14 Jun 2019
Confident businesswoman explaining colleagues in meeting room

Private Equity : digital et création de valeur

By Olivier Coekelbergs

EY Luxembourg Managing Partner, Financial Services

Passionate about Private Equity and mentoring talents. Loves fishing.

14 Jun 2019
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Le monde des nouvelles technologies n’est plus un marché de niche réservé à quelques investisseurs avertis. Déjà investi par les Venture Capitalistes, le marché des start-ups de la Tech attire également les fonds de Private Equity plus traditionnels. Mais les vieilles recettes risquent de ne pas suffire à capter le potentiel de l’innovation. Le marché de la Tech impose un changement d’état d’esprit et un renouvèlement des méthodes.

I
nvestir dans le marché de la Tech est d’abord un état d’esprit

Se forger un avenir dans le digital demande avant tout de prendre soi-même le tournant technologique. Après des années de sous-investissement technologique, l’industrie du Private Equity a encore besoin de moderniser son infrastructure numérique afin d’être en mesure d’affronter les challenges de demain. La création de valeur dans les sociétés traditionnelles détenues en portefeuille passe bien souvent par l’amélioration des processus opérationnels et par le développement d’interfaces clients plus attractives. Pour rester dans la course, les fonds de Private Equity doivent alors être en mesure d’évaluer et de conseiller la transformation digitale de leurs sociétés-cibles. Fonder des capacités et des compétences numériques en interne est déjà un avantage compétitif dans l’industrie du Private Equity. C’est d’autant plus le cas lorsqu’il s’agit d’investir directement dans les start-ups des nouvelles technologies. Les nouvelles technologies affichent des retours sur investissement pharamineux, mais seuls ceux qui s’y sont préparés sérieusement peuvent espérer avoir leur part du gâteau.

Dénicher la prochaine success-story demande d’adapter ses modèles de prise de décision

Les start-ups étant par définition dans les premiers balbutiements du cycle de vie d’une entreprise, l’investisseur ne peut fonder sa décision d’investissement sur la génération de flux de trésorerie passée ou même sur les flux à venir dans un future proche. Les Venture Capitalistes connaissent bien ce mécanisme. Il s’agit de suivre les étapes-clefs du projet jusqu’à ce que l’entreprise devienne profitable par elle-même ou soit rachetée par un acteur plus grand qui saura l’intégrer en réalisant des synergies. Ce qui rend la prise de décision d’investissement dans les start-ups technologiques d’autant plus compliquée, c’est que le modèle de ces jeunes entreprises ne se fonde pas sur une espérance de profitabilité, même sur le long terme. Les évaluations des grands de la Tech ne sont que très peu corrélées aux indicateurs de performance économique traditionnels. Les indicateurs de succès utilisés, tels que les flux de fréquentation des sites internet ou le nombre d’usagers des applications mobiles, ne sont pas immédiatement monétisables, ce qui n’empêchent pas les entrées en bourse et les transactions de fusion-acquisition de se faire à des niveaux d’évaluation très élevés. Ainsi s’intéresser aux technologies peut s’avérer être très lucratif. Toutefois, pour prendre part aux success-stories, les fonds de Private Equity doivent adapter leur processus d’analyse des potentielles cibles, en intégrant une étude technologique étoffée qui adressent les spécificités du marché. Les fonds de Private Equity devront aussi apprendre à agir vite car la concurrence est rude et le marché de la Tech n’attend pas.

La faillite des méthodes traditionnelles à évaluer les start-ups

Il existe des bénéfices évidents à s’intéresser au marché du digital et à développer un modèle d’évaluation adéquat. En effet, accélérer la prise de décision d’investissement, construire un argumentaire convaincant dans les négociations et éviter les pièges de la surévaluation sont autant d’éléments qui construisent la réussite d’une acquisition. Mais il peut s’avérer périlleux d’évaluer des actifs qui ne sont pas familiers, surtout lorsque les méthodes d’évaluation traditionnelles, telles que les comparables de marché ou l’actualisation des flux de trésorerie, ne permettent pas de capter le potentiel de création de valeur. Certains investisseurs appliquent des modèles dérivés de ces techniques traditionnelles en intégrant par exemple des scénarios et des probabilités. Ces techniques ne sont pas très éloignées de ce que recommandent les « International Private Equity and Venture Capital Valuation Guidelines » (IPEV Guidelines) **. En effet, bien que les IPEV Guidelines n’adressent pas spécifiquement le sujet des nouvelles technologies, elles ébauchent des pistes d’évaluation pour le Venture Capital et les investissements qui ne rentreraient pas dans le cadre traditionnel. En particulier, les IPEV Guidelines considèrent que, pour certains investissements en phase de lancement, les modèles de rendements attendus pondérés par leur probabilité, peuvent fournir une indication fiable de la juste valeur. Se faisant, l’évaluateur devra déterminer les probabilités respectives des différents scenarios et prendre en compte l’impact dilutif des levées de fonds successives qui caractérisent les investissements en Venture Capital. L’utilisation de modèles mathématiques requiert ainsi un nombre important de paramètres extrêmement subjectifs. Les IPEV Guidelines n’excluent pas non plus l’utilisation des références d’évaluation sectorielles, telles qu’un prix par abonné, mais seulement dans le but de vérifier une juste valeur obtenue par une autre technique.

Ainsi, le chemin vers la réussite des investissements dans les nouvelles technologies n’est pas encore tracé. C’est l’occasion pour les fonds de Private Equity de se renouveler et de proposer leurs propres approches pour l’industrie que ce soit en termes de due diligence et de prise de décision d’investissement ou d’évaluation des acteurs de la Tech.


* EY Digital Deal Economy Study 2nd Edition
** www.privateequityvaluation.com

Summary

Déjà investi par les Venture Capitalistes, le marché des start-ups de la Tech attire également les fonds de Private Equity plus traditionnels

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