Agefi Luxembourg, avril 2014

L’Afrique : le nouveau terrain de chasse des investisseurs ?

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Après avoir été longtemps absent des radars des investisseurs internationaux, le continent africain est en train de prendre sa revanche et de revenir petit à petit au centre du grand échiquier de l’économie mondiale. Avec une croissance économique annuelle de plus de 6% ces dernières années pour près d’un tiers des pays africains,  cette région connaît aujourd’hui un net regain d’intérêt pour les fonds de Private Equity et ce d’autant plus que, parmi les autres pays émergeants, la croissance des locomotives que sont la Chine, l’Inde et le Brésil, commence à montrer des signes de faiblesse.

Aujourd’hui, le continent africain est l’une des zones les plus dynamiques en terme de croissance grâce à une classe moyenne en pleine expansion et un environnement économique et  politique qui s’améliore notamment en ce qui concerne les pays de la région sub-saharienne. Si l’on en croit le FMI, entre 2011 et 2015, parmi les dix pays au monde affichant la plus grande croissance, sept seront en Afrique. D’ici 2017, parmi les vingt pays les plus dynamiques en terme de croissance, onze seront africains.

Cette conjoncture positive se reflète d’ailleurs dans l’appétit grandissant des investisseurs pour cette partie du monde comme le démontrent les levées de fonds dédiées à cette zone  accumulées en 2013  en forte progression (+136 % avec un total accumulé de USD 3.3 milliards) ainsi que le lancement de nombreux nouveaux fonds spécialisés sur cette région géographique. Selon l’étude d’EY « 2013 Africa Attractiveness Survey », 72 % des investisseurs sondés voient en l’Afrique l’une des régions les plus attractives en termes d’investissements pour ces trois prochaines années.

Même si nous sommes encore loin des levées de capitaux à destination de la Chine (USD 19.8 milliards en 2013), il est à noter que, pour la première fois, les capitaux levés pour l’Afrique en 2013 sont supérieurs à ceux destinés à l’Inde (USD 3.1 milliards en 2013).

L’environnement du Private Equity en Afrique continue d’être dominé par des acteurs locaux ou régionaux, mais de plus en plus on voit également les poids lourds du secteur regarder les opportunités croissantes d’investissements sur ce marché principalement dans les secteurs des biens de consommation, des ressources naturelles et des infrastructures. Ainsi, par exemple, Carlyle a lancé en 2013 son fond « Carlyle Sub-Saharan Africa Fund » avec un target commitment de USD 500 millions[1], qui a déjà été dépassé. KKR a, pour sa part, embauché en 2013 un nouveau membre dans son équipe à Londres  pour développer le business sur la zone africaine. Blackstone ou encore Warburg Pincus ont également signé des transactions significatives dans le domaine de l’énergie.

Si jusqu’à présent, l’Afrique du Sud récoltait la majeure partie des investissements (57% en valeur des investissements de Private Equity sub-sahariens entre 2008 et 2010), ce périmètre s’étend désormais de plus en plus également vers les pays d’Afrique de l’est et de l’ouest notamment au Ghana, Kenya, Nigeria, Côte d’Ivoire et Ouganda. A titre de comparaison, l’Afrique du sud n’a reçu que 20% en valeur des investissements entre 2011 et 2013. Cette tendance devrait a priori se poursuivre en direction notamment de l’Afrique de l’est (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Rwanda et Burundi) qui multiplie les efforts pour tenter d’attirer les investissements.

Trois secteurs clés sont perçus comme des niches stratégiques par les principaux acteurs du Private Equity :

  • Les infrastructures : avec une urbanisation galopante de sa population, les besoins en infrastructures en Afrique, principalement dans les domaines de l’électricité et du transport (routes, ports, voies ferroviaires, aéroports…) sont colossaux. Il existe également une forte demande dans les technologies de l’information et de la communication (réseaux WiFi, tours de téléphones mobiles…).
  • Les énergies renouvelables : un bon nombre de fonds ciblent des investissements dans le domaine des énergies renouvelables, notamment les installations photovoltaïques mais, également, les parcs éoliens auxquels l’environnement se prête tout particulièrement.
  • Les ressources naturelles : la décélération de la demande chinoise en ressources naturelles a créé des opportunités intéressantes pour les fonds de Private Equity d’acquérir des sociétés dans ce domaine à des valeurs relativement basses.

Tous les signaux actuels laissent à penser que cette nouvelle dynamique africaine va se prolonger au moins à moyen terme même si beaucoup d’incertitudes demeurent sur le climat économique général (politiques d’austérité, croissance ralentie en Europe, ralentissement de la croissance en Chine et en Inde…). Cette tendance dépendra en grande partie de la capacité de l’Afrique, et, notamment l’Afrique sub-saharienne, à poursuivre les efforts entrepris pour améliorer leur gouvernance et instaurer un climat de confiance et de stabilité politique susceptible de consolider un environnement économique propice aux affaires et suffisamment attractif pour les investisseurs.

 

Olivier Coekelbergs, Private Equity Leader, et José Aubourg, Senior Manager, Private Equity, EY Luxembourg 


[1] Source: Preqin