Observatoire des politiques publiques

Les Français poussent les pouvoirs publics à s’appuyer sur l’économie sociale et solidaire

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Une large majorité des personnes interrogées par l’Ifop pour EY et Acteurs publics considère que les collectivités locales devraient investir dans le développement de l’économie sociale et solidaire et incite les pouvoirs publics à favoriser l’ESS dans le cadre des marchés publics.


Concilier utilité sociale et performance économique

Anne Ramonda, senior manager EY, département “Économie sociale et solidaire”
Philippe-Henri Dutheil, associé EY Société d’avocats, ancien bâtonnier, département “Économie sociale et solidaire”

Relativement mal connue du grand public, l’économie sociale et solidaire (ESS) bénéficie cependant d’un a priori plutôt positif, notamment s’agissant de sa contribution potentielle à la réduction du chômage. Invités à donner une note de 1 à 5 pour évaluer le vivier d’emplois que l’ESS recèle, les interviewés s’accordent sur une note moyenne de 2,7. L’optimisme est plus fort à gauche qu’à droite, mais relativement élevé dans toutes les couches de la population. 

L’engouement est réel, dans la mesure où 51 % des personnes interrogées déclarent qu’elles pourraient envisager demain de travailler dans ce secteur. Ce pourcentage moyen varie bien entendu considérablement selon la situation personnelle. On note ainsi que les plus jeunes, en particulier la tranche d’âge des 25-34 ans, encore en phase de construction de leur carrière professionnelle, sont les plus nombreux à imaginer une telle orientation (63 %), les seniors n’étant toutefois pas en reste. Il est frappant de constater que l’intérêt pour l’ESS touche quelle que soit la profession, en se hissant à un plus haut niveau pour des CSP se situant aux deux extrémités de l’échelle.

Les raisons motivant une possible carrière dans l’ESS sont clairement visibles : les personnes intéressées citent en effet à 61 % le fait d’appartenir à une entreprise qui répartit équitablement les richesses. À ce besoin de justice sociale au sein de l’entreprise, s’ajoute une autre dimension : 51 % des interviewés évoquent l’envie de donner plus de sens à leur travail. 

Collectivités invitées à investir

L’engouement pour l’ESS, répondant à l’intérêt bien compris du salarié qui pourrait y faire carrière, se traduit également par une adhésion forte à son développement, via le soutien des autorités publiques. Une large majorité des personnes interrogées considère ainsi que dans les territoires, les collectivités locales devraient investir dans le développement de l’ESS (82 %), que l’État et les collectivités seraient bien inspirés de favoriser l’ESS dans le cadre des marchés publics (79  %) ou encore que ces mêmes acteurs devraient déléguer à l’ESS certaines missions de service public (73 %), cette dernière hypothèse se trouvant néanmoins en léger retrait et bénéficiant d’un soutien moins catégoriquement affirmé. 

Pour terminer, invités à évoquer les domaines particuliers pour ­lesquels le secteur public devrait davantage s’appuyer sur l’économie sociale et solidaire, les répondants se montrent assez partagés. Une petite prime est néanmoins donnée à quatre d’entre elles : la santé (citée par 41 % des interviewés), le développement durable (35 %), l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche (35 %) et la cohésion sociale (32 %). Plus audacieux, le choix de la banque, l’assurance n’est fait que par 13 % des personnes interrogées, celui de
la culture par 8 %.

Quand bien même elles sont relativement éclatées, les réponses traduisent dès lors une certaine forme de réticence quant à une extension large des champs d’application de l’ESS et une volonté de continuer à la voir se développer dans des missions qui paraissent en phase avec les orientations originelles la caractérisant.

Damien Philippot,
directeur des études politiques au département “Opinion et stratégies d’entreprise” de l’Ifop

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Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 1 009 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 11 au 13 février 2015.

Article publié dans ACTEURS PUBLICS, N°93, MARS 2015.