Luxemburger Wort, 31 Janvier 2014

Le renminbi comme vecteur de croissance

Les activités en monnaie chinoise se développent fortement au Luxembourg

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Alors que la Chine fête aujourd’hui son Nouvel an, la place financière a les yeux rivés sur ce grand pays qui s’ouvre de plus en plus au monde. Pékin a ainsi décidé en 2013 d’ouvrir progressivement son marché aux investisseurs institutionnels étrangers, ce qui offre des perspectives de croissance immenses que le Luxembourg compte bien saisir.

Les réceptions pour le Nouvel an chinois ne manqueront pas au Luxembourg dans les prochainsjours pour célébrer les bonnes relations  économiques – actuelles et à venir – entre le Grand-Duché et la Chine. Car l’Empire du milieu fait figure d’Eldorado désormais accessible et a montré que de réelles opportunités de partenariat existent. L’événement le plus marquant médiatiquement ces derniers mois a été le rachat de 35 % de Cargolux par le chinois HNCA. La société de la province du Henan ne cache pas son envie de se lancer dans d’autres investissements au Luxembourg si les opportunités se présentent.

Ce n’est toutefois pas dans la logistique que les liens sont les plus forts et la monnaie chinoise, le renminbi (RMB), pourrait ravir à HNCA le devant de la scène médiatique sur l’année 2014. Depuis que la Chine a décidé en 2009 d’ouvrir sa monnaie à l’étranger, celle-ci suscite la convoitise des investisseurs. Le gouvernement luxembourgeois a d’ailleurs affiché son ambition de faire de la place financière le hub de RMB en Europe.

Plus de 220 milliards d’actifs sous gestion en RMB au Luxembourg

Une ambition très réaliste pour Nigel Fielding, Country CEO de HSBC Luxembourg, au regard de l’activité déjà présente au Grand-Duché. En fait, le Luxembourg est déjà le premier centre de la zone euro pour les investissements directs chinois vers l’Europe et l’activité en monnaie chinoise sur la place connaît des débuts fulgurants. En seulement un an, les dépôts en RMB sont ainsi passés de 18 à 56 milliards au troisième trimestre 2013 et les prêt de 29 à 67 milliards de RMB. 18 gestionnaires de fonds chinois étaient installés au Luxembourg en juin dernier et leurs actifs sous gestions en RMB dépassaient les 220 milliards, ce qui fait du Luxembourg la première place d’Europe, à quoi s’ajoutent 41 bonds chinois qui sont listés à la Bourse de Luxembourg.

«Le Luxembourg est déjà un hub pour le RMB», constate Nigel Fielding qui souligne les attraits du pays aux yeux des Chinois: la place financière bénéficie d’un bonne réputation en Asie grâce aux fonds Ucits, elle est entièrement tournée vers l’international et bénéficie d’un cadre pragmatique et accueillant pour les investisseurs étrangers.

Le Luxembourg a donc gagné la bataille du RMB? Pas forcément. Ilreste une étape à franchir pour faire  du Luxembourg un centre offshore de la monnaie chinoise, à savoir obtenir une reconnaissance mutuelle des produits financiers entre le Grand-Duché et la Chine. Cette étape, Londres l’a déjà franchi en octobre dernier et les investisseurs de la City se sont vu accorder par le régulateur chinois 80 milliards de RMB de quotas d’investissement dans des actions, des obligations et des produits monétaires en Chine et 50 milliards de RMB en fonds d’investissement étranger (RMB Qualified Foreign Institutional Investor ou RQFII). En novembre, le ministre des Finances chinois, Zhang Gaoli, a annoncé envisager la même procédure pour Paris.

La Chine veut développer les reconnaissances mutelles

Le but de Pékin est d’accélérer l’internationalisation de sa monnaie en autorisant, par des accords de reconnaissance mutuelle, les investisseurs institutionnels étrangers à vendre leurs produits en Chine. Le douzième plan quinquennal chinois, adopté en 2012, a d’ailleurssouligné le besoin de la Chine de faciliter les investissements étrangers, souligne Amanda Yeung, directrice associée responsable des relations chinoises chez EY. C’est à la suite de ce plan que la Chine a décidé en mars 2013 d’élargir les RQFII.

Le but du Luxembourg est de faire partie des places qui bénéficieront rapidement de cette ouverture. La Place est bien positionnée pour cela du fait de la présence des gestionnaires chinois ici et de la bonne réputation du passeport luxembourgeois en Asie, assurait mercredi Anouk Agnes, directrice générale adjointe de l’Alfi qui souligne qu’un accord de reconnaissance mutuel pour la mise en place de RQFII au Luxembourg est l’objectif de l’association luxembourgeoise des fonds d’investissements.

Il paraît toutefois difficile de voir Luxembourg mieux établi en Chine que Londres qui a pris une longueur d’avance. Ce qui n’est pas grave pour la Place, estime Nigel Fielding. «Le marché chinois grossit assez vite pour que tout le monde ait sa part», assure-t-il. Le country CEO de HSBC estime que la percée en Chine des places européennes ne se jouera pas en termes de concurrence mais de complémentarité. La levée des fonds en France ou en Angleterre, le passeport Ucits et l’inscription des bonds chinois au Luxembourg. L’analyse est la même pour Amanda Yeung qui souligne que la Chine envisage les places financières européennes comme complémentaires.

PAR  LINDA CORTEY

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