Luxemburger Wort, 4 Février 2014

Un intérêt réciproque et quelques réussites

Depuis un peu plus d’un an, la Chine a boosté sur l’ouverture économique et le Luxembourg en profite

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Entre l’arrivée de HNCA dans le capital de Cargolux et l’installation de banques chinoises, 2013 aura été l’année où les entreprises chinoises ont découvert le Luxembourg. Leur intérêt va continuer de croître dans les années à venir.

En 2009 quand le fournisseur chinois de solutions informatiques Huawei s’est installé à Kirchberg, son arrivée avait un côté exotique. Aujourd’hui, l’annonce d’un nouvel investisseur chinois dans le pays ne surprendrait plus personne. Car entre-temps, la Chine s’est ouverteéconomiquement au monde et a découvert  le Grand-Duché.

Le mouvement vers l’extérieur de l’économie chinoise a en fait connu un coup d’accélérateur en juillet 2012 avec le 12e plan quinquennal chinois. Entrepreneurs et investisseurs chinois sont incités par le gouvernement central à chercher des opportunités dans des domaines jugés stratégiques par la Chine, comme la logistique, les télécommunications, les nouvelles technologies ou encore la recherche et le développement. «Quand vous comparezces domaines stratégiques avec les secteurs d’activité au  Luxembourg, vous pouvez voir que cela va bien ensemble», indique Amanda Yeung, directrice associée responsable des relations chinoises chez EY. Le message est bien passé auprès des investisseurs chinois: leurs investissements directs à l’étranger (IDE) ont bondi de 17 % en 2013, pour atteindre 90 milliards de dollars. Pékin estime que les IDE sortant de Chine pourraient dépasser les IDE entrant d’ici 2016.

Au Luxembourg, le premier effet de cette nouvelle politique chinoise s’est concrétisé début 2013, avec l’annonce en janvier dernier du rachat de IEE, équipementier automobile spécialisé dans les systèmes de sécurité automobile. La sociétéd’Echternach avait déjà un pied en Chine et les nouveaux actionnaires, HiWing et SAIC ont depuis renforcé le volet recherche et développement de IEE, au Luxembourg comme en Chine.

Des investisseurs toujours intéressés après un premier achat

Ce premier investissement au Luxembourg de ces investisseurs chinois pourrait ne pas être le dernier, les dirigeants de HiWing et SAIC ont apprécié le dynamisme et le potentiel luxembourgeois et l’ont fait savoir. Même son de cloche chez HNCA. Le nouvel actionnaire de Cargolux – le deal doit encore être approuvé par les autorités chinoises – a découvert le potentiel du Grand-Duché via le rachat de 35 % du spécialiste luxembourgeois du fret aérien. Il compte bien investir de nouveau dans le pays si les opportunités se présentent, selon Robert Song, conseiller senior de HNCA.

Qu’est-ce qui, au Luxembourg, plaît tant aux Chinois? La réponse est la même que celle des autres investisseurs étrangers: le cadre légal accueillant pour les sociétés internationales, la réactivité des autorités et un accès central au coeur de la zone euro. «Les sociétés chinoises réfléchissent directement au niveau européen. Le Luxembourg est le lieu idéal pour des activités internationales en Europe», détaille Amanda Yeung qui estime que les investissements chinois au Luxembourg vont continuer.

Le secteur bancaire est bien sûr celui qui offre le plus de perspectives pour les sociétés chinoises, comme l’a confirmé en ce début d’année la succession d’annonces concernant l’arrivée de banques chinoises. L’internationalisation de leur monnaie, le renminbi, joue un rôle clé dans ce développement (lire le Luxemburger Wort de vendredi 31 janvier) mais il n’explique pas tout. Si les banques chinoises choisissent le Luxembourg c’est avant tout pour deux raisons, estime Nigel Fielding, CEO de HSBC Luxembourg: les banques luxembourgeoises suivent les demandes de leurs clients et les activités financières développées au Luxembourg correspondent à leurs objectifs de développement. Sur ce plan aussi, l’attrait du Luxembourg devrait attirer d’autres sociétés chinoises, estime Nigel Fielding.

L’ouverture de la Chine n’est pas à sens unique et les investisseurs européens sont les bienvenus, a rappelé le ministre chinois des Affaires étrangères lors de sa visite la semaine dernière à Bruxelles.

La Chine ne représente que 2 % des IDE européens

Pékin espère voir les investissements européens progresser en Chine: pour l’instant, seuls 2 % des IDE de l’Union européenne vont en Chine. Ce chiffre devrait tout de même s’améliorer à en croire la tendance de l’an passé: les IDE de l’UE en Chine ont progressé de 18 % pour atteindre 7,2 milliards de dollars, tandis que l’ensemble des IDE étrangers progressait de «seulement » 5 %, à 117,6 milliards de dollars, dont 102,5 milliards venant des pays asiatiques, selon les chiffres publiés mi-janvier par le ministère chinois de l’Economie.

Et le Luxembourg dans tout ça? La dernière mission économique en Chine mi-décembre 2013 a montré qu’un intérêt existe parmi les sociétés du pays. Un peu plus d’une vingtaine d’entre elles ont fait le déplacement jusqu’à Pékin. La délégation luxembourgeoise comprenait des sociétés du secteur financier mais aussi de l’industrie et des télécommunications, des grands noms comme des sociétés plus jeunes. Investir en Chine demande une volonté de se développer très loin des frontières luxembourgeoises, mais les opportunités sont là pour ceux qui savent s’y prendre. «La Chine ouvre de plus en plus ses portes aux étrangers», souligne Amanda Yeung, «il y a vraiment des opportunités pour les entreprises luxembourgeoises, à condition de bien se préparer. Il faut être conscient que la Chine est un grand pays, avec des régions différentes etune culture différente. Les choses peuvent sembler plus compliquées  mais la demande est très forte et le marché immense».

PAR  LINDA CORTEY

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