Entreprises Magazine, 13 November 2013

L'entreprenariat au cœur de la croissance et de la compétitivité d'ici à 2020 dans un contexte européen

Plan d'actions

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Depuis la dernière crise économique et financière, la croissance et la compétitivité européenne ont été confrontées à des difficultés structurelles ayant un impact direct sur l’entreprenariat et la création d’entreprises. L’Europe et ses Etats membres sont en train de réfléchir sur ce constat et mettent actuellement en place un nouveau plan d’action qui tourne principalement autour de trois grands axes : la création d’un environnement économique favorable et adapté, le développement de l’éducation et de la formation de l’entreprenariat et l’inclusion de groupes spécifiques. Le Luxembourg n’échappe pas à cette problématique, bien qu’aujourd’hui les 30.000 petites et moyennes entreprises employant environ 170.000 salariés permettent d’entrevoir l’avenir avec optimisme. Les différents acteurs (états, représentations professionnelles, entreprises) se doivent de reconnaître la juste place et la véritable contribution des entrepreneurs dans l’économie européenne. Les avantages de l’entreprenariat sont nombreux : il n’est pas possible de générer du pouvoir d’achat sans emploi, des emplois sans investissements et des investissements sans entreprises compétitives.

Le premier axe du plan d’action européen vise à soutenir l’esprit d’entreprise en développant positivement l’éducation et la formation à l’entreprenariat. L’objectif est d’acquérir des compétences essentielles comme la ténacité, la créativité, le sens des responsabilités, l’esprit d’équipe ou encore la compréhension des risques. Il convient de repenser également l’éducation. La réforme des systèmes d'éducation et de formation doit permettre de définir l’esprit d’entreprise comme une compétence clé à acquérir et développer tout au long du cursus. Aussi, une expérience entrepreneuriale ne doit pas s’arrêter uniquement au système éducatif traditionnel que l’on connait mais pourrait s’orienter vers des modes d’apprentissage pratiques et plus informels comme le bénévolat ou les partenariats innovants avec des entreprises, les pouvoirs publics, les universités et les centres de recherches. Les ressources issues des fonds structurels européens pourraient servir de levier au développement de ce type d’éducation.

Le deuxième axe devrait permettre aux entreprises naissantes de prospérer et de se développer grâce à l’optimisation de plusieurs vecteurs clés, comme par exemple l’accès aux financements, l’assistance aux entrepreneurs à chaque cycle de vie, la deuxième chance accordée aux entrepreneurs intègres ou encore l’assouplissement des procédures administratives.

La croissance d’une PME reste tributaire de sa liquidité, de sa profitabilité et de son aptitude à investir. De récentes consultations publiques indiquent que l’accès au financement, devenu plus difficile depuis la crise financière, est l’un des principaux freins à la croissance. Les établissements financiers sont plus réfractaires à l’idée de financer les entreprises malgré un assouplissement progressif des conditions de crédit dans la plupart des pays. La pérennité d’une entreprise qui ne peut pas lever suffisamment de fonds lors de ses premiers cycles d’activité est menacée. L’Europe et ses Etats membres étudient des possibilités de substitution aux emprunts bancaires pour améliorer la qualité et la rentabilité de nos jeunes entreprises, telles que l’intervention systématique de « business angels » ou de capital-risqueurs, les prêts spécifiques aux petites et moyennes entreprises à fort potentiel, la micro-finance, le « crowd funding », le soutien de la recherche et du développement ou encore des réformes et incitations fiscales favorables.

L’assistance de l’entrepreneur au cours des cinq premières années (durant lesquelles le taux d’échec est significatif) et l’offre de services des aides (gestion, R&D, mise en réseau et échange des meilleures pratiques, aide à l’investissement) par des personnes qui connaissent le marché, restent très importantes. Une récente étude EY « Avoiding a lost generation » montre que la mise en place d’un système de « mentoring » ou de « coaching » augmente significativement les chances d’un projet. Il est important de développer et soutenir ce type d’initiatives.

