17 Mar 2020
Wealth Asset Management Market Pulse event at EY Luxembourg

Le Private Equity doit-il s’inquiéter du coronavirus ?

By Laurent Capolaghi

EY Luxembourg Partner, Private Equity Leader

Entrepreneur, passionate and keen to assist our clients navigating the changing landscape of Private Equity.

17 Mar 2020
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Après un premier cas recensé le 29 février, le coronavirus ou Covid-19 a officiellement passé la frontière luxembourgeoise inscrivant ainsi le Grand-Duché sur la triste liste des pays infectés. 

Aucun continent n’est maintenant épargné. Dans un monde globalisé, le virus a pu circuler presque aussi vite que les capitaux. L’industrie chinoise fonctionnant au ralenti, l’épidémie pourrait coûter quelques points de croissance à une économie mondiale qui montrait déjà des signes de vacillement. L’impact n’est pas encore déterminé avec précision. Une seule certitude, le coronavirus ne laissera pas les pays indemnes.    

Au-delà de la rationalité des chiffres, l’effet « panique » du virus et l’impact sur la psychologie des foules ne sont pas à sous-estimer. L’incendie de l’hôpital de la ville de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran, en est une des illustrations. Les habitants de cette ville iranienne ont mis le feu à un hôpital car ils pensaient que des patients porteurs du coronavirus y avaient été admis. Des rumeurs prétendant que des personnes atteintes du Covid-19, originaires d’une autre ville, avaient été emmenées dans cette clinique avaient en effet circulé. A ce jour, l’Iran a pourtant reporté moins de cas d’infections que d’autres pays comme l’Italie mais le taux de mortalité y est plus élevé.

Si, jusque-là, les pays de l’Union européenne (UE) ont fait preuve de sang-froid, des erreurs dans la gestion de la crise n’ont pas échappé au grand public. Les difficultés à contenir l’expansion du virus en Italie ont particulièrement inquiété. A cela s’ajoute le retour de la question migratoire avec l’ouverture soudaine de la frontière turque malgré les accords avec l’UE. Le coronavirus apparaît ainsi comme un argument de plus pour un repli nationaliste, ce qui pourrait avoir des conséquences socio-politiques sur le long-terme.

Le coronavirus lance donc un voile d’incertitude sur la continuité des affaires. L’industrie du Private Equity ne fait pas exception. L’investissement en Chine est évidemment le premier concerné mais l’ensemble des grandes places financières pourrait également être impacté.

Le Venture Capital chinois au ralenti

Premier foyer du coronavirus, la Chine a enregistré près de 80 000 cas d’infections et un peu moins de 3 000 morts à ce jour. Le climat d’incertitude combiné aux mises en quarantaine et aux restrictions sur les déplacements ont durement affecté les entreprises locales. Les maisons de Private Equity et Venture Capital ne sont pas épargnées. Depuis le début de l’année, les activités de Venture Capital, que ce soit en nombres de transactions ou en capitaux levés, ont chuté de 60%* par rapport à la même période l’année dernière. Les évaluations des sociétés sont revues à la baisse et la prudence semble être de mise chez les investisseurs. L’économie chinoise a pourtant besoin de ces capitaux afin d’assurer notamment le développement de ses start-ups. La banque centrale chinoise a réagi en baissant ses taux et en injectant des liquidités mais cela pourrait ne pas suffire. En attendant, certaines entreprises en profitent pour entrer plus vite que prévu dans l’aire digitale, en proposant par exemple des « pitches » virtuels et des vidéo-conférences.     

L’économie mondiale ébranlée

Les dernières prévisions du Fonds Monétaire International (FMI) avaient rassuré les marchés quant à la stabilisation de l’économie mondiale. Mais le coronavirus a soufflé un nouveau vent d’incertitude. Ainsi les bourses passent du rouge au vert au rythme de l’actualité de l’épidémie. La correction des cotations a été impressionnante au moment de l’arrivée du virus en Italie sans identification du patient zéro et au moment de l’identification des premiers cas aux Etats-Unis. A plusieurs reprises, la raison a semblé céder à la peur. Toutefois, bien qu’il n’y ait pas d’estimations précises, l’Organisation de Coopération et de Céveloppement Economiques (OCDE) a déjà averti que les résultats du premier trimestre devraient montrer des signes de ralentissement. En plus des dépenses publiques exceptionnelles que les Etats doivent consentir pour maîtriser la propagation du virus, certaines industries risquent de subir des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement exposées à la Chine. Enfin, l’expansion du nombre de zones de confinement et de leur durée pèse sur la consommation, et en particulier sur la demande chinoise.

Comment réagit le marché du Private Equity ?

Sans céder à la panique, le marché du Private Equity ne peut pourtant pas ignorer les craintes des investisseurs qui se font de plus en plus entendre. Ainsi les fonds de Private Equity doivent montrer qu’ils sont prêts à faire face aux impacts de l’épidémie, voire à un potentiel retournement de l’économie que celui-ci soit dû au virus ou non. Ainsi certains voient dans la dette privée une alternative défensive à l’investissement en capital, assurant un rendement en limitant l’exposition au risque. D’autres comme les acteurs de la « distressed debt » pourraient même faire leur retour en force. En cas de crise sévère, les défauts de paiement et démantèlements d’entreprises pourraient s’accélérer, réouvrant des opportunités pour ce segment de niche. Toute la difficulté est de prédire le Momentum du retournement, ce moment idéal où il faut agir.

Plus qu’une crise sanitaire, le coronavirus semble avoir un rôle de catalyseur des faiblesses déjà identifiées en début d’année. Le monde se prépare au scénario du pire tout en espérant retrouver des relais de croissance. Dans ce contexte, le Private Equity se prépare donc à être ébranlé et évalue les possibilités.

 

*PitchBook – Coronavirus deals latest blow to China's struggling VC landscape – 14 February 2020

Summary

Après un premier cas recensé le 29 février, le coronavirus ou Covid-19 a officiellement passé la frontière luxembourgeoise inscrivant ainsi le Grand-Duché sur la triste liste des pays infectés.  Article published in AGEFI Luxembourg in March 2020.

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