Une décennie perdue pour la Zone euro ?

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Entreprises Magazine
November 2012

Trimestriellement, EY publie son Eurozone Forecast, indicateur macroéconomique lancé en partenariat avec Oxford Economics. Nous reprenons ici les grandes lignes de l’édition d’automne 2012.

Alors que les opérations de rachats effectuées par la Banque Centrale Européenne (BCE) ont significativement réduit le risque d’éclatement de la Zone euro à court terme, l’édition automnale du EY Eurozone Forecast constate qu’une réponse plus globale à la crise n’a pas encore permis de changer les règles du jeu, élément indispensable à un rétablissement de la stabilité à long terme. La situation va continuer à empirer avant de s’améliorer, la Zone euro étant toujours confrontée àune hausse du chômage, un resserrement des investissements des entreprises et une poursuite de l’austérité budgétaire. Cette dernière éditionprévoit une contraction du PIB de la zone euro de l’ordre de 0,5 % cette année et une croissance marginale de seulement 0,1 % en 2013, soit des prévisions en baisse par rapport à celles du dernier trimestre.  

Avec un rééquilibre de la Zone euro et les prémices d’un assouplissement de la rigueur budgétaire, l’EEF table sur un retour à la croissance du PIB. Cependant, la croissance de la Zone euro sera limitée pour de longues années encore par les incertitudes liées à la stabilité et au désendettement des secteurs public et privé. Même si cette relance est modeste, elle se fonde sur la poursuite de l’innovation et du soutien accordés par les instances européennes à un niveau national et supranational. L’annonce faite en septembre dernier a marqué le début et non la fin du processus.

Pour Marie Diron, Senior Economic Adviser en charge de l’EY Eurozone Forecast, « la mesure récemment prise par la BCE – surnommée bazooka et prenant la forme d’un programme d’achat d’obligations –, même si elle est essentielle, ne fera office que de solution temporaire pour la Zone euro. Nous sommes convaincus de la nécessité d’une approche plus radicale au cours des mois à venir afin de s’assurer d’une relance, la plus infime soit-elle, l’an prochain et à l’avenir ».

Le chômage dans la Zone euro va continuer à augmenter pour culminer à 19,2 millions, soit un peu plus de 12 % au 1er trimestre 2014, réduisant par la même les possibilités d’une sortie de crise dans les meilleures conditions pour les consommateurs, en particulier ceux de la périphérie. Au Portugal, il est prévu que le taux de chômage dépasse 16 %. En Espagne et en Grèce, ce même taux devrait atteindre respectivement 26 % et 27 % de la population active.

Au niveau des investissements

En réponse au resserrement des conditions de financement, à l’incertitude liée à la stabilité de la Zone euro et aux faibles bénéfices, les investissements des entreprises seront réduits. La contraction des dépenses d’investissement est telle qu’on table sur un niveau d’investissement estimé fin 2016 inférieur à son pic d’avant crise. Pour Alain Kinsch, Country Managing Partner d’EY Luxembourg, « l’incertitude économique continuant à prévaloir au sein de la Zone euro, il est indispensable pour les entreprises que les décideurs politiques continuent sur leur lancée et agissent de façon décisive. L’économie ne peut accepter que les sociétés se serrent la ceinture simplement parce que les consommateurs réduisent simultanément et significativement leurs dépenses ».

Plus de fédéralisme européen

Les tensions sur les marchés de la dette souveraine révèlent que les finances publiques ne sont pas le seul souci des économies périphériques, mais que les divergences de compétitivité doivent aussi être prises en compte. Alors que les indispensables ajustements économiques dans la périphérie donnent des résultats positifs, l’équilibre ne peut être atteint que si des pays tels que l’Allemagne adoptent des politiques favorisant l’augmentation de la dépense intérieure et des importations. « Des ajustements externes par le biais de modérations salariales et l’amélioration de la productivité sont décisifs car, faute d’amélioration de la compétitivité, la rigueur budgétaire va laisser ces pays embourbés dans une profonde récession », commente Alain Kinsch.

Les mécanismes de la finance doivent également être mis en place pour permettre aux pays de gérer les processus d’ajustement tout en réussissant simultanément un retour à la croissance, sans pour autant manquer à leur obligation de remboursement de la dette souveraine. Cette démarche nécessiterait des progrès en vue d’une Europe plus fédérale, où le soutien apporté aux pays frappés par la crise, qu’il soit temporaire et conditionnel, serait organisé plus systématiquement en vue d’assurer la stabilité de leurs systèmes bancaires et de leurs finances publiques. Marie Diron estime qu’« une coordination bancaire et fiscale est indispensable à la survie à long terme de la Zone euro. En effet, les concepteurs de l’euro ont toujours envisagé l’union monétaire comme étant un préalable à une intégration économique et fiscale approfondie ».

Nécessité d’une réforme réglementaire

La liste des mesures requises afin de garder la Zone euro sous sa forme actuelle est longue et constitue un défi politique. Elle inclut l’élargissement du mécanisme de stabilité européenne (ESM), une union bancaire, des progrès visant à une harmonie budgétaire et un changement de la politique macro-économique qui doit désormais se focaliser davantage sur la croissance que sur l’austérité. « Même si l’accord visant à amener la supervision bancaire au niveau de la Zone euro constitue un pas en avant, un système bancaire intégré de façon optimale nécessite la mise en commun non seulement de la supervision mais encore du soutien réglementaire. Un certain nombre de pays de la Zone euro ont des secteurs bancaires tout simplement trop importants pour être soutenus par leur gouvernement. En l’absence d’une responsabilité financière partagée sous forme de garantie des dépôts, ces systèmes bancaires nationaux continueront à être à risque », explique Alain Kinsch.

L’attitude proactive de la BCE

Selon les perspectives, d’importants risques à la baisse demeurent et une des hypothèses sous-tendant la prévision du PIB par l’EEF est la prise de mesures non conventionnelles par la BCE, destinées à traiter les problématiques des marchés de financement et à donner aux gouvernements davantage de temps pour introduire les réformes structurelles nécessaires afin de donner une assise plus solide à la monnaie unique. La BCE est déjà proche des limites qu’elle peut s’accorder en matière d’actions liées à la politique monétaire conventionnelle, étant donné la réduction de son taux d’intérêt directeur qui passe de 1 à 0,75 %, un bas historique pour la Zone euro. L’EEF estime que cette période sera le point bas du cycle d’assouplissement actuel. Cependant, une baisse de taux supplémentaire ne peut être exclue si l’économie se détériore davantage que ce qui est attendu.

Même si la récente annonce de la BCE relative au programme d’échange d’obligations a reçu un accueil positif et a restauré l’indispensable confiance des marchés, Marie Diron estime « qu’une meilleure piste pour la BCE serait de s’engager dans une politique d’assouplissement quantitatif qui lui permettrait d’acheter tous les actifs qu’elle sélectionne. Une telle stratégie pourrait être adoptée par la BCE afin de permettre aux banques à cours de garanties éligibles d’avoir accès à ses opérations de liquidités ».

Des dommages irréversibles ?

Les événements des 5 dernières années sont susceptibles d’avoir causé des dommages irréversibles à la croissance potentielle de la production dans beaucoup d’économies de la Zone euro, les pertes les plus conséquentes étant constatées dans les pays qui se trouvent à l’épicentre de la crise de la dette souveraine. Cette situation, combinée aux mesures de rigueur budgétaire, aux contraintes de crédit, à la baisse de la demande extérieure et à l’incapacité à traiter les problématiques liées à la compétitivité à long terme pèseront sur la croissance de la décennie à venir. « Les perspectives pour l’économie de la Zone euro restent atones, faisant face à de nombreux obstacles. Toutefois, la compétitivité et la croissance doivent rester la priorité absolue des décideurs de la Zone euro s’ils veulent rivaliser à long terme sur la scène mondiale », conclut Alain Kinsch.

L’intégralité du rapport EY Eurozone Forecast est téléchargeable sur ey.com/eurozone.