Un entrepreneur en difficulté tombe directement sous le champ d’application de la loi sur la faillite. Ses activités sont alors perçues comme frauduleuses alors que 96% des faillites sont uniquement dues à une accumulation de retards de paiements ou d’autres éléments objectifs. Les procédures de réhabilitation restent également fastidieuses et compliquées et les nouveaux financements s’avèrent encore plus difficile à concrétiser. Le cadre légal du processus de faillite devrait être revu afin de maximiser et optimiser le processus permettant de recouvrir les créances et par ailleurs minimiser les délais en relation avec les procédures de liquidation et réhabilitation pour les faillis honnêtes. Cela permettrait à tout entrepreneur de retenter sa chance dans les meilleures conditions. La culture d’entreprise doit être changée afin que l’échec soit mieux toléré et perçu différemment par l’opinion publique, soit plutôt comme une occasion d’apprentissage ou de perfectionnement.

La complexité  et la lourdeur du système administratif sont considérées par les entrepreneurs comme un frein à l’innovation, à la croissance, à la compétitivité et au développement des entreprises. La Commission de l’UE est consciente qu’il faudra mettre en place un cadre légal, règlementaire et fiscal simplifié plus propice au développement des entreprises. Les chantiers en cours concernent par exemple le droit de la fiscalité, la législation douanière, les facturations dématérialisées ou encore la réduction du délai pour l’octroi de licences.      

Le troisième axe concerne avant tout l’inclusion de groupes spécifiques. Actuellement, l’entreprenariat n’est pas perçu comme un débouché attrayant malgré le fait que cela crée de l’emploi et fait fonctionner l’économie. La perception doit être modifiée par le biais d’une communication pratique et positive. Les médias ont un rôle prépondérant dans cette évolution. L’Europe a également intérêt à être à l’écoute des besoins, des attentes et des habitudes de groupes démographiques qui sont minoritairement représentés au sein de la population entrepreneuriale, mais qui représentent une réserve de créativité et de potentiel d’innovation à développer. Ces groupes spécifiques se composent des femmes, des seniors, des immigrés et des demandeurs d’emploi (notamment les jeunes). La diversité, tant culturelle que dans les rapports hommes/femmes, est indispensable à la reconstruction d’un monde de travail plus performant.

En conclusion, la redynamisation de l’entreprenariat en Europe est un vaste chantier sur lequel il est temps d’agir. Les Etats membres doivent, par le biais de ces trois axes, rétablir la confiance dans un cadre légal, social et fiscal compétitif, surtout face à une concurrence mondialisée et plus rapide que jamais et où les changements se succèdent à un rythme effréné. La capacité des entrepreneurs à discerner des opportunités dans un environnement incertain, prendre des risques calculés, innover, sont des éléments fondamentaux pour favoriser la création d’emplois et la reprise économique. Les exemples de réussite doivent servir de booster pour notre économie européenne. L’amélioration et le changement sont des facteurs cruciaux pour la croissance.

L’environnement règlementaire et légal que l’on vient de décrire reconnaît et récompense difficilement les efforts des entrepreneurs. L’entreprenariat doit devenir le moteur durable de notre croissance économique. Dans ce contexte, EY Luxembourg entreprend certaines initiatives, comme l’organisation du concours mondial « Entrepreneur of the year » qui met à l’honneur les dirigeants d’entreprises qui osent et réussissent. Ce concours permet de mettre en évidence les « success stories », de les présenter comme des exemples à suivre en matière de création d’emploi et de richesse et de démontrer qu’il est possible d’être innovant, de découvrir des marchés et de s’y développer grâce aux innovations des entrepreneurs.

 

Yves Even, Associé, Leader Secteur des services professionnels aux PME et entreprises familiales, EY Luxembourg

Pierre Mangers, Directeur Associé, Leader des services professionnels au Secteur Public et de conseil aux PME et entreprises familiales, EY Luxembourg

Nicolas Manconi, Manager audit Secteur Public, PME et entreprises familiales, EY Luxembourg