Agefi Luxembourg, mai 2014

Le marché du Private Equity en 2014, retour à l’équilibre…

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L’année 2013 avait été marquée par une amorce d’amélioration de la conjoncture économique dans les pays développés notamment en Europe et aux Etats-Unis, contrastant avec un début de ralentissement de la croissance dans les pays émergeants. Après avoir privilégié le déploiement massif de capitaux dans les pays en voie de développement ces dernières années, le marché du Private Equity dans son ensemble a, lui aussi, procédé à un réajustement de son portefeuille pour parvenir à une exposition plus équilibrée entre les marchés émergents et les marchés développés.  Avec des conditions d’emprunts redevenues très attractives et des réserves massives de cash à investir à disposition, ou plus communément appelées « dry powder », l’année 2014 possède tous les ingrédients pour être une année extrêmement dynamique en termes de croissance et de transactions, et laisse penser que le retour à un niveau proche de celui d’avant la crise n’est plus une simple utopie.

Même si sur le long-terme, il fait peu de doutes que le boom démographique dans les pays émergents va créer de nouveaux relais de croissance, les investisseurs ont des inquiétudes quant à la capacité de pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil à pouvoir soutenir un niveau de croissance comparable aux années précédentes, ce qui les conduit à avoir une approche beaucoup plus mesurée et prudente sur ce type de marchés. En parallèle, l’économie américaine, qui continue d’empiler les bonnes nouvelles et la zone européenne, qui semble enfin montrer des signes encourageants de sortie de convalescence, contribuent à restaurer, auprès des investisseurs, la confiance dans les marchés développés. L’Afrique sub-saharienne constitue néanmoins une exception à cette règle. Elle tire son épingle du jeu en continuant à attirer un nombre croissant d’investissements. A titre de comparaison, les fonds levés à destination de cette zone en 2013 ont augmenté de 136 %, dépassant pour la première fois de son histoire, le niveau des fonds levés à destination de l’Inde1.

2014 semble également confirmer un retour à des conditions de marché beaucoup plus favorables, soutenues par un accès à la dette plus facile. En 2013, la levée de dettes par les maisons de Private Equity a atteint un nouveau record aux Etats-Unis plafonnant à 322,2 milliards de dollars. De même, l’Europe réussissait à lever 36,2 milliards d’euros, soit le niveau le plus haut atteint depuis 20081. En parallèle, les réserves de cash disponibles (ou « dry powder ») ont explosé en 2013 atteignant près de 399,9 milliards de dollars prêts à être investis, dont environ 100 milliards de dollars d’engagements arrivant à échéance en 20141. Il convient cependant de tempérer ce dernier point dans la mesure où la plupart des investisseurs se disent prêts à étendre la période d’investissement des fonds, donnant ainsi un peu plus d’oxygène aux maisons de Private Equity et éloignant ainsi le risque de devoir restituer les fonds non investis ou de les déployer à la hâte.

Tous ces facteurs favorables ne doivent néanmoins pas masquer les défis qui attendent le marché du Private Equity pour que toutes ces acquisitions attendues se matérialisent effectivement. En premier lieu, le nombre de transactions de Fusions & Acquisitions s’est considérablement contracté entre 2012 et 2013 (43,385 deals en 2012 pour 37,003 en 2013)1. Même si la plupart des professionnels s’attendent à une amélioration en 2014, comme d’ailleurs semblent le confirmer les premiers mois de l’année, certains grands groupes industriels ont également accumulé des réserves de cash importantes, qui vont leur permettre d’être à même de peser sur les stratégies d’acquisition. Par ailleurs, les maisons de Private Equity voient arriver de nouveaux concurrents, tels que certains fonds de pension canadiens ou certains fonds souverains qui n’hésitent plus à effectuer des investissements directs. Aussi, on peut s’attendre à ce que les valorisations atteignent un niveau élevé, ce qui certes va offrir des opportunités d’exit intéressantes, mais pourrait également modérer cette frénésie acheteuse. Les maisons de Private Equity vont donc devoir être prudentes et hyper-sélectives dans leurs choix d’investissements pour éviter d’acheter à des prix trop élevés et rester comme par le passé avec des actifs difficilement vendables.

Par ailleurs, celles-ci ont tiré parti des bonnes conditions d’exit en 2013 du fait d’un retour en grâce des IPOs qui ont culminé à 5,8 milliards de dollars en 2013, soit deux fois plus qu’en 2012. En 2014, déjà 60 IPOs ont été réalisées par des maisons de Private Equity avec de nombreuses IPOs encore annoncées d’ici la fin de l’année. Cette aubaine leur a permis de rééquilibrer en grande partie leurs portefeuilles en se débarrassant des actifs anciens acquis à prix d’or avant la crise.

Enfin, le niveau des levées de fonds est également en train de se normaliser. En 2013, les fonds de Private Equity ont levé 401,1 milliards de dollars (17 % de plus qu’en 2012) soit le plus haut niveau atteint depuis 2008. 2013 et 2014 sont marquées par le retour des méga-fonds tels que celui de 13,5 milliards de dollars levé par CVC ou encore celui de 13 milliards de dollars levé par Carlyle.

 

José Aubourg, Senior Manager, Private Equity et Olivier Coekelbergs, Private Equity Leader, EY Luxembourg.


1 EY Global Private Equity Warch 2014