Observatoire des politiques publiques

Sondage exclusif : 8 Français sur 10 inquiets pour l’avenir de leur protection sociale

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Alors que le PLFSS 2016 est examiné par le Sénat, plus de 8 personnes sur 10 interrogées par l’Ifop pour Acteurs publics et EY sont inquiètes pour les retraites, la prise en charge des frais de santé et le financement de la dépendance. Mais seule une minorité se dit prête à voir les prestations baisser ou à cotiser plus…

Les chantiers à ouvrir pour réformer notre protection sociale

Hervé de la Chapelle, Associé EY en charge du secteur de la protection sociale

Alors que le déficit de la Sécurité sociale devrait quelque peu se réduire cette année, tout en restant tout de même très élevé (12,8 milliards d’euros environ), les Français font montre d’une inquiétude forte concernant l’avenir des différents piliers de la protection sociale. C’est d’abord le paiement des retraites qui suscite des craintes : 89 % des personnes interrogées se disent inquiètes à ce sujet, dont plus d’une sur deux (56 %) “très inquiètes”. Il n’y a guère que chez les actuels pensionnés que l’on relève un niveau d’inquiétude légèrement inférieur (82 %, dont 49 % de “très inquiets”), mais toutefois nettement majoritaire.

La prise en charge des frais de santé constitue la deuxième source d’appréhension pour les interviewés (83 % sont inquiets), juste avant le financement et l’accompagnement de la dépendance (80 %). Quand bien même les craintes refluent un peu pour les autres piliers testés, le taux d’inquiets ne descend jamais en-dessous de 60 %.

Il est frappant de constater que sur l’ensemble des dimensions, les clivages générationnels, professionnels ou même politiques opèrent peu, signe d’un sentiment diffus et général traversant toutes les strates de la population. On relève néanmoins des pointes d’anxiété chez deux publics particuliers : les 35-49 ans, strate générationnelle la plus confrontée aux difficultés actuelles de pouvoir d’achat, et les sympathisants du FN.

Net rejet de la TVA sociale

Faisant preuve d’un regard particulièrement pessimiste, les interviewés s’avèrent dans le même temps peu disposés à consentir quelque sacrifice que ce soit s’agissant des prestations reçues dans le cadre de la protection sociale, ou encore des augmentations de cotisations envisageables. S’il existe quelques différences d’appréciation entre les plus âgés et les plus jeunes (ces derniers semblant moins disposés à faire des concessions, s’agissant notamment des prestations familiales), les réponses varient surtout selon la catégorie socioprofessionnelle des interviewés.

Ainsi, on relève qu’une majorité des cadres supérieurs et professions libérales accepteraient une baisse des prestations familiales et des allocations chômage ; pour les autres dimensions testées, à l’exception de la baisse des pensions, les CSP + apparaissent aussi plus disposées à faire des concessions que les CSP -, tout en y restant majoritairement opposées.

Au-delà de ces premiers éléments de réforme, d’autres pistes – qui consisteraient en une refonte plus globale du système de protection sociale français – rencontrent des niveaux d’adhésion très variables. Une nette majorité se dégage d’abord pour une fusion de tous les régimes de protection. L’idée d’assujettir certains remboursements à la vérification a posteriori de l’efficacité sur la situation du bénéficiaire séduit 68 % des interviewés. L’abandon du principe d’universalité des prestations familiales, quant à lui, partage l’opinion : 55 % s’y déclarent favorables, et 45 % s’y opposent (l’adhésion se révélant plus forte parmi les proches de la droite). La remise en cause du principe de solidarité nationale, en laissant la possibilité de se désengager de la protection sociale obligatoire par le recours à un système privé, se voit soutenue par 44 % seulement des personnes interrogées, et nettement plus dans les rangs de la droite (56 %) que dans ceux de la gauche (32 %). Enfin, la TVA sociale continue d’être massivement rejetée : 36 % seulement soutiennent cette mesure, 64 % s’y opposant ; on note que cette mesure suscite l’opposition dans toutes les catégories de population, même parmi les proches de la droite.

Damien Philippot,
directeur adjoint du département “Opinion et stratégies d’entreprise” de l’Ifop

Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 992 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 7 au 10 octobre 2015.

Article publié dans ACTEURS PUBLICS, Novembre 2015.