Dans le sillage de la politique monétaire

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  • Les perspectives commerciales des banques se sont sensiblement obscurcies – notamment pour les banques de détail
  • Les taux d’intérêt négatifs seront de plus en plus probables pour les épargnants – en revanche, les hypothèques à taux négatifs resteront sans doute un vœu pieux
  • Les modèles commerciaux traditionnels atteignent leurs limites et les banques reconnaissent qu’elles doivent créer de nouvelles sources de revenus
  • L’orientation client est la clé de la réussite
  • Au vu de la nouvelle orientation à long terme, les coûts sont comprimés à court terme
  • La question du développement durable ne se pose jusqu’ici que dans le placement de capitaux, mais toujours pas dans l’octroi de crédit
  • Les clients sont généralement satisfaits de leur banque

ZURICH, 9 JANVIER 2020

Les perspectives commerciales des banques se sont sensiblement obscurcies – notamment pour les banques de détail
« Taux d’intérêt bas, faibles volatilités et grandes incertitudes » – c’est ainsi que Patrick Schwaller, Managing Partner, Audit Financial Services chez EY Suisse, décrit l’environnement dans lequel les banques suisses opèrent actuellement. Cela induit un grand nombre de défis à relever : dans les opérations d’intérêts importantes, les banques sont tributaires de courbes de rendements normales, avec de nettes différences entre les taux d’intérêts à court terme et à long terme. Contrairement aux attentes de la plupart des établissements bancaires lors de l’enquête menée l’année dernière, une normalisation de la politique monétaire est loin d’être à l’ordre du jour et les banques devront encore longtemps faire face à des taux d’intérêt négatifs et à des courbes de rendements anormalement plates. « Cette tendance continue à faire fondre les marges d’intérêt et les perspectives commerciales des banques s’obscurcissent », explique Olaf Toepfer, Responsable Banking & Capital Markets chez EY Suisse.
Dans les opérations de commissions également, les banques souffrent de plus en plus de la diminution des marges et du fait que les incertitudes géopolitiques et les soucis naissants autour de la conjoncture entravent les activités des investisseurs et des clients des banques. Au vu de ces évolutions, il n’est pas surprenant que déjà environ un tiers des banques prévoit une baisse de ses résultats à court terme et à moyen terme (année précédente : respectivement 22 et 16 %). « Ce sont surtout les banques de détail qui souffrent d’une baisse de moral importante », ajoute Olaf Toepfer.

Les taux d’intérêt négatifs seront de plus en plus probables pour les épargnants – en revanche, les hypothèques à taux négatifs resteront sans doute un vœu pieux
Dans les opérations d’intérêts, la pression sur les marges pousse les banques à répercuter de plus en plus les taux d’intérêt négatifs sur la clientèle. Alors qu’en 2015, encore 70 % des banques interrogées avaient catégoriquement exclu de répercuter les taux d’intérêt négatifs, elles ne sont plus que 21 % aujourd’hui. En outre, déjà plus de la moitié des banques (55 %) – soit beaucoup plus que l’année dernière (33 %) – indiquent qu’elles souhaitent réduire le seuil à partir duquel les avoirs des clients sont soumis aux taux d’intérêt négatifs.
« Les taux d’intérêt négatifs sont déjà une réalité pour les clients privés fortunés – combien de temps encore les banques pourront-elles éviter qu’ils ne touchent les petits épargnants ? », s’interroge Patrick Schwaller, nous invitant à la réflexion. Dans ce contexte, nous pouvons nous demander si les banques suisses proposeront, à l’avenir, des hypothèques à taux négatifs à grande échelle.
Les banques s’accordent en grande partie sur la réponse : 83 % des établissements interrogés considèrent que l’octroi d’hypothèques à taux négatifs n’est pas réaliste.

Les modèles commerciaux traditionnels atteignent leurs limites et les banques reconnaissent qu’elles doivent créer de nouvelles sources de revenus
La politique monétaire durablement expansive des banques centrales et les taux d’intérêt bas, voire négatifs, qui en découlent, induisent que les banques doivent accorder de plus en plus de crédits pour assurer le même niveau de résultat de leurs opérations d’intérêts. Bien qu’au cours des dernières années les banques suisses ont fait preuve d’une résistance relativement élevée dans cet environnement exigeant, elles se voient confrontées à des questions fondamentales portant sur leurs modèles commerciaux traditionnels. Ceci est vrai notamment pour les banques cantonales et régionales qui sont fortement orientées sur le marché national et se concentrent sur les opérations d’intérêts. Ce point de vue semble s’être imposé majoritairement auprès des banques. « Au total, 83 % des banques interrogées pensent qu’elles devront à l’avenir créer de nouvelles sources de revenus pour ne pas perdre leur capacité de rendement », affirme Patrick Schwaller.

