Private Equity, de vous à moi…
Regard sur les Fonds d’Infrastructures

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Agefi Luxembourg

November 2012

Les fonds d’Infrastructures présentent un grand nombre de caractéristiques similaires aux fonds de Private Equity : entre autres, ils s’inscrivent dans une logique d’investissement à long terme et requièrent du gestionnaire, dont les intérêts sont alignés à ceux des investisseurs, de créer de la valeur en développant efficacement des projets générateurs de revenus. Ces fonds tiennent une place de plus en plus importante dans la famille des fonds dits « alternatifs ». Les études montrent que la taille des actifs des fonds dédiés à l’infrastructure a été multipliée par 4 entre 2006 et 2011 en passant de 60 à 250 milliards de dollars. 

Dans un climat global de récession économique, les Etats dont l’économie est mature s’attèlent à mettre en place des mesures destinées à augmenter les recettes fiscales, d’une part  et à contribuer à leur désendettement, d’autre part. Parallèlement, les Etats des économies émergentes intègrent les effets de la récession dans leurs ambitions et leurs prévisions. Ces phénomènes impactent négativement le volume des investissements en infrastructures des Etats.

Comme pour leur économie, l’Europe et les Etats-Unis doivent réinvestir dans leurs infrastructures qui ont été modernes, mais dont la qualité se détériore avec l’âge. En revanche, la Chine, l’Inde et le Brésil continuent à mettre en œuvre des nouveaux projets d’infrastructures de premier ordre et répondent ainsi aux besoins de leurs économies en pleine croissance.

Qu’en est-il de L’Europe Continentale ?

Alors que certains gouvernements européens font bonne figure en présentant des prévisions optimistes sur les investissements en infrastructure, les économies en difficultés, les problèmes de solvabilité bancaire et l’état des dettes souveraines suggèrent de différer les investissements en infrastructures à des temps meilleurs, en dépit des études qui établissent les besoins d’investissement en infrastructures pour les dix prochaines années en Europe à plus de 2 billions d’euros. Certains observateurs considèrent à l’inverse que c’est précisément dans ces temps incertains que les investissements en infrastructures doivent être consentis pour stimuler les économies et l’emploi. Bien que les vues divergent sur le sujet, il serait illusoire de penser que la décision de mettre en place de telles politiques de croissance appartienne aux seuls Etats concernés.  On peut citer l’exemple de l’Italie qui souhaiterait stimuler son économie en maintenant ses programmes d’investissement en infrastructures, mais qui devra probablement les revoir à la baisse pour atteindre les objectifs de désendettement qui lui ont été fixés par ses partenaires européens. A l’inverse, on pourrait citer d’autres états qui ont pris des approches plus strictes et restrictives en suspendant complètement une part importante des projets d’investissement.

Et la Chine ?

Au cours des vingt dernières années,  la Chine a réalisé des investissements colossaux dans ses infrastructures: réseau ferroviaire à grande vitesse, aéroports, barrages et réseaux ferroviaires souterrains en sont quelques exemples. Il est certain que ces investissements ont contribué à ériger la Chine au rang de puissance économique mondiale, mais ont également généré pour le pays un endettement estimé entre 1.5 et 2 milliard de dollars. Cet élément pose des questions  sur les moyens que la Chine devra mettre œuvre pour honorer la charge de sa dette liée aux projets d’infrastructures  alors que la croissance de son Produit Intérieur Brut ralentit et qu’elle subit indirectement les effets de la récession économique via des exportations vers l’Europe et les Etats-Unis en baisse. 

Ainsi, même si les besoins et les environnements économiques de marché émergents tels que la Chine sont différents de ceux  des états d’Europe Continentale à un instant donné, ils sont ultimement sujets aux mêmes expositions et mécaniques économiques. La Chine a certes besoin de développer de nouvelles infrastructures et l’Europe doit renouveler ses infrastructures existantes, mais tous deux doivent mettre en place des stratégies viables à long terme et intégrer la donne économique mondiale.

Le partenariat public-privé, un modèle à étudier

Le partenariat public-privé est un mode de financement par lequel une autorité publique s’adjoint des partenaires privés pour financer et gérer une infrastructure contribuant au service public. Les partenaires privés sont évidemment rémunérés en contrepartie de leur contribution. Comme dans les fonds, l’alignement des intérêts entre les différents partenaires est un vecteur de succès. 

Afin de garantir la stabilité à long terme de l’activité d’investissements en infrastructures et ainsi limiter l’impact de situations budgétaires tendues sur leur capacité à investir, le partenariat public-privé constitue une solution à privilégier. En effet, si celui-ci est bien établi, il permet aux Etats d’utiliser le secteur privé non seulement pour financer les projets mais aussi en assurer la gestion. Il permet également aux états de transférer une partie des risques liés aux projets et ainsi de protéger leurs contribuables.

Le partenariat public-privé, une solution pour l’Europe ?

Il semble aujourd’hui impératif pour l’Europe de favoriser ces partenariats et d’aligner ainsi les intérêts des investisseurs privés et du secteur public dans une stratégie qui combine la relance de l’activité économique et de l’emploi avec la rénovation et le développement des infrastructures.  Dans ce contexte, les fonds d’infrastructures sont appelés à jouer un rôle majeur en collectant auprès des fonds de pensions, des banques et d’autres investisseurs institutionnels les capitaux permettant de financer les projets d’infrastructures au travers de ces partenariats. Même s’il est naïf de penser que le secteur privé puisse à lui seul répondre aux besoins vu l’ampleur de ceux-ci et l’obligation pour une grande partie des acteurs privés de limiter les montants allouables à de tels actifs pour répondre à leurs exigences de liquidité et de solvabilité, les fonds dédiés aux infrastructures semblent détenir la clé du maintien, de l’entretien mais aussi du renouvellement des infrastructures en Europe.

Olivier Coekelbergs, Luxembourg Private Equity Leader, EY, Luxembourg