Agefi Luxembourg, mai 2014

Industrie des Télécommunications : tendances et défis

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L’industrie des télécommunications est en pleine mutation,  les opérateurs faisant évoluer leurs réseaux et élargissant leurs propositions de service à l’attention d’une clientèle de plus en plus exigeante et en quête de services de plus en plus performants. Force est également de constater que les opérations de fusions / acquisitions redeviennent de plus en plus nombreuses, les acteurs du secteur considérant les opportunités de consolidation ou d’acquisition dans des secteurs connexes non seulement  comme des catalyseurs au développement de leur activité mais aussi comme des moyens permettant d’envisager une baisse de leur charges à travers des synergies et économies d’échelle. Cependant, il convient de souligner que  les risques régulatoires demeurent importants et de ce fait, au centre de l’attention des opérateurs du secteur.

De plus, le marché global des télécommunications reste très compétitif avec une pression sur les prix exacerbée par  l’avènement des services « over-the-top » (OTT) et leurs poids grandissant dans les flux de télécommunications. Cependant, l’attention des fournisseurs de services de télécommunication reste tout de même captée par la création d’une offre nouvelle qui inclut entre autres la fourniture de services financiers, la question étant de sélectionner ceux qui ont un réel potentiel commercial, un service nouveau n’étant pas nécessairement  synonyme de revenu incrémental face à des clients de plus en plus avertis.

Une nouvelle ère de partenariat

L’une des problématiques majeures à laquelle doivent faire face les opérateurs du secteur des télécommunications est sans aucun doute la résurgence  des prestations OTT où les sociétés de services utilisent le réseau Web pour imposer des solutions télécom se suppléant ainsi en partie ou totalement aux services des opérateurs historiques et en capturant une partie de la valeur créée par ces derniers sans contrepartie.

En conséquence, bien qu’ils l’aient tardivement admis,  les opérateurs ont fini par ériger un partenariat avec les fournisseurs OTT en solution de survie dans cet environnement fortement compétitif. Il est dorénavant facile d’observer dans les pays émergents des partenariats opérateurs / OTT qui conduisent à une offre de services à prix réduits encourageant la souscription de forfaits data. D’autres parts, sur les marchés plus matures, les opérateurs sont désormais friands de partenariats avec les fournisseurs de contenu en vue de proposer une offre de services permettant  l’accès à une palette de services plus étendue.

La collaboration grandissante observée  entre les opérateurs et les prestataires de services OTT ne constitue qu’une partie des mutations qui touchent l’industrie en matière de développement de partenariats.  En  effet, les opérateurs ont également en considération l’association avec des établissements bancaires ou des compagnies de publicité. Ils ont en effet dans l’optique d’élargir davantage leur palette d’offres de services en s’impliquant par exemple dans une bancarisation active des populations n’ayant pas accès aux services bancaires - dans les pays émergents par exemple - ou encore en monétisant  les informations collectées au travers de l’exercice de leur cœur de métier aux publicitaires.

Une autre zone de partenariat identifiée au fil des dernières années réside dans le concept de « machine to machine » (M2M) qui permet de répondre de manière automatique à la demande croissante d’information en temps réel. Par exemple, la collaboration naissante observée entre les entreprises de  télécommunications et l’industrie automobile, sert de fondation à l’émergence de nouvelles technologies avec une combinaison de compétences prolifiques.

Innovation dans la facturation de l’usage du « data »

Il y a quelques années, rares étaient ceux qui auraient prédit une telle explosion de l’internet mobile et plus généralement du data sur les réseaux télécom.  L’enseignement fondamental que l’on a pu tirer de ce phénomène est l’exigence cruciale pour les opérateurs de constamment reconsidérer leurs modèles économiques,  dans le but de  générer un maximum de revenus au travers de la vente de leur services. Pour répondre à cet impératif, les entreprises de télécommunications ont commencé à élaborer une kyrielle  de modèles de facturation.

De plus, la migration vers les réseaux  « Long Term Evolution » (« LTE ») qui correspond au développement le plus récent des normes de téléphonie mobile a conduit de nombreux opérateurs du secteur à suspendre leurs offres de data illimitées afin de les remplacer par des offres graduées autorisant ainsi une meilleure monétisation de l’usage du data.

Ce nouveau modèle de facturation des données est également appliqué au segment « business to business » (B2B) au travers, par exemple, de services M2M désormais disponibles en abonnement de data partagés. A l’avenir, les clients des opérateurs de télécommunications pourraient donc envisager une flexibilité grandissante et un vaste choix de tarifs. Néanmoins, afin que ces solutions soient pérennes, de nouvelles capacités opérationnelles devront être considérées et les investissements adjacents, effectués.

