Observatoire des politiques publiques

Sondage exclusif : les Français font plus confiance aux collectivités qu’à l’État pour les services publics

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Pour développer et organiser les services publics, 2 personnes sur 3 font davantage confiance aux collectivités qu’à l’État, selon l’Observatoire des politiques publiques Acteurs publics et EY, réalisé par l'Ifop. Supprimer les doublons est la mesure privilégiée pour gagner en efficacité.

Les clés pour réussir la mise en œuvre de la réforme territoriale

Nathalie van Vliet Nivelon, Associée EY, Secteur Public Local

Du point de vue du développement et de l’organisation des services publics, le match entre l’État et les collectivités locales est plié : c’est aux secondes que les Français sont les plus nombreux à accorder leur confiance (64 % contre 36 % pour l’État), selon l'enquête Ifop pour Acteurs publics et EY. Cette préférence vaut dans toutes les tranches d’âge, et quelle que soit la profession ou le niveau d’éducation. Elle est renforcée encore dans les zones rurales, où la confiance dans les collectivités est la plus élevée (72 %), un peu moins marquée en région parisienne (54 %).

EY - A qui faites-vous le plus confiance pour développer et organiser les services publics sur le territoire ?

Si l’on quitte la sphère des seuls services publics et que l’on se place du point de vue de l’action publique dans sa globalité, l’opinion apparaît moins consensuelle. Questionnée sur le niveau de décision idéal pour décider de l’action publique en France, elle se partage entre d’une part, l’État central ou ses services déconcentrés (50 % des choix au total, dont 28 % pour l’État central, 12 % pour ses services régionaux et 10 % pour ses services départementaux) et d’autre part, les différents niveaux de collectivités locales avec, là aussi, des réponses très éclatées : 16 % citent les communes (7 % les intercommunalités), 11 % les conseils départementaux et 16 % les conseils régionaux. Les clivages précédemment relevés fonctionnent à nouveau : ainsi, les habitants des zones rurales, tout comme les sympathisants des partis de droite, sont plus nombreux à évoquer des niveaux de décision locaux, tandis que les habitants des grandes villes, et surtout de l’agglomération parisienne, de même que les proches de la gauche, privilégient davantage l’État, central ou déconcentré.

EY - Selon vous, quel doit être le niveau de décision idéal pour décider de l'action publique en France ?

Enchevêtrement des compétences

Mais il est frappant de constater que, quelle que soit la catégorie sociodémographique ou politique que l’on interroge, le niveau de décision idéal est particulièrement difficile à situer, signe certainement de la difficulté qu’éprouvent les Français à s’y retrouver dans le mille-feuille territorial que constituent aujourd’hui les nombreux sièges du pouvoir administratif et politique.

L’objectif d’une simplification dans cet enchevêtrement complexe de niveaux de décision apparaît d’ailleurs comme la première des mesure que les Français souhaiteraient prendre en vue de rendre l’action publique plus efficace : 48 % des interviewés évoquent en effet la suppression des doublons de compétences entre l’État et les collectivités locales. La réforme des collectivités locales pointe ensuite en deuxième place : 28 % souhaitent qu’on leur accorde plus de moyens financiers (gageons qu’il s’agit ici, dans l’esprit des personnes interrogées, plutôt des dotations de l’État, et non des ressources fiscales des collectivités), 17 % appellent de leurs vœux une fusion des niveaux de collectivités locales, et 15 % veulent que l’on réduise les normes et règlements qui leur sont applicables.

EY - Parmi les mesures suivantes, lesquelles faudrait-il prendre, selon vous, pour rendre l'action publique locale plus efficace ?

On relèvera que sur ces questions, les clivages sont moins politiques que sociologiques. Ainsi, quand les CSP + (professions libérales et cadres supérieurs) sont plus nombreuses à viser une certaine forme de rationalisation de l’action publique, les personnes âgées, elles, se situent très nettement (à 63 %) sur la suppression des doublons entre l’État et les collectivités.

Damien Philippot,
directeur adjoint du département “Opinion et stratégies d’entreprise” de l’Ifop

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L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 5 juin 2015.