paperJam.lu, 7 mai 2014

La R&D, un enjeu crucial pour les biotech

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EY, à l’origine d’un rapport sur les biotechnologies, recommande aux gouvernements européens de poursuivre et d'améliorer leurs mesures incitatives, notamment à destination des PME. Trois questions à Frank Muntendam, associé chez EY Luxembourg.

Monsieur Muntendam, quels enseignements généraux retenez-vous de ce rapport publié par EY et EuropaBio sur les biotechnologies en Europe et les mesures d’aides qui les accompagnent?

«Le message central de la publication est que la recherche et développement est, plus que jamais, un enjeu crucial pour cette industrie. Ce constat est partagé par les différents gouvernements européens, chacun via des mesures qui leur sont propres. Il leur revient désormais de concentrer leurs efforts afin de développer les actions et leurs mesures incitatives pour intensifier ces activités de R&D dans leur pays et donc à l’échelle européenne.

L’un des autres grands enseignements concerne les budgets consacrés par les États au secteur de la biotechnologie, qui s’avèrent importants. Dans le même temps, il apparaît que d’autres régions dans le monde, en consacrant des sommes du même niveau, parviennent plus souvent à retranscrire ces investissements en bénéfices pour l’économie réelle, qu’il s’agisse de la création de nouveaux produits ou d’emploi. Je pense notamment au Japon, à la Corée du Sud ou encore aux États-Unis.

L’une des clés pour améliorer la situation européenne serait de travailler sur une approche législative commune. Les États-Unis, par exemple, évoluent en effet sur ce dossier avec une approche centralisée, tandis que les pays européens présentent chacun des particularités, ce qui peut entraîner des difficultés pour les entreprises dans leur recherche de financement et donc dans la concrétisation de leur R&D en produits innovants ou nouveaux emplois.

Qu’en est-il des mesures publiques mises en place au Luxembourg?

«Je note tout d’abord que le Luxembourg a mis en place avec un certain succès des mesures incitatives tout en suscitant la collaboration entre le secteur privé et public. Il reste ceci dit une certaine marge de manœuvre pour améliorer la coordination des dossiers au sein des différentes instances étatiques. Le gouvernement s’est par ailleurs engagé via son programme à faire des biotechnologies l’une de ses priorités. Ces ambitions sont positives, il conviendra de les concrétiser en unifiant les moyens dont dispose l’État.

L’OCDE, dans la mouvance du projet BEPS (lutte contre l’érosion de la base d'imposition et transfert de bénéfices, ndlr), entend par ailleurs harmoniser les conditions des régimes de soutien à la propriété intellectuelle au sein des pays qui en sont membres. L’optique serait d’allouer à l’avenir les mesures aux sociétés dont les activités liées aux produits protégés sont localisées dans le pays qui délivre l’aide. Le gouvernement luxembourgeois sera donc amené à revoir sa propre législation, ce qu’il faudra faire avec prudence, puisque le régime de propriété intellectuelle concerne les biotechnologies, mais aussi d’autres industries.

Le rapport pointe le besoin de soutenir les PME dans leur processus d’innovation. Partagez-vous ce constat?

«Les PME, et cela se vérifie aussi au Luxembourg, éprouvent des difficultés pour accéder au financement de leurs activités, notamment lorsqu’elles permettent de développer un nouveau produit. Le Luxembourg doit à cet égard devenir une sorte de plateforme qui permettrait, sur le long terme, de réunir autour de la table les porteurs de projets ainsi que les pourvoyeurs de financement comme les fonds européens, les business angels ou d’autres intervenants.

La question du financement est aussi importante pour les grandes sociétés, qui décident parfois de dédier une structure parallèle afin de lancer un nouveau produit pour ne pas faire encourir l’ensemble des risques par la structure mère. Or, les sociétés qui auront le plus de chance de se développer sur le marché sont celles qui proposent plusieurs produits. D’où l’importance de favoriser l’émergence d’une communauté de financement au Luxembourg.»

Interview par : Thierry Raizer

 

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