AGEFI Luxembourg, July 2013

Private Equity, de vous à moi... Les fonds de Private Equity créent de la valeur : mythe ou réalité ?

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EY a récemment publié la huitième édition de son étude annuelle « How do Private Equity Investors create Value ? » qui analyse la contribution des fonds de Private Equity à la création de valeur dans les entités qu’ils détiennent en portefeuille.

Les critères retenus pour déterminer la base d’analyse de cette étude sont restés constants par rapport aux sept éditions précédentes. Il s’agit d’entreprises européennes détenues par des fonds de Private Equity dont la valeur d’entreprise au moment de l’acquisition excédait 150 millions d’euros. L’étude analyse sur une base annuelle les exits survenus au sein de cette base et met en lumière un grand nombre d’éléments qui convergent vers une réalité qui est souvent remise en cause par certains mais parait de plus en plus irréfutable: les fonds de Private Equity créent de la valeur. En outre, l’étude démontre que les critiques auxquelles l’industrie fait face : destruction d’emplois, démembrement d’actifs et utilisation abusive d’endettement tiennent plus du mythe que de la réalité. Elle met également en évidence que l’industrie est confrontée à deux défis majeurs : une économie essoufflée et des opportunités d’exit limités. Voyons un peu plus en détails les messages clés qui ressortent de l’étude.

Premier mythe : Les fonds de Private Equity sont nuisibles à l’emploi …

Entre 2005 et 2012, une période couvrant tant des temps de crises que de croissance économique, le nombre d’employés des entreprises détenues par les fonds de Private Equity a augmenté en moyenne de 2% sur la période détention. On remarquera que les entités comparables cotées ont connu sur la même période une croissance moyenne de 2,2%.

Au-delà de l’impact sur l’emploi, l’étude démontre que les effets des fonds de Private Equity portent également sur la productivité. En moyenne, les entreprises des portefeuilles de fonds de Private Equity ont connu une augmentation de 7% de leur productivité par an entre leur acquisition et leur exit. Au Royaume-Uni, ce taux atteint 11%. Ces faits démentent également une autre critique souvent entendue selon laquelle la productivité croit aux dépens de l’emploi. La réalité montre ainsi que la capacité des fonds de Private Equity à se focaliser sur l’amélioration de la productivité crée des entités rentables et disposant des moyens nécessaires au financement de leur croissance et de leurs besoins croissants en personnel.  

Deuxième mythe : Les fonds de Private Equity démembrent les entreprises qu’ils détiennent...

Parmi les mythes auxquels l’industrie doit faire face, celui-ci est probablement le plus emblématique du manque de compréhension à laquelle celle-ci est confrontée. Le démembrement d’actifs est une opération qui irait à l’encontre des intérêts du fond. En effet, les entités en portefeuille doivent disposer d’un business model viable et durable pour susciter l’intérêt d’acquéreurs et ultimement générer des rendements attractifs pour les investisseurs du fonds. Ainsi, l’étude montre que 44% des entreprises du portefeuille analysé ont effectué des opérations d’acquisitions tandis que seulement 10% de celles-ci ont mis en œuvre des opérations de cession. Ces dernières s’inscrivaient généralement dans le cadre d’initiatives stratégiques destinées à repositionner les entreprises dans leur cœur de métier.

Troisième mythe : Les rendements proviennent de l’endettement…

L’étude a également démontré que les entreprises détenues et cédées par des fonds de Private Equity ont continuellement affiché des meilleures performances que leurs paires cotées dans les mêmes secteurs. Selon l’étude, le rendement moyen des entreprises détenues pars des fonds de Private Equity est 3,6 fois supérieur à celui des entreprises cotées. Cette performance se décompose en trois éléments : (i) le rendement du marché, (ii) les effets positifs de l’endettement et (iii) les améliorations stratégiques et opérationnelles apportées par les fonds de Private Equity. Ainsi, 30% du rendement produit par les fonds de Private Equity sur les cessions reprises dans l’étude provient de l’impact positif des marchés financiers, 35% sont attribués à l’effet de levier et 35% s’expliquent par des mesures d’améliorations opérationnelles et stratégiques initiées par les fonds.

Les défis subsistent

L’étude démontre irréfutablement que les fonds de Private Equity créent de la valeur. Elle met aussi en évidence deux défis majeurs auxquels l’industrie est confrontée : le paysage économique et les opportunités d’exits.

Le ralentissement économique

Sans nul doute, le ralentissement économique a profondément impacté les entités en portefeuille des fonds de Private Equity. Alors qu’entre 2005 et 2007, la croissance annuelle de l’EBITDA des entités incluses dans notre étude était de 15,2% ; celle-ci est passée entre 2010 et 2012 à 5,3%.

Depuis le début de la crise financière en 2008, le business model des fonds de Private Equity a assurément démontré sa robustesse en accompagnant les entités qu’ils avaient en portefeuille confrontées à des difficultés parfois extrêmes. Il n’en reste pas moins qu’avec l’environnement économique morose actuel et les perspectives entachées d’incertitudes, il devient de plus en plus difficile pour les maisons de Private Equity de faire croître la valeur les entités en portefeuille.

Des opportunités de cession limitées

En 2012, 61 exits ont été opérés sur le portefeuille analysé dans le cadre de l’étude, contre 85 en 2011. Ce recul va de pair avec le contexte économique actuel, le manque général de confiance des opérateurs économiques et la volatilité des marchés boursiers.  On relève également un retrait des acteurs européens au profit des acteurs internationaux dans le cadre de ces cessions et une diminution des transactions secondaires entre fonds de Private Equity. Enfin, la durée moyenne de détention est passée à 4,7 ans en 2012, soit la période de détention la plus longue depuis 2005. A ce rythme, il faudra 13 ans pour céder les entités actuellement incluses dans les portefeuilles des fonds de Private Equity et la durée moyenne de détention de ces entités sera de 11 ans.

Les perspectives

Notre étude confirme que les accusations dont l’industrie du Private Equity est la cible sont des mythes et invite l’industrie à poursuivre ses efforts de communication autour de son modèle. En augmentant la productivité des entités en portefeuille et l’emploi au sein de ces entreprises, les fonds de Private Equity créent inévitablement de la valeur. L’enjeu aujourd’hui est de convertir cette valeur en rendement pour les investisseurs. Cette conversion passe inévitablement par des exits. 2013 semble malheureusement ne pas offrir le marché dont les fonds ont besoin. Les maisons de Private Equity devront donc peut-être se tourner vers de nouveaux horizons pour identifier de nouveaux acquéreurs et mettre en œuvre de nouveaux moyens pour vendre leurs actifs. La préservation de la confiance de leurs investisseurs en dépend.

 

Olivier Coekelbergs, Partner-Private Equity Leader, et Estelle Tran, Manager-Private Equity, EY Luxembourg