L’expertise d’EY

Accélérer la transformation digitale des acteurs publics

Observatoire des politiques publiques

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La nouvelle approche du numérique doit s’articuler désormais autour d’un projet économique et non plus d’un simple projet de simplification.

Les initiatives publiques autour du digital se sont récemment multipliées. L’enjeu est désormais d’en accélérer le rythme et la diffusion interne pour obtenir un impact économique à la mesure des attentes publiques et privées.

En effet, le potentiel du digital et son impact sur les services publics a totalement explosé en quelques années.

Aujourd’hui, les projets d’une entreprise telle que Google touchent l’ensemble des activités économiques, y compris des projets qui prêtaient à sourire il y a quelques années (logement intelligent, voiture sans chauffeur) et qui se concrétisent à une vitesse stupéfiante. Le numérique est devenu un ensemble de technologies, d’outils et de services de données qui pénètre tous les aspects des politiques publiques.

Pour prendre l’exemple d’une commune, il impacte désormais bien plus que l’administration de la ville (dématérialisation des échanges et open data) mais tout autant l’urbanisme (bâtiments intelligents), les transports (gestion des déplacements interactive), le développement économique (le numérique pèse 5,5 % du PIB), l’éducation (diffusion d’outils pédagogiques numériques et de nouveaux modes d’apprentissage).

C’est pourquoi les attentes des citoyens vis-à-vis du numérique public ont profondément évolué dans leur nature.

La question de l’accessibilité à Internet a occupé pendant longtemps le débat public et les discussions sur les besoins de financement public.

Aujourd’hui, les Français sont des citoyens connectés (83 % d’internautes y passant 4 heures par jour) et des citoyens actifs qui testent leur pouvoir de recommandation, qui communiquent instantanément, créant des volumes de données qui représentent un trésor pour les entreprises.

Surtout, ils sont avides de nouveaux services digitaux, tels que les start up les proposent aujourd’hui. En effet, en proposant des applications simples et ergonomiques, valorisant des actifs individuels, elles transforment la manière de voir le marché, comme Airbnb ou Uber. Ce mouvement reste difficilement prévisible : nous connaissons seulement 5 % des objets connectés qui existeront dans dix ans et il en va de même de leurs usages.

L’intérêt des décideurs publics pour le digital et leur connaissance des enjeux technologiques ont beaucoup progressé.

Heureusement, le temps des pionniers du secteur public en ligne et de la ville connectée est passé. Les plans et les moyens affectés se sont développés, au niveau national (stratégie numérique du gouvernement, plan France Très Haut Débit) et local (schémas directeurs du numérique dans les universités, initiatives smart cities, French Tech, etc.).

Désormais, les acteurs publics multiplient les projets liés au digital, irriguant des domaines jusqu’ici peu concernés, tels que le logement social (plates-formes de location de parkings, voire d’échanges de logements entre locataires). Mais leur nouvelle approche du numérique doit s’articuler désormais autour d’un projet économique et non plus d’un simple projet de simplification.

Tout d’abord, le digital peut être un outil d’optimisation de la dépense publique, dans un contexte où tous les acteurs sont confrontés à la diminution des dotations de l’État. Cet axe est d’ailleurs conforté par le sondage Ifop, qui montre qu’il s’agit pour les Français de la première des priorités pour les villes connectées. La dématérialisation des processus en est le socle, mais nécessite des dépenses en systèmes d’information souvent incontournables.

Il repose ensuite sur une politique d’innovation publique-privée, articulée autour d’écosystèmes publics (notamment dans le domaine de la formation et de la recherche) autour du tissu économique, multipliant les incubateurs et les projets communs avec les start up, à tous les niveaux, dans les territoires (métropoles French Tech notamment) ou au niveau central (comme le hub Caisse des dépôts).

Il s’appuie enfin sur de nouveaux services répondant aux attentes des usagers. C’est d’ailleurs là une des difficultés des personnes publiques confrontées à cette problématique, puisqu’elle implique de partir du parcours de l’usager pour repenser le service public (à l’instar des programmes de simplification SGMAP, comme “Dites-le nous une fois”). Elle nécessite aussi de mobiliser des compétences publiques encore rares, tels que des data scientists.

Le risque est aujourd’hui de conserver une approche du digital trop partielle, qui se concentrerait sur les administrations centrales ou les grandes métropoles et toucherait trop peu les politiques publiques alors qu’il s’agit d’une opportunité de modernisation (pour l’éducation et la santé notamment).

Dans cet environnement fait d’incertitudes, l’accélération de la digitalisation sera un marqueur de l’audace des dirigeants publics.


Guéric Jacquet,
directeur associé EY, Stratégie secteur public