Observatoire des politiques publiques

Sondage exclusif : les Français accordent une très large confiance aux régions

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Une majorité des personnes interrogées par l’Ifop pour Acteurs publics et EY sont favorables au transfert de nombreuses compétences exclusives aux régions. Le doute reste élevé quant à l’efficacité de la nouvelle organisation territoriale et sur le périmètre des nouvelles collectivités.

 

Les Français ont-ils raison de faire confiance aux régions ?

Nathalie van Vliet Nivelon, associée EY en charge du secteur public

Alors que les nouvelles assemblées issues du scrutin de décembre dernier sont en train de s’installer et que les contours redessinés des ensembles régionaux conduisent à un important travail de réorganisation et de mutualisation, l’enquête Acteurs publics/EY, réalisé par l'Ifop, pour l’Observatoire des Politiques Publiques, sur les compétences que les Français souhaitent voir accorder aux régions traduit un véritable enthousiasme. Cet enthousiasme est peut-être lié aux intenses débats politiques ayant précédé la naissance de ces nouveaux territoires et ayant animé les récentes élections régionales.

Le premier indicateur de cet engouement pour les régions tient à la part importante (30 %) de personnes interrogées qui citent la région comme étant l’échelon auquel elles font le plus confiance pour assurer le développement économique des territoires et l’emploi. La région arrive ainsi en tête devant les intercommunalités (24 %) et loin devant deux autres échelons de proximité pourtant en général appréciés des Français (départements et communes, mentionnés par respectivement 19 % et 16 %), l’État n’étant quant à lui évoqué que par 11 % des répondants. Nuançons ce résultat en relevant tout de même l’éclatement des réponses et en rappelant que le développement économique est déjà largement associé par les Français aux compétences de la région.

 

EY - Sondage exclusif : les Français accordent une très large confiance aux régions

 

Transports, tourisme, routes…

Les résultats de l’enquête sont particulièrement encourageants pour la région quand il s’agit pour les interviewés de dire ou non leur confiance en la région pour qu’elle soit la seule à exercer des compétences, domaine d’action par domaine d’action.

Il est d’abord frappant de constater que pour tous les secteurs de l’action publique envisagés, une majorité se dessine en faveur d’une attribution exclusive des compétences à la région ! Les meilleurs scores sont enregistrés au niveau des compétences qui, dans l’imaginaire collectif, relèvent le plus d’une action territoriale ciblée, ou encore qui appartiennent déjà aux prérogatives des conseils régionaux : mobilité et transports (84 % de confiance), tourisme (82 %), aménagement du territoire (81 %), ou encore routes et voiries (80 %).

 

EY - Sondage exclusif : les Français accordent une très large confiance aux régions

 

À l’inverse, les domaines pour lesquels les niveaux de confiance sont les plus faibles sont ceux qui appartiennent davantage aux domaines régaliens d’intervention de l’État ou à ceux pour lesquels un risque d’inégalité de traitement entre les territoires –et donc entre les Français – pourrait être identifié : sécurité, 60 %, solidarité, 64 %, santé, 57 %. Sur ce sujet, les clivages politiques s’estompent, le clivage générationnel apparaissant en revanche toujours pertinent. Les plus jeunes, s’agissant notamment des domaines d’action économique, comme l’emploi, la formation professionnelle, ou encore la recherche, font montre d’une méfiance bien plus élevée à l’encontre de la région que leurs aînés.

Éloignement et enclavement

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant de noter que les personnes interrogées sont systématiquement nombreuses à envisager un transfert