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L’innovation met les gaz

EY - L’innovation met les gaz

Pourquoi tout le public du Film Fest Gent applaudit-il lorsque Ken Loach s’emporte contre les autorités, les multinationales et les banques ? L’innovation est un fait. Nous ne pouvons pas graviter dans un état d’impuissance acquise. Bien au contraire : l’innovation est de plus en plus rapide et nous ne pouvons pas nous permettre de manquer le coche. C’est la dure vérité dans le monde des sciences de la vie : innover de manière radicale est la seule manière de préserver le caractère abordable des soins de santé. Compte rendu d’un entretien captivant avec Peter Hinssen (nexxworks) et Lucien De Busscher (EY) sur ce qui nous attend au-delà des limites du futur de la pharmacie. Le « real world evidence » est à l’ordre du jour.

Il faut se lever de bonne heure pour interviewer deux personnes à l’agenda chargé. Nous avions fixé rendez-vous à Lucien De Busscher (Medical Device Lead Partner Europe chez EY) et Peter Hinssen (président et cofondateur de nexxworks, entrepreneur en série, orateur et auteur) dans le lobby du Sheraton de Brussels Airport, un beau matin, à 7 heures. Peter Hinssen avait une conférence à présenter juste après, Lucien De Busscher était en partance pour les États-Unis. Cela ne les a cependant pas empêchés de se réunir pour réfléchir à l’avenir de l’innovation dans le secteur des sciences de la vie. Embarquement immédiat pour un enthousiasmant vol d’une heure.

Quelle est votre définition de l’innovation ?

Peter Hinssen: « L’innovation est un fait, c’est tout. Tout change en permanence, c’est l’un des fondements de notre société. Le point surprenant est toutefois l’accélération soudaine de l’innovation, à tel point que certains la perçoivent désagréablement. On parle alors de disruption. Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial, nous met en garde contre la quatrième révolution industrielle en cours et qui fédère des systèmes numériques, biologiques et physiques. Cette révolution ne se contente plus de changer ce que nous faisons, elle nous change nous-mêmes ! Si nous n’y prêtons pas attention, nous y passerons tous, explique Klaus Schwab. J’ai la nette impression que le “jour d’après” arrivera plus vite que nous ne le pensons. La technologie blockchain a mis seulement quelques années à influencer la manière dont pouvoirs publics et compagnies d’assurances utilisent les données sécurisées. Dans l’intelligence artificielle, l’hiver est révolu. Toutes ces formes d’innovation ont connu des accélérations incroyables. »

Nous devons faire attention à cet état d’impuissance acquise : ne déposez pas les armes, ne vous complaisez pas à rester en queue de peloton.
Lucien De Busscher

Lucien De Busscher: « On pourrait faire une comparaison avec un groupe de coureurs. Le groupe courait déjà, mais maintenant, il accélère soudainement et prend un virage. L’enjeu est de rester dans le groupe de tête et de ne pas se retrouver en queue de peloton. Et puis, tout à coup, le groupe ne court plus sur une piste balisée, mais… en 3D ! Prenons l’exemple d’Uber Health : des infirmières se rendent au domicile du patient en taxi Uber pour lui faire une injection. Un autre exemple ? Imaginez toutes les possibilités qu’offre le big data aux entreprises qui fabriquent des vaccins contre la grippe. Celles-ci peuvent suivre l’évolution géographique de la propagation d’un virus sur les réseaux sociaux. De telles innovations ont d’emblée un impact considérable sur la manière dont de grandes entreprises pharmaceutiques gèrent leur chaîne logistique ou leur service à la clientèle. »

Si l’innovation ne cesse de s’accélérer, ne risquons-nous pas de manquer le coche ?

Lucien De Busscher: « J’étais présent à la première du film I, Daniel Blake du réalisateur britannique Ken Loach lors du Film Fest Gent. Ken Loach y a prononcé un discours dans lequel il s’en prend aux multinationales et autorités qui délaissent leurs populations pauvres. “Ralentissons tous” semblait être sa devise. Tonnerre d’applaudissements de personnes occupées à savourer leur verre de champagne. C’est insensé ! Nous ne pouvons pas ralentir. Nous devons au contraire comprendre les opportunités qu’offre la disruption. Ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas prêter davantage attention à la minorité laissée pour compte. J’ajouterai cependant que nous devons faire attention à cet état d’impuissance acquise : ne déposez pas les armes, ne vous complaisez pas à rester en queue de peloton. Voyez plutôt toutes les opportunités que cela comporte, pour tout le monde ! Cela me fait penser à la petite dame qui remercie l’employé de banque après qu’il lui a expliqué l’introduction de l’euro, mais qui préférerait ne rien avoir à faire avec l’euro. »

Nous ne devons pas craindre le progrès, car après tout, il est inévitable. À long terme, seules les entreprises qui le comprendront suffisamment tôt survivront.
Peter Hinssen

Cette évolution numérique rapide et disruptive ne comporte-t-elle donc aucun danger pour les sciences de la vie ?


