Agefi Luxembourg, 16 January 2014

2013, un bon millésime pour l’industrie… et 2014 ?

Private Equity, de vous à moi…

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Chaque année réserve aux maisons de Private Equity son lot de bonnes et de moins bonnes surprises. 2013 n’a pas failli à cette règle en offrant, d’une part, des perspectives réjouissantes pour les levées de fonds et les IPO[1] et, d’autre part, un marché M&A[2] plutôt morose. En sera-t-il de même pour 2014 ? Les spéculations vont bon train. Certains prétendent que la réglementation jouera un rôle crucial pour les maisons de Private Equity. Il est évident que les nouvelles réglementations, telle que la Directive AIFM[3], et les réformes fiscales sont des éléments du paysage dans lequel les maisons de Private Equity et leurs fonds devront opérer demain. Ces défis restent cependant accessoires par rapport au défi universel et fondamental auquel les maisons de Private Equity sont perpétuellement confrontées : identifier, acquérir, développer et céder les bonnes cibles dans des délais raisonnables pour générer des profits pour leurs investisseurs.

2013, un bon millésime pour les levées de fonds…

Avec plus de 332 milliards de dollars levés par 515 fonds, soit une augmentation de 42% en volume levé par rapport à 2012, 2013 a globalement connu la levée de fonds la plus importante depuis 2008. Cette tendance résulte essentiellement du regain de succès connu par les fonds de buyout[4]. On remarque également que les investisseurs continuent de réduire le nombre de fonds dans lesquels ils investissent mais y concentrent des montants plus importants afin de rationaliser les processus de due diligence et de suivi des fonds dans lesquels ils ont investis et réduire ainsi les coûts liés à la gestion de leur portefeuille. Cette tendance s’est notamment traduite par une augmentation de la taille moyenne des fonds qui est passé de 544 millions en 2012 à 710 millions en 2013.

…un millésime moyen pour les acquisitions…

Même si la valeur des acquisitions a significativement augmenté (en 2013, 1.786 acquisitions ont été opérées pour un montant de 230 milliards de dollars contre 2.017 acquisitions pour un montant de 184 milliards en 2012), leur nombre est en recul. En effet, on constate une augmentation en valeur d’environ 24% et une diminution en nombre de 12%. L’augmentation en valeur traduit la combinaison de deux facteurs : l’augmentation des multiples utilisés dans les évaluations, reflet pour grande partie des marchés boursiers et le poids de deux deals très importants[5].

…et un millésime excellent pour les IPOs

La réapparition des IPOs pour les cibles détenues par des fonds de Private Equity compte parmi les meilleures nouvelles de l’exercice 2013. En 2013, les fonds de Private Equity auront listé près de 180 entités, ce qui représente une augmentation d’environ 60% par rapport à 2012. Le montant global levé dans le cadre de ces IPOs, soit plus de 50 milliards de dollars, connait par ailleurs une croissance fulgurante de 150% par rapport à 2012.  Cette tendance positive est par ailleurs mitigée par une activité de cession sur le marché M&A en recul par rapport à 2012. L’incertitude omniprésente aura pesé lourd sur 2013 et les grands groupes sont restés très prudent. Ils ont opéré peu d’acquisitions et ont donc offert peu d’opportunités de vente aux fonds de Private Equity.

Des notes positives sur l’environnement économique de 2014

En 2013, l’économie américaine a repris graduellement des couleurs. Pour 2014, les américains misent notamment sur une politique centrée sur la réduction du taux de chômage.  Au niveau de la zone Euro, la reprise reste fragile et les écarts semblent se creuser un peu plus entre les différents états membres. Les désaccords sur les politiques à mener, le chômage et les progrès relativement lents des réformes expliquent pour partie cette fragilité. On note cependant des progrès importants dans certains pays tels que l’Espagne et l’Irlande qui ont quitté le plan d’aide internationale de leurs banques. Enfin, l’évolution des bourses européennes sur 2013 est également un signe positif. 2014 démarrera donc sur une note positive incitant à la stabilisation de l’économie et la restauration de la confiance.

Les dry powders [6] rebondissent

Si l’amélioration des conditions de levée de fonds offre des perspectives intéressantes pour les maisons de Private Equity en 2014, elles ont pour conséquence indirecte d’augmenter le montant des dry powders. On estime que les maisons de buyout disposent à elles seules de 400 milliards de dollars à investir, ce qui représente une augmentation de 12% par rapport à 2012. La vaste majorité de ces capitaux à investir est nord-américaine et européenne. On remarque cependant que l’Asie qui comptait pour 3% de ces montants en 2004 compte maintenant pour 14%. En dépit de l’augmentation des dry powders, les maisons de Private Equity restent optimistes pour les levées en fonds en 2014.  Il y a actuellement pas moins de 1.300 levées de fonds en court qui cherche quelque 440 milliards de dollars.

Les financements sont disponibles

Les conditions pour financer les acquisitions sont bien meilleures que les niveaux d’activités de 2013 peuvent le suggérer. Les volumes de leveraged loans[7] émis en 2013 ont dépassé le niveau atteint en 2008. Les refinancements se succèdent dans les entités soucieuses de profiter des conditions avantageuses actuelles.

Le marché M&A, une nécessité

La reprise des IPOs sera un élément fondamental en 2014. La cadence observée en 2013 semble s’accélérer avec un nombre important d’IPOs an préparation. L’amélioration de l’environnement économique et la stabilisation de la volatilité dans les marchés supportent cette théorie. De plus, les évaluations observées lors de récentes introductions en bourses devraient encourager encore un peu plus les maisons de Private Equity à privilégier cette voie. Il faudra cependant compter sur une solide reprise du marché M&A pour réduire le nombre d’entités en portefeuille qui doivent être cédées. Tant aux Etats-Unis qu’en Europe, on attend une reprise graduelle de ce marché en réponse aux signes positifs enregistrés sur le plan économique.  On s’attend également à voir une intensification de l’appétit des groupes chinois pour opérer des acquisitions hors de leur territoire.

2014, des perspectives de bon cru !

En fin de compte, 2014 offre des perspectives favorables et des opportunités importantes pour les maisons de Private Equity. Les capitaux et les financements sont disponibles. Le paysage économique semble s’embellir et les opportunités de sorties existent. Néanmoins, il est déjà certain que ces seuls éléments ne seront pas suffisants pour faire de 2014 un millésime exceptionnel pour tout le monde  car seules les maisons susceptibles de relever le défi d’identifier, acquérir, développer et céder les bonnes cibles dans des délais raisonnables tireront parti de ces opportunités.

 

Olivier Coekelbergs, Private Equity Leader, EY Luxembourg



[1] Pour Initial Public Offering.  Terme désignant une introduction en bourse

[2] Pour Merger & Acquisition. Terme désignant le rachat d’une entreprise par une autre

[3] Alternative Investment Fund Manager

[4] Fonds actifs dans le rachat d’entreprises existantes

[5] Acquisition de Dell et HJ Heinz Co

[6] Capitaux engagés par les investisseurs qui ne sont pas encore investis

[7] Prêts accordés à des entités avec un niveau d’endettement déjà élevé