30 Mar 2020
Moroccan roads

Private Equity en Afrique – quel bilan sur la dernière décennie ?

By Aïssata Coulibaly

EY Luxembourg Partner, D&I Leader

Passionate about building relationships, meeting new people, experiencing new cultures. Resourceful. Looking for opportunities within the problem.

30 Mar 2020
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Le Private Equity est une source d’opportunités pour les pays africains. Les places boursières locales n’y sont pas fortes. 

L
a majorité des entreprises sur le continent sont des PME (40 millions en Afrique subsaharienne) qui souffrent de réelles difficultés d’accès au financement, et les banques locales, pour la plupart peu orientées vers l’investissement, rechignent à accorder des prêts à des taux attractifs. Selon le FMI, seuls 15 à 20 milliards de dollars de crédit sont accordés annuellement pour un besoin déclaré supérieur à 145 milliards de dollars. Le Private Equity est donc assurément un levier conséquent pour le continent. 

Un déficit d’image, mais un potentiel considérable

Malgré des besoins d’investissements importants, le continent africain ne fait pas encore figure d’eldorado pour le capital-investissement. Seuls 30 milliards de dollars ont été levés entre 2008 et 2018 selon France-Invest.

La perception du couple risque – rendement reste très négative aux yeux des investisseurs qui restent sceptiques à l’idée de se lancer dans l’aventure africaine. Cependant, l’industrie a généré ces dix dernières années des rendements considérables malgré des volumes d’investissements globalement modestes comparés aux marchés émergents.

Avec ses 350 millions de consommateurs de classes moyenne et 4 des 10 économies les plus performantes au monde (Ethiopie, Rwanda, Côte d’Ivoire, Tanzanie), force est de constater que le continent africain a développé au cours de la dernière décennie un potentiel considérable pour les investisseurs.

L’Afrique du Sud, cet arbre qui cache la forêt

Au cours de cette période, l’écosystème africain s’est fortement structuré. Si l'Afrique du Sud a été longtemps la destination incontournable des fonds de capital-investissement, cette tendance s'est inversée au cours de la décennie et les investissements se sont progressivement reportés sur le reste du continent.

Au-delà du Nigeria, locomotive économique de l'Afrique occidentale, le Kenya, le Ghana, le Cameroun ou la Côte d'Ivoire ont de plus en plus attirés les fonds de capital-investissement. L'écosystème s’est développé sur l’ensemble du continent avec le Maroc qui domine au Maghreb.

Le téléphone mobile a ouvert une nouvelle ère

Le rôle des téléphones mobiles dans l'accès aux services bancaires en Afrique n'est plus à démontrer. Les réseaux de téléphonie mobile ont largement contribué à démocratiser l'accès à Internet, qu'il s'agisse des zones urbaines et rurales, y compris les plus reculées. Cette évolution a permis d'apporter des solutions à de nombreux problèmes du continent tels que l'accès à l'électricité ou encore la télémédecine.

Les dépenses en infrastructures se sont par ailleurs de plus en plus effectuées au travers du capital-investissement, en ligne avec les prédictions de la Banque mondiale qui a estimé qu’elles atteindraient 180 milliards de dollars d'ici 2025. Les pouvoirs publics des pays africains n’étant pas à même de financer intégralement ces besoins financiers, ceux-ci représentent une opportunité pérenne pour les investisseurs intéressés par le continent africain.   

Infrastructures, mais aussi et surtout licornes africaines

Entre 2008 et 2017, le capital-développement représentait environ 80 % des prévisions d’affectations des levées, mais depuis 2017, le capital-innovation a progressé de manière spectaculaire. Alors qu’il ne représentait que 2 % des levées en 2017, il a atteint 12 % des prévisions d’affectation en 2018. Une tendance qui prouve l’engagement des fonds pour les licornes africaines.

L’Afrique a démontré ces dix dernières années sa capacité à proposer un narratif porteur pour les investisseurs. Les sociétés de capital-investissement qui ont su s’y imposer avec succès sont celles qui ont réussi à mettre en place une gestion des risques robuste en usant de leur influence sur leurs sociétés en portefeuille pour imposer de bonnes pratiques.

Devenir un partenaire

Les fonds doivent devenir des partenaires de développement à part entière. Cette démarche implique naturellement des délais de sorties plus longs et un accompagnement plus conséquent.

La prochaine décennie sera riche en opportunités pour le capital-investissement. L’Afrique est un marché qui présente une attractivité à long terme dont le potentiel est loin d’avoir été exploité. Malgré une croissance économique de 5 % en moyenne[1] , elle reste le territoire le moins avancé vis-à-vis des Objectifs de Développement Durable[2] fixés par l’ONU, ce qui se traduit par des besoins en financement estimés par la Banque mondiale à 90 Md$ par an au cours des vingt prochaines années. C’est aujourd’hui que les fonds d’investissement doivent se positionner et agir.

 

Summary

Le Private Equity est une source d’opportunités pour les pays africains. Articlé publié dans Private Equity Magazine en Mars 2020.

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