«La directive AIFM peut être un instrument de marketing»
Interview of Alain Kinsch, by Nicolas Raulot, Paperjam 10 November 2010
La directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers) sera votée ce jeudi au Parlement européen. Dans une interview à paperJam.lu, Alain Kinsch, country managing partner d’Ernst & Young Luxembourg, explique que le texte complique la tâche des professionnels tout en présentant des opportunités pour le Grand-Duché.
Après plus de 18 mois de débats et de désaccords entre Etats membres, la directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers) est en passe d’aboutir. «Les gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs, qui représentent près de 1.000 milliards de dollars d’actifs (à comparer à 2.000 milliards à mi-2008) jouent un rôle important dans le financement de l’économie européenne. Même si ces fonds ne sont pas directement à l'origine de la crise financière, leur gestion ne doit pas échapper à l'impératif de régulation de l'ensemble des acteurs des services financiers», indique l’exposé des motifs.
Monsieur Kinsch, quel est, à votre avis, le point essentiel de la version finale de la directive AIFM?
«Ce texte est né de l’hypothèse que les actifs alternatifs (private equity, hedge funds, real estate) ont une part de responsabilité dans la crise financière et qu’il faut en contrôler le risque systémique afin de mieux protéger les investisseurs. On ne peut que se réjouir des efforts vers davantage de gouvernance et de transparence. Mais, je ne suis pas convaincu que cette directive traite correctement de ce risque systémique et va, au final, améliorer le fonctionnement de l’industrie. Par ailleurs, les investisseurs de ce type de fonds sont des professionnels qui n’ont pas vraiment besoin d’autorité de régulation pour se protéger. Au final, le texte est un peu surdimensionné.
Quels fonds vont, selon vous, être les plus affectés par le texte?
«Ce sont les fonds de private equity, qui jusqu’à présent n’étaient pas régulés, sauf dans certains pays comme le Luxembourg et l’Italie. Ce secteur n’a par exemple pas l’habitude de travailler avec des banques dépositaires.
Tout cela va coûter beaucoup d’argent et, en fin de compte, ce sont les investisseurs qui vont payer. La question clé est de savoir comment les investisseurs vont réagir. La directive prévoit néanmoins une période transitoire très longue qui va permettre de prolonger jusqu’en 2018 le régime actuel du placement privé pour la commercialisation des fonds à l’intérieur de l’Union européenne. Le risque c’est que tel ou tel pays rende plus difficile d’accès son propre régime de placement privé.
Que peut espérer le Luxembourg?
«Je suis très optimiste pour le Luxembourg, surtout pour le private equity et les fonds immobiliers. Je le suis moins pour les hedge funds, où Dublin occupe une position de leadership. Certes, les fonds devront désormais s’enregistrer auprès d’une autorité de surveillance. Mais nous avons la chance que la nôtre (la CSSF, ndlr.) soit rapide, efficace et de bon sens. C’est vraiment un avantage. Nous avons par ailleurs déjà l’habitude des banques dépositaires et des enveloppes juridiques (SIF, Sicar…) pour les produits alternatifs. Nous avons donc une bonne longueur d’avance dans ces domaines, car nous offrons déjà ces services. Si nous sommes un peu intelligents, nous pouvons donc gagner d'importantes parts de marché. D’autres opportunités se présentent à nous. Car la régulation des fonds alternatifs devrait permettre d’accroître leur pourcentage d’allocation dans les fonds de pension. Elle devrait aussi faciliter leur commercialisation en Asie, où la marque Ucits est très répandue. Tout n’est donc pas noir. Et cette directive peut devenir un très bon instrument de marketing.»