Extension de la durée de vie des réseaux

L’installation de versions plus récentes de réseaux de télécommunications demeure également une priorité pour les opérateurs. Pourtant, bien que le déploiement de technologie 4G soit en cours dans de nombreux pays, il convient de constater que la migration vers la fibre optique se fait à un rythme moins soutenu.  Cela s’explique par le fait que les opérateurs Européens par exemple, doivent concilier les impératifs nationaux de  déploiement de fibre optique au plus grand nombre de ménages avec la nécessité de gérer leurs budgets et de rentabiliser leurs investissements

Il est indéniable qu’au regard des objectifs établis par la stratégie numérique de l’Union européenne (UE), la couverture actuelle des pays de l’UE est bien en deçà d’une couverture de 100% des ménages, qui devraient pouvoir accéder à des bandes passantes de 30 Mbps d’ici 2020. Toutefois, de nouvelles technologies telles que  la vectorisation qui permet une évolution en douceur vers des technologies très haut débit permettra aux opérateurs de stimuler la performance des réseaux VDSL déjà existants sans investissements importants et de prolonger la vie  de leurs réseaux de cuivre .

Evolution des opérations de consolidation

 Les opérations de fusions / acquisitions sont plus que jamais d’actualité dans le domaine des télécommunications, 625 transactions de la sorte ayant été annoncées en 2013 contre 544 en 2012. Un certain nombre de points d'interrogation demeurent cependant quant à la façon dont les régulateurs nationaux et supranationaux permettront  de créer des structures de marché plus rationnelles. Les projets de fusion des opérateurs de téléphonie mobile en Allemagne et en Irlande sont des cas d'espèce. Les deux offres ont été annoncées en 2013, mais la Commission européenne de la concurrence n'a pas encore pris de décision en la matière.

Les occasions de générer des économies d'échelle restent essentielles à la santé du secteur, et les choix réglementaires visant la consolidation sont susceptibles de rester l'objet d'une attention particulière cette année.

Exigences de sécurité et de confidentialité

Stimuler et améliorer la confiance des clients envers les opérateurs du secteur des télécommunications n'a jamais été aussi important. Alors que les opérateurs cherchent à tirer profit des informations collectées auprès de leurs clients, la nécessité de fournir de meilleures garanties en termes de confidentialité des données et de sécurité est cruciale ; le niveau de confiance accordée aux opérateurs par les clients s’étant détérioré suite scandales de ces dernières années. A l’avenir, il est avéré que la confidentialité et la sécurité seront des éléments clés impactant l’essor des services tels que le « mobile money » tandis que dans le secteur, les exigences de sécurité sont d’autant plus grandissantes autour des services cloud et connectivité.

En termes de conservation des données et de respect de la vie privée, les opérateurs devront également s'assurer qu'ils peuvent exprimer des positions viables sur un certain nombre de questions. Le mois dernier, la Cour de Justice européenne a condamné une directive européenne obligeant les compagnies de télécommunications à conserver les données de leurs clients pendant 2 ans maximum. Dans ce contexte, les opérateurs télécom doivent s'assurer qu'ils communiquent efficacement aussi bien avec les régulateurs qu’avec leurs propres clients, la réglementation sur la protection des données évoluant dans différentes directions.

Neutralité d’internet

La neutralité du Net reste une question épineuse dans le secteur, avec les régulateurs historiquement soucieux de préserver un Internet ouvert, en limitant la capacité des opérateurs à facturer les fournisseurs de contenu pour les données. Toutefois, la décision d'un tribunal Américain en janvier de faire fi des règles de neutralité du net établies par la Federal Communications Commission (FCC) a déclenché un nouveau débat sur ​​le bienfondé de la neutralité du net, les opérateurs y restant opposés, estimant que cela limite leur capacité à gérer les demandes de trafic sur leurs réseaux.

En Avril, le Parlement européen a voté en faveur de la restriction de la capacité des opérateurs à facturer les fournisseurs de services fortement consommateurs de data pour un accès plus rapide au réseau. Bien que cette proposition doive encore être approuvée par le Conseil des Ministres de l'Europe, elle a attiré les foudres des opérateurs, qui sont d’avis que toute règlementation les obligeant à facturer tout trafic indépendamment de sa source a pour effet collatéral d’empêcher la provision de service premium générant plus de revenus. 

Ces préoccupations montrent l'éventail des points de vue contradictoires suscités par les questions sur la neutralité du réseau qui est un sujet clé et une préoccupation majeure pour les années à venir.

En conclusion, le secteur des télécommunications continue à vivre une mutation rapide où une bonne vision du futur, associé à une exécution disciplinée de la stratégie et des investissements justifiés constituent trois éléments clés de succès pour faire face aux défis du secteur.

 

Olivier Lemaire, Associé en charge du secteur Télécommunications, Médias et Technologies (TMT) chez EY Luxembourg et EMEIA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) Telecommunications Leader.

Aissata Coulibaly, Manager au sein du  pôle TMT chez EY Luxembourg.