Agefi Luxembourg, March 2013

Private Equity, de vous à moi…

Le Private Equity en Europe, vers une résurrection en 2013 ?

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En accompagnant et soutenant certaines entités en portefeuilles confrontées à des difficultés parfois extrêmes, le business model du Private Equity continue de démontrer sa robustesse dans un contexte économique difficile. Le bilan européen de 2012 reste  cependant décevant et confirme la fragilité de la zone Euro. L’analyse de l’activité de 2012 met en évidence certaines tendances dont il est à ce stade difficile de prédire l’évolution pour 2013, mais qui offrent à certains des perspectives optimistes et à d’autres une vision plus réservée du secteur.

 

La valeur des exits excède la valeur des nouveaux deals

Pour la troisième année consécutive le produit des exits opérés en 2012 a sensiblement excédé la valeur des nouvelles acquisitions. Si cette nouvelle est réjouissante dans la mesure où elle offre aux maisons de Private Equity qui lèvent actuellement des fonds des opportunités importantes, une crainte persiste sur la qualité de certaines des entités qui restent dans les portefeuilles des fonds et sur la nécessité d’opérer sur celles-ci des restructurations de financement importantes susceptibles de générer des pertes significatives pour les fonds et ultimement leurs investisseurs. Il serait par ailleurs naïf de ne pas s’inquiéter du nombre important d’actifs détenus par les fonds de Private Equity dont la durée de détention a largement excédé la normale. Des efforts majeurs destinés à réduire le nombre de ces actifs sont nécessaires. Cependant, étant donné les conditions actuelles du marché de l’IPO, les grandes entreprises et les autres fonds de Private Equity sont les seuls routes possibles à court terme.

 

Un dernier trimestre 2012 particulièrement difficile

Avec 563 deals représentant 51.4 milliards d’euros, 2012 a connu une réduction de 20% en valeur et de 10% en volume par rapport à 2011. En dehors de 2009, l’exercice 2012 en valeur est le plus bas depuis 1998. Les chiffres du dernier trimestre ont été particulièrement faibles et font craindre aux plus pessimistes une année 2013 difficile.

 

Alors que le Royaume-Uni rebondit, la France et l’Allemagne plongent

La valeur et le volume des transactions en France ont baissé fortement durant le dernier trimestre 2012. Cette tendance confirme que la hausse enregistrée lors du second trimestre reflétait une réaction aux incertitudes fiscales et macroéconomiques et non une réelle reprise de l’activité. L’Allemagne a également connu une année difficile avec une forte réduction de la valeur des deals opérés sur son territoire. Avec des deals représentant 19.8 milliards d’euros (38% des transactions en Europe) et 35% du nombre de transactions, le Royaume-Uni se positionne en première place sur le marché européen en 2012. Cette tendance contraste avec les chiffres observés en 2011 où la valeur des deals au Royaume-Uni était inférieure à la France. 2012 offre donc une différenciation assez marquée entre le Royaume-Uni qui est moins affecté par l’incertitude économique au sein de l’Eurozone et résiste avec une activité stable et l’Europe continentale qui ralentit sur ses deux fronts majeurs que sont l’Allemagne et la France.

 

Les banques restent prudentes

Les prêteurs européens restent conservateurs. La valeur moyenne de la dette dans les deals de plus de 100 millions d’euros  a baissé de 44% à 38% entre 2011 et 2012. Ce recul démontre que les banques sont toujours ouvertes à financer des acquisitions, mais dans le cadre d’un processus de sélection beaucoup plus affiné que dans le passé. En outre, il semble que les banques soient plus attirées par les deals de grande taille perçus comme moins risqués.

 

Et pour 2013 ?

La fracture qu’on observe entre les opportunités d’exits et le volume important des actifs qui doivent être vendus par les  fonds de Private Equity est un défi majeur auquel l’industrie du Private Equity en Europe est confrontée. Ainsi, au delà des questions de refinancement pour certains actifs de moindre la qualité, l’enjeu pour les maisons de Private Equity sera donc d’ouvrir des nouvelles fenêtres d’exits en Asie ou aux Etats-Unis.

Par ailleurs, même si les banques font preuve de prudence, d’autres alternatives de financement sont entrées dans le secteur. Les fonds de dettes tiennent une place de plus en plus importante et se positionnent de plus en plus sur les refinancements en cours.

Même si le contexte reste difficile, les fondements d’un retournement du marché sont présents : les fonds de Private Equity ont des ressources, des nouveaux prêteurs se positionnent et les deals de qualités existent toujours.  Cependant, les incertitudes de la zone Euro continuent de peser sur la confiance.  La levée de cette incertitude semble être l’élément fondamental pour un retour à une activité plus soutenue dans le secteur du Private Equity en Europe continentale.

 

Olivier Coekelbergs, Private Equity Leader, EY, Luxembourg

 

*Source : EY, Multiple