Les nouveaux défis de la gestion d’actifs
Des pressions antagonistes By Christophe Wintgens, Partner , Ernst & Young, Luxembourg
Luxemburger Wort
22 September 2009
Il faut réduire les coûts, mais les changements réglementaires aboutiront inévitablement à une hausse des coûts
En collaboration avec l’Institut de recherche « Economist Intelligence Unit », Ernst & Young a interrogé, en juin 2009, des cadres supérieurs d’entreprises de premier ordre du monde entier afin de savoir comment ils gèrent leurs activités en cette période d’incertitudes. Cet article souligne en particulier les résultats concernant les sondés issus de l’industrie de la gestion d’actifs. La gestion des risques est au centre de leurs préoccupations, la majorité ayant indiqué avoir augmenté leurs investissements dans ce domaine. L’adaptation aux changements réglementaires, nouvellement mis en place ou anticipés, constitue également une priorité.Les gestionnaires d’actifs restent aussi concentrés sur la conservation des actifs, la restauration de la confiance des investisseurs, la réduction des coûts ainsi que sur la recherche d’opportunités de croissance au travers d’acquisitions stratégiques de concurrents affaiblis.
Ci-dessous, Ernst & Young met en évidence la manière dont les dirigeants gèrent activement leurs affaires afin d’assurer le présent de leurs sociétés, d’améliorer leurs performances et de renforcer leurs perspectives pour l’avenir.
Les défis du marché
Les investisseurs se focalisent sur les contrôles de gestion des risques à l’échelle de l’entité et sont demandeurs d’améliorations à la fois en termes de transparence et de performance. Les sociétés de gestion d’actifs ont répondu par une réduction des coûts et s’attachent désormais à améliorer leurs capacités à agréger l’exposition aux contreparties tant au niveau de chaque fonds qu’au niveau de l’entité dans son ensemble.
Toutes ces pressions pourraient mener à la poursuite de la consolidation de l’industrie. Les fortes baisses de valorisation subies par de nombreux gestionnaires pourraient les transformer en cibles pour des acquisitions. En outre, les gestionnaires d’actifs traditionnels et alternatifs vont vraisemblablement continuer à converger et développer des offres de produits transsectorielles afin d’essayer de conserver les actifs, d’augmenter leurs parts de marché et de diminuer les risques de concentration.
A quand estimez-vous le retour à la croissance dans votre secteur ?
Les dirigeants ont tendance à penser que la reprise n’est pas imminente. Plus de trois quarts (76%) des sondés issus du secteur de la gestion d’actifs ne prévoient pas un retour à la croissance de leur secteur avant début 2010 au plus tôt; plus de la moitié (56%) n’envisagent la reprise qu’après le premier semestre 2010.
Par ailleurs, les participants à l’enquête reconnaissent la gravité de la récession, avec près de deux tiers des sondés qui indiquent que cette dernière a affecté leurs affaires de manière plus importante qu’ils ne l’avaient anticipé.
Dans lequel des domaines suivants la crise actuelle induit-elle un changement temporaire ou permanent dans vos affaires?
Parmi les participants à l’enquête, la majorité est d’avis qu’il va y avoir un changement durabledu cadre réglementaire. Une grande majorité pense également que les pratiques de gestion des risques vont changer pour de bon. Plus de trois quarts (77%) des sondés ont indiqué avoir été réactifs à l’évolution rapide des exigences en matière de gestion des risques, devançant de peu l’attention portée à la gestion des coûts (74%) et la gestion des relations avec les investisseurs (67%). Quant aux priorités les plus préoccupantes en matière de gestion, les participants ont classé l’adaptation aux nouvelles réglementations en troisième position, après la réalisation des objectifs de rentabilité et de ventes.
Au cours des 12 prochains mois, quel ordre d’importance donneriez vous aux opportunités additionnelles de réduction de coûts dans votre entreprise ?
Les gestionnaires d’actifs indiquent avoir réduit les coûts de manière généralisée et ce, dans tous les domaines à l’exception de celui de la gestion des risques. Interrogés sur les fonctions ayant été affectées par une baisse ou une augmentation d’investissement, 40% des sondés ont indiqué les ressources humaines comme étant un domaine clé de réduction des coûts. Aucun des sondés n’a en effet indiqué une hausse des investissements dans ce domaine. Les secteurs de l’informatique et des opérations font également l’objet d’une attention toute particulière. A l’inverse, la majorité des participants ont déclaré avoir même augmenté leurs investissements dans la gestion des risques.
Quelles mesures allez-vous prendre dans les 12 prochains mois pour positionner votre entreprise afin qu’elle sorte de la crise plus renforcée que vos concurrents ?
Les gestionnaires d’actifs sont bien plus optimistes que les autres secteurs ayant participé à notre enquête générale, quant à la possibilité de profiter de la crise économique actuelle pour explorer de nouvelles opportunités. Au premier rang des actions clés que comptent prendre les gestionnaires d’actifs dans les 12 prochains mois, figurent les mesures liées aux acquisitions stratégiques dans leur métier de base. Ce recentrage sur leur cœur de métier se reflète également dans le choix arrivant en deuxième position qui est la cession d’activités non liées à l’activité principale ou non performantes. En troisième lieu viennent l’expansion vers de nouveaux marchés géographiques ainsi que l’attention renouvelée portée aux contrôles internes.
Un environnement où la pression vers une compétitivité accrue s’intensifie, peut également engendrer de nouvelles opportunités. Lorsqu’on les interroge sur les changements observés dans leur environnement concurrentiel, près de la moitié (45%) des participants évoquent une hausse (significative pour certains) du nombre de concurrents qui se retirent du marché.
Conclusion
Le contexte économique actuel oblige les gestionnaires d’actifs à maîtriser ou réduire leurs coûts ; de la même manière, les changements règlementaires ainsi que la focalisation sur la gestion des risques aboutiront inévitablement à une hausse des coûts et une complexité accrue au sein de l’industrie. Ces pressions antagonistes combinées vont constituer un enjeu majeur pour le secteur pendant au moins une année encore. Ces mêmes pressions pourront par ailleurs se révéler trop coûteuses pour certaines entreprises.
Les sociétés de gestion d’actifs à même de relever ces défis trouveront des opportunités au travers d’acquisitions stratégiques des actifs les plus attractifs détenus par des concurrents incapables de lutter dans le contexte de la récession. Ces acquisitions permettront aux acteurs les plus forts de réduire les coûts unitaires par le biais d’économies d’échelle. Les leaders du secteur trouveront également de nouveaux moyens pour répondre aux préoccupations des régulateurs grâce à une approche de la gestion des risques, des contrôles et de la conformité coordonnée à l’échelle de l’entreprise. Il est probable que d’ici un an le paysage de l’industrie de la gestion d’actifs compte moins d’acteurs mais les survivants sortiront plus forts de la crise et seront mieux positionnés à l’heure de la reprise.
Posted on 22 September 2009