Peter Hinssen: « Je prendrai l’exemple de A Tale of Two Cities de Charles Dickens : It was the best of times, it was the worst of times. L’innovation radicale peut partir dans les deux sens. Des changements spectaculaires nous attendent, juste au-delà de notre horizon. Autrement dit, ils sont imminents ! On le voit tout particulièrement dans l’intelligence artificielle. Elon Musk de Tesla a délibérément choisi la vitesse en lançant “Open Al”, un centre de recherche consacré à l’intelligence artificielle. C’est d’ailleurs le Belge Pieter Abbeel qui conseille Elon Musk en la matière. Et nous nous plongeons alors dans une situation où la capacité humaine (notre cerveau) est à la traîne par rapport à la vitesse des processeurs informatiques. Avec son doctorat de l’Université de Stanford en poche, Pieter Abbeel fut le premier à développer un robot à plier le linge. Il sait mieux que quiconque à quelle vitesse l’intelligence artificielle et la robotique accélèrent les choses. Nulle raison de s’effrayer : nous serons toujours là le jour où l’ordinateur nous rattrapera (NDLR : selon Ray Kurzweil, auteur de The Age of Intelligent Machines, en 2049) ! Nous ne devons pas craindre le progrès, car après tout, il est inévitable. À long terme, seules les entreprises qui le comprendront suffisamment tôt survivront. »

Lucien De Busscher: « Il est difficile de croire qu’en Belgique, nos mutualités fonctionnent encore avec des certificats médicaux. Vous payez votre médecin, puis vous recevez un certificat médical que vous devez envoyer par la poste. Ensuite, votre argent vous est remboursé. Nous vivons à “l’âge de pierre”. Une telle situation n’attend qu’à être “disruptée”. La technologie du blockchain pourrait faire une percée. Selon moi, en Belgique, nous sommes surdémocratisés en la matière. La nouvelle administration en Arabie saoudite est entièrement fondée sur la technologie du blockchain. Et ce pays n’est pourtant pas le plus démocratique qui soit… En Belgique, nous en sommes toujours à examiner si le blockchain est conforme aux règles édictées par la Commission de la vie privée… »

Peter Hinssen: « Tout est une question de culot, d’audace. Prenons l’exemple de Singapour : cette république fait environ la taille de la Flandre et ne dispose pas non plus de ressources naturelles dont elle pourrait s’enrichir. Et pourtant, Singapour est devenue le leading smart innovator du monde. Ils ont la vision, le culot et le pouvoir. Le pays est géré à la manière d’une grande entreprise. »

Dix évolutions numériques dans le secteur des soins de santé

Le dernier rapport d’EY intitulé « 10 ways that digital transformation is revolutionizing healthcare » énonce les dix tendances numériques qui peuvent nous faire vivre en meilleure santé, dans le contexte d’une population vieillissante et de soins de santé de plus en plus onéreux.

  1. La génomique. Grâce aux capacités de calcul sans cesse améliorées des ordinateurs, nous commençons à déchiffrer complètement l’ADN humain. Cela peut se traduire par des tests et des traitements personnalisés.
  2. Les « wearables devices ». Des moniteurs de santé intelligents que nous portons sur le corps.
  3. Le big data permet des analyses comparatives de patients fortement améliorées.
  4. Les organes sur puce. Des organes miniatures qui peuvent être implantés sur des puces et qui permettent de suivre les réactions aux traitements au niveau cellulaire.
  5. Les critiques d’hôpitaux sur les réseaux sociaux. Le patient s’émancipe ! (« The patient is ready to see you »).
  6. La surveillance numérique des tendances (réseaux sociaux, moteurs de recherche).
  7. L’ingénierie génétique.
  8. La télémédecine.
  9. Les robots médicaux.
  10. La bio-impression 3D.

Lisez le rapport

Comment les valeurs sûres du secteur des sciences de la vie survivront-elles à la disruption ?