L’orientation client est la clé de la réussite
Mais comment réussir à créer de nouvelles sources de revenus ? La majorité des banques (60 %) s’accorde à dire que la clé est de se concentrer davantage sur la clientèle.
« Les banques qui parviennent plus clairement à mettre leurs clients au cœur de leurs actions seront gagnantes à long terme », remarque Olaf Toepfer. En revanche, seule une petite part des banques (19 %) est convaincue que des mesures purement centrées sur les produits suffisent à réaliser des flux de revenus supplémentaires ou nouveaux. Cette estimation laisse supposer qu’à l’avenir, les banques orienteront leurs activités davantage sur les besoins ou la demande des clients, et non plus sur la gamme des produits qu’elles offrent.

Au vu de la nouvelle orientation à long terme, les coûts sont comprimés à court terme
Bien que les banques reconnaissent qu’elles doivent repenser leur modèle commercial en profondeur, l’optimisation des coûts est de nouveau la priorité à court terme. 39 % des banques privées (année précédente : 32 %) considèrent que la question des coûts est la priorité dans les 12 prochains mois. Ce chiffre n’a jamais été aussi élevé au cours des trois dernières années. La plus grande priorité donnée aux coûts apparaît également à travers la question des futures rémunérations dans le secteur bancaire. Près de trois quarts (71 %) des établissements interrogés indiquent que les rémunérations diminueront à l’avenir dans le secteur financier.

La question du développement durable ne se pose jusqu’ici que dans le placement de capitaux, mais toujours pas dans l’octroi de crédit
Au cours des dernières années, la question des « placements durables » a été de plus en plus ramenée sur le devant de la scène pour les investisseurs et les clients. Sur ce point, les banques s’accordent largement à dire qu’il ne s’agit pas là d’une mode, mais que la tendance aux placements durables va se poursuivre dans le temps (81 %). En outre, une petite majorité des banques (55 %) considère qu’elles peuvent apporter une nette contribution à la lutte contre le changement climatique. Par conséquent, il n’est pas surprenant que 70 % des banques souhaitent étendre leur offre de placements durables à l’avenir. Bien que ces résultats d’enquête permettent de conclure que les banques se sont emparées du thème des placements durables, on observe que cette découverte n’est pas encore généralisée dans leurs processus de conseil et d’investissement, ou de reporting : ainsi, la question du développement durable fait obligatoirement partie du processus de conseil dans pas même un tiers des banques (30 %) et seulement 9 % des banques indiquent qu’elles informent leurs clients du développement durable (critères ESG) de leurs portefeuilles dans le cadre de rapports réguliers.
« En revanche, dans le financement de crédit par les banques, la question du développement durable n’entre pas encore tellement en ligne de compte à ce jour », remarque Patrick Schwaller. Seule une minorité de 19 % des banques interrogées indique prendre en compte les facteurs ESG dans leur octroi de crédit et seulement 25 % des banques reconnaissent vouloir prendre en compte ces critères à l’avenir.

Les clients sont généralement satisfaits de leur banque – mais seulement 2 clients sur 3 sont convaincus que les banques agissent toujours dans l’intérêt des clients
La grande majorité des clients des banques (85 %) sont globalement satisfaits des prestations de leur banque. Il s’agit là d’un résultat tout à fait réjouissant pour les banques suisses, qui témoigne de la qualité élevée de leurs services et conseils. En revanche, à la question de savoir si les banques agissent dans l’intérêt de leurs clients, l’image des banques s’avère moins positive. « En effet, seulement 2 clients sur 3 sont convaincus que les banques suivent toujours les intérêts des clients », explique Olaf Toepfer. Un tiers des clients interrogés émet toujours des doutes sur cette question cruciale pour les banques.

Informations concernant l’étude
Le baromètre des banques EY repose sur un sondage réalisé auprès de 100 dirigeants (membres de la direction) de différentes banques dans toute la Suisse. Même les unités suisses des deux grandes banques ont été interrogées; leurs estimations ont été intégrées dans les évaluations générales, mais n’ont pas été prises en compte dans les évaluations par type de banque. 38 % des établissements interrogés sont des banques régionales, 28 % des banques privées, 17 % des banques étrangères et 17 % des banques cantonales. 79 % des établissements viennent de Suisse alémanique, 14 % de Suisse romande et 7 % du Tessin. L’enquête a été réalisée en novembre 2019. La collecte et l’évaluation des données ont été effectuées par EY Suisse. Dans le cadre de l’étude de cette année, 2000 clients de banques ont également été interrogés. L’enquête a été réalisée conjointement par EY et l’Initiative «Redesigning Financial Services» (RFS).


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