Observatoire des politiques publiques

Sondage exclusif : l’effet COP21 est retombé comme un soufflé dans l’opinion

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La COP21 est bien derrière nous. Les Français interrogés par l’Ifop ne sont pas plus sensibles aux questions environnementales qu’avant la conférence internationale de décembre 2015. Difficile aussi de hiérarchiser les enjeux en la matière, selon un sondage Acteurs publics-EY réalisé pour l’Observatoire des politiques publiques.

Les espoirs de l’après-COP21

Alexis Gazzo, associé EY, Cleantech & Sustainability

À en croire les interviewés du dernier sondage Ifop pour Acteurs publics et EY, la COP21 n’aurait eu que peu d’effet sur le niveau de préoccupation des Français quant à l’environnement. Ainsi, 20 % d’entre eux seulement considèrent que nos compatriotes seraient davantage préoccupés par les questions environnementales, 73 % considérant qu’il n’y aurait pas de changement par rapport à l’avant-COP21 et 7 % allant même jusqu’à dire qu’ils seraient moins préoccupés par ces questions qu’auparavant. Ces résultats sont particulièrement homogènes dans toutes les catégories de la population et l’on est frappé par l’absence de clivages entre les générations, les CSP ou encore les différents niveaux d’éducation. Tout au plus relève-t-on une légère différence d’approche en fonction de la sympathie partisane, les proches de la gauche étant plus nombreux que ceux de la droite à considérer que les Français seraient devenus plus préoccupés par les enjeux écologiques.

EY - Sondage exclusif : l’effet COP21 est retombé comme un soufflé dans l’opinion

Cette relative indifférence aux questions environnementales qui toucherait les Français, à en croire ceux qui ont été interrogés, se double d’une véritable difficulté, au sein de l’opinion, à hiérarchiser les enjeux en matière environnementale. Questionnés sur ce que devraient être les priorités d’action de la France en matière d’environnement, les Français donnent des réponses extrêmement dispersées, aucune des thématiques ne recueillant les suffrages de plus d’un Français sur trois. Ainsi, trois domaines se trouvent au coude à coude parmi les priorités les plus souvent citées : le développement des énergies renouvelables (34 %), la lutte contre les pesticides (32 %) et celle contre la pollution atmosphérique (32 %).

Peu de clivages

Derrière ces enjeux, figurent des préoccupations de l’opinion – la maîtrise du pouvoir d’achat, la sécurité alimentaire et la santé –, toutes aujourd’hui si importantes dans l’esprit des Français qu’elles ne permettent pas de fixer une véritable priorité qui dominerait les autres. La protection des océans (24 %) et le développement des villes intelligentes dans le domaine de l’environnement (22 %) ferment le top 5 des priorités des personnes interrogées. Une fois encore, les résultats frappent par leur uniformité au sein de la population, quelques différences apparaissant néanmoins selon l’âge des répondants. Ainsi, les plus âgés se montrent sensiblement plus préoccupés que les plus jeunes par la lutte contre la pollution atmosphérique (39 % chez les plus de 65 ans) et surtout par celle contre les pesticides (41 %, alors que ce thème n’arrive qu’en sixième position chez les 18-24 ans avec 19 % seulement des mentions).

EY - Sondage exclusif : l’effet COP21 est retombé comme un soufflé dans l’opinion

Les jeunes générations paraissent quant à elles davantage soucieuses d’assister au développement des « villes intelligentes » ou encore de la protection de la biodiversité. Du point de vue politique, la hiérarchisation des priorités varie peu entre les sympathisants de droite et de gauche, même si ces derniers placent le développement des énergies renouvelables plus nettement en tête de leurs priorités (39 %) que les premiers. La protection des océans est en revanche plus souvent citée à droite qu’à gauche.

Priorités difficiles à cerner

L’imperméabilité supposée des Français aux enjeux de la COP21, leurs difficultés à établir des priorités en matière d’action publique n’empêchent pas une disposition très majoritaire à prendre en compte l’engagement environnemental d’une marque dans l’acte d’achat. Ainsi, il arrive à 89 % des personnes interrogées de tenir compte de ce critère dans leur choix en tant que consommateurs. Ce chiffre global doit être nuancé par le fait que “seuls” 37 % le font vraiment régulièrement (dont 6 % toujours). Les réponses sont une fois encore remarquablement homogènes, selon l’âge ou la CSP par exemple. Les sympathisants de gauche apparaissent cependant un peu plus nombreux (46 %) à tenir compte “souvent” ou “toujours” de ce critère que ceux de droite (32 %).

EY - Sondage exclusif : l’effet COP21 est retombé comme un soufflé dans l’opinion

Damien Philippot,

Directeur adjoint du département “Opinion et stratégies d’entreprises” de l’Ifop

Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 2 016 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 12 au 15 avril 2016.

Article publié dans ACTEURS PUBLICS, Mai 2016