Lucien De Busscher: « Elles doivent être maniables. Première chose à laquelle il faut veiller : sonder correctement leur propre écosystème. Patients toujours plus émancipés, entreprises pharmaceutiques, pouvoirs publics, prestataires de soins, compagnies d’assurances, fournisseurs de données, fournisseurs de technologies. Les grandes entreprises pharmaceutiques doivent communiquer davantage avec leurs clients : les pouvoirs publics et les assureurs qui remboursent leurs médicaments. Des entreprises maniables mettent l’accent sur les résultats : elles se basent sur des données réelles qu’elles collectent dans la pratique, dans des bases de données, des études, sur les réseaux sociaux,… Sans oublier évidemment les données obtenues, par exemple, par le biais des wearable devices, de moniteurs portables,… Avec ces informations en main, les entreprises sont en mesure de filtrer de manière raisonnée et d’adapter tant leur production et leur tarification que leur chaîne logistique. Les données concrètes, les real world evidence, forment la base pour la commercialisation de nouveaux médicaments et pour la conclusion d’accords avec les pouvoirs publics en se fondant sur ce qui fonctionne effectivement dans la pratique. Un fabricant américain de traitements contre l’ostéoporose vient, par exemple, de développer une nouvelle pilule bien plus chère que la précédente. Les autorités s’opposaient au départ à son remboursement. Le fabricant tient maintenant ce discours : “Nous remboursons la totalité du traitement médical si un patient se casse un os après l’ingestion de la pilule.” Cela se traduit par des contrats variables plus en phase avec la réalité. Grâce aux real world evidence, nous pouvons mieux surveiller l’efficacité des nouveaux médicaments. À terme, le résultat devrait être des soins de santé plus abordables. Un autre bel exemple est le suivi en temps réel des patients atteints de diabète. Le big data permet aux entreprises de mesurer avec précision l’efficacité de leurs produits. Mais la barrière éthique séparant les entreprises pharmaceutiques des patients rend nécessaire une collaboration entre tous les acteurs. Tout l’écosystème en deviendra plus efficace et donc plus abordable. »

Que nous le voulions ou non, le progrès est là. Et il est plus rapide que ce que nous pensons. Nous devons l’accueillir favorablement : il en va de l’avenir de l’humanité.
Lucien De Busscher

Cela ne mènera-t-il pas à des dilemmes moraux ?

Peter Hinssen: « Évidemment. Ils sont inévitables. Professeur d’éthique figurera bientôt parmi les métiers en pénurie ! Nous devons nous pencher sur le coût total des frais de soins de santé. Laissons les entreprises surveiller tous leurs collaborateurs afin de débusquer ceux qui ne mènent pas une vie saine. Si nous leur proposons ensuite des programmes distincts pour leur permettre, par exemple, de perdre douze kilos, nous réaliserons de grandes économies sur les soins de santé. C’est évident, je trouve. N’est-il pas étrange qu’à l’heure actuelle, nous en sachions plus sur notre voiture que sur notre organisme ? Nous évoluons rapidement vers un système dont la priorité est d’éviter de contracter une maladie et plus de traiter la maladie. C’est une bonne chose pour préserver le caractère abordable des soins de santé, mais qui pose très certainement des questions d’ordre moral. Pour être confronté à des dilemmes moraux plus lourds, il suffit d’écouter le projet de Calico, l’entreprise de sciences de la vie d’Arthur Levinson (président d’Apple). L’objectif de Calico est que nous atteignons facilement l’âge de 250 ans. Quelle attitude adopter face à un homme bionique de 250 ans ? »

Lucien De Busscher: « Que nous le voulions ou non, le progrès est là. Et il est plus rapide que ce que nous pensons. Nous devons l’accueillir favorablement : il en va de l’avenir de l’humanité. »

N’aboutirions-nous pas dans une époque où l’ordinateur prendra l’ascendant sur l’être humain pour finalement le terrasser ?

Peter Hinssen: « C’est un des scénarios. L’innovation disruptive dans les sciences de la vie peut tout aussi bien servir à la bonne cause. »

Lucien De Busscher: « Les vingt prochaines années ne tourneront qu’autour de résultats. Comment trouver les bonnes données dans l’écosystème ? Comment les filtrer ? Comment définir ensuite ce qui est effectif ? Afin d’analyser cette masse de données, il faut s’armer de technologie. Dans ce domaine, ce que fait Watson d’IBM (un système d’analyse cognitif qui fonctionne avec l’intelligence artificielle) avec des données non structurées est vraiment époustouflant. Ajoutez-y les dernières évolutions en termes de génomique et voyez quelles pourraient être les possibilités pour les soins de santé personnalisés ! Le pharmacien du futur est averti… »


Lucien De Busscher
+32 (0)2 774 64 41
Associé EY Advisory