’année 2012, cette tendance a été renforcée par certains engagements massifs notamment de la Chine qui a affiché dans son 12ème plan quinquennal comme priorité stratégique la promotion des énergies propres et l’amélioration des performances énergétique ou encore l’Arabie saoudite qui a lancé un plan de développement de l’énergie solaire de près de USD 100 milliards. Le Brésil quant à lui continue d’investir massivement dans les énergies éoliennes et le développement des biodiesels avec pour ambition de diminuer significativement sa dépendance énergétique et de devenir un champion mondial du secteur.

Toutefois, l’essor des cleantech est encore très largement dépendant des financements publics et des mesures incitatives des états, qu’elles soient d’ordre fiscal, budgétaire ou législatif.

Dans une grande majorité des cas, le modèle économique des Cleantech n’est encore que très difficilement viable sans des mesures d’accompagnement de l’Etat. Le secteur des énergies renouvelables en est l’exemple le plus révélateur. Il existe en général un consensus global qui s’accorde à dire que l’essor des énergies renouvelables est inévitable à long terme pour assurer un développement durable et relayer une énergie fossile vieillissante et extrêmement polluante; mais, aujourd’hui, ces énergies ne sont pas encore suffisamment compétitives sans un encadrement fiscal adapté ou des systèmes de tarifs garantis par les états face à des hydrocarbures encore trop bon marché et abondants.

Les cleantech doivent continuer à progresser pour atteindre un meilleur rendement énergétique qui puisse leur permettre de rattraper le déficit de compétitivité par rapport aux énergies traditionnelles et être en mesure de proposer un modèle économique viable autonome afin de prendre pleinement leur place dans le paysage industriel de demain. Il existe un risque évident que les difficultés budgétaires des états retardent voire annihilent les efforts fournis dans ce domaine depuis quelques années.

Le domaine des cleantech est à la croisée des chemins et doit relever plusieurs défis pour espérer continuer à se développer. La récession économique combinée à la baisse du soutien financier des états tant en Europe et qu’aux Etats-Unis a pesé lourd sur les résultats des entreprises du secteur. Progressivement, l’idée fait son chemin, que l’ère des « cleantech » sous perfusion publique touche à sa fin et qu’il est temps pour les principaux acteurs économiques d’imaginer un nouveau modèle où l’innovation et la recherche de l’efficacité leur permettra de se frotter à la compétition des technologies traditionnelles.

 

Olivier Coekelbergs, Partner, Private Equity Leader, EY, Luxembourg
José Aubourg, Senior Manager Private Equity, EY, Luxembourg