Agefi Luxembourg, October 2013

L’infrastructure continue à aiguiser l’appétit des investisseurs en 2013…

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Dans une période de faible croissance, et dans un contexte de climat économique difficile, le domaine des infrastructures réussit à tirer son épingle du jeu et l’intérêt des investisseurs pour cette nouvelle classe d’actifs est incontestable.

 Avec une population urbaine grandissante, des infrastructures de plus en plus vieillissantes et obsolètes en Europe comme aux Etats-Unis, un investissement massif des économies émergentes telles que la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil, dans des réseaux d’infrastructure nécessaires pour  soutenir le rythme de leur croissance et les besoins de plus en plus impératifs liés aux défis du changement climatique, ce domaine est devenu un enjeu politique et stratégique majeur pour l’ensemble des gouvernements. D’ici 2030, on estime à 57 trillions de dollars* les investissements nécessaires en infrastructure au niveau mondial.

Dans un monde global de plus en plus interconnecté où les villes sont en compétition pour attirer l’activité et les capitaux, la qualité des infrastructures est devenue un facteur déterminant pour rester dans la course.

Malgré l’austérité, des pays comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne maintiennent des plans d’investissement ambitieux pour l’avenir notamment dans les domaines du transport,  de la transition énergétique ou encore des télécommunications.

Avec la crise des dettes publiques, l’équation entre la nécessité d’investir et les besoins de financement devient de plus en plus compliquée à tenir pour les Etats. Aussi les gouvernements regardent-ils avec de plus en plus d’intérêt l’opportunité d’attirer des partenaires privés et de trouver des modes de cofinancement innovants (PPP, concessions publiques…) pour pouvoir mener  à bien leurs programmes d’investissements dans les infrastructures.

Depuis quelques années, le nombre de fonds spécialisés dans le domaine des infrastructures n’a cessé d’augmenter avec des investisseurs notamment séduits par les perspectives à long-terme et les cash-flows stables générés par cette classe d’actifs. Dans cette optique, les fonds de pension, entre autres,  sont les investisseurs naturels les plus prompts à augmenter leur exposition à ce type d’investissement.

Les investissements concernent tout type d ‘infrastructures et se divisent globalement en deux catégories,  d’un côté les infrastructures de type économique, que ce soit dans les transports (aéroports, autoroutes, réseaux de transport de masse, ponts, tunnels…), l’énergie et autres installations (réseaux électriques, traitement des eaux, énergies renouvelables…) et les communications (réseaux câblés, WiFi, Satellite…), et de l’autre les infrastructures à vocation sociale (Universités, écoles, prisons, stades, hôpitaux, logements publics…).

Plusieurs études récentes indiquent que la majorité des investisseurs institutionnels sont prêts à augmenter leur exposition à des fonds infrastructure en 2013 / 2014 dont certains dans des proportions très significatives (> 500 millions de dollars) et que les performances de ces actifs ont atteint, voire dépasser les attentes des investisseurs en 2012, et ce malgré un environnement économique morose. Tout semble donc confirmer une nouvelle tendance encourageante en 2013/2014 et encore de belles perspectives pour ce secteur. 

Néanmoins, tous ces signaux positifs ne doivent pas masquer les difficultés et les risques importants auxquels est soumise cette classe d’actifs. Récemment, certaines mauvaises expériences, comme le coût d’arrêt en Espagne de certains projets autoroutiers et la remise en cause du schéma de subventions des énergies renouvelables, ou encore la révision du programme  des partenariats publics-privés au Royaume-Uni, ont quelque peu refroidit l’enthousiasme des investisseurs.

Les projets d’infrastructure restent politiquement très exposés et les partenariats publics-privés n’ont pas toujours bonne presse auprès du grand public.  Ce sont des projets en général complexes qui nécessitent des compétences techniques spécifiques et un gros réseau d’influence. Aussi les investisseurs sont-ils de plus en plus regardants sur la qualité du management et la cohérence de la stratégie d’investissement ainsi que sur le track-record de l’équipe en place.

Dans ce contexte, les pays qui sauront introduire un environnement politique stable en imaginant un modèle « gagnant-gagnant », conciliant à la fois intérêts publics et exigences du marché, seront les grands vainqueurs de cette course aux capitaux. Par exemple, le secteur des infrastructures publiques tend à glisser de plus en plus vers un modèle incluant des obligations de performances et des pratiques plus responsables, où le paiement est directement conditionné au résultat et à l’achèvement des travaux de construction dans les temps. Ce type d’initiatives a pour ambition de favoriser une meilleure acceptabilité de ce type de projet de la part du grand public et une meilleure optimisation de la gestion du bien collectif tout en offrant un cadre plus prompt à accueillir des investissements privés.

* Infrastructure 2013, Global Priorities, Global Insights – survey performed by EY and Urban Land Institute

 

José Aubourg, Senior Manager, EY Luxembourg

Olivier Coekelbergs, Partner, Private Equity Leader, EY Luxembourg