L’expertise d’EY

Développement économique : le grand chambardement

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Malgré un léger infléchissement prévu en 2018, la France a bel et bien retrouvé le chemin de la croissance et, avec elle, une attractivité et une confiance vivifiées. Cette amélioration de la conjoncture ouvre une période de forte activité pour les entreprises, que ce soit dans la modernisation de leurs organisations, la conquête de nouveaux marchés, l’innovation et l’investissement, dans un contexte d’automatisation des tâches et de circulation instantanée des technologies.

Parallèlement, l’action publique vers les entreprises est à la fois en transition et sous tension. La maîtrise de la dépense publique touche aussi le développement économique. La concentration des parties prenantes est en route, principalement vers les régions et les EPCI. De nouveaux opérateurs nationaux s’affirment (comme BPIFrance ou la Banque des territoires promue par la Caisse des dépôts) pendant que se réduit le rôle des organisations consulaires, des départements et de leurs satellites locaux.

Ce sondage pour l’Observatoire des politiques publiques renvoie l’image d’un écosystème à la recherche d’une nouvelle façon de faire du développement économique. Le jugement porté sur l’efficacité de l’État et des acteurs locaux est mitigé mais surtout… interrogatif. La question des moyens budgétaires, souvent au cœur des débats, n’est qu’en troisième position des obstacles et les répondants semblent attendre une nouvelle manière de piloter et d’exécuter l’action économique. Ils ne remettent pas tant en cause la compétence des agents ni des politiques que la multiplicité des intervenants et, notons-le, l’insuffisance du soutien à l’innovation.

Pour être plus efficaces, tous les acteurs s’interrogent légitimement sur les modalités d’intervention de proximité : regroupement de structures issues des premiers temps de la décentralisation, réforme des aides économiques aux entreprises, développement de marques territoriales communes, réduction de la traditionnelle approche sectorielle pour mieux embrasser les grandes transitions mondiales.

Qu’attendent de plus les entreprises au quotidien ? D’abord, de l’agilité et de la simplicité, car les dirigeants des entreprises reconnaîtront d’autant plus l’action économique qu’ils auront face à eux des interlocuteurs ensembliers et réactifs plutôt qu’une myriade d’intervenants. Et des acteurs publics qui jouent leur rôle – accompagner les investissements de long terme, préparer les territoires au besoin de nouvelles compétences, mettre en place des infrastructures modernes et compétitives. L’aménagement offre l’exemple de cette nouvelle exigence, à l’heure où l’économie du partage s’impose pour un usage plus hybride, ouvert et éphémère.

Les mutations du monde économique et la raréfaction des ressources publiques génèrent aussi une nouvelle forme de relation public-privé, qui puisse agir en temps réel, réinventer l’offre de services, s’adapter au mieux à la compétition entre territoires. Selon une récente enquête du CNER (fédération des agences de développement économique), la proportion de présidents d’agences de développement issus du monde de l’entreprise est passée de 17 à 30 % entre 2012 et 2018. Signe que les temps changent, avec un besoin de priorités plus resserrées, plus opérationnelles, au retour sur investissement plus tracé.

La transformation de l’action économique n’est peut-être nulle part aussi impérative que dans le financement des projets, dont le mot d’ordre est désormais « effet de levier ». Quels que soient les domaines d’accompagnement, les projets ne peuvent plus compter pour une part importante sur les moyens financiers de l’État et des collectivités. L’expérimentation menée dans certaines régions montre que celles-ci doivent considérablement accentuer leurs efforts dans la recherche de fonds privés, voire de financements européens. Bientôt, le succès d’une politique de développement économique se mesurera à l’aune de sa capacité à réaliser davantage de projets qualitatifs pour un même montant d’investissement public.

Enfin, la course à l’innovation n’est plus simplement l’affaire des entreprises, mais aussi celle de l’acteur public : les collectivités, l’État et leurs opérateurs sont de plus en plus amenés à concevoir, financer, produire et communiquer différemment. Par exemple, les réseaux sociaux sont devenus un moyen de contact incontournable et leur taux d’utilisation par l’acteur public se rapproche de celui des entreprises (87 %).

Efficacité, innovation, différenciation pour fabriquer de la croissance, des projets, de l’emploi… Les attentes des acteurs économiques rejoignent celles des citoyens et des acteurs publics. Ce sont les exigences d’un développement assumé et partagé, dans un monde qui change. Un monde où les mutations économiques, sociétales et technologiques s’accélèrent et où les transformations qu’elles entraînent nécessitent plus que jamais une action publique rénovée. À cette condition, la France et ses territoires ont toutes les cartes en main pour confirmer le nouvel élan du pays et accompagner sa transformation économique.

Marc Lhermitte,
associé EY, responsable du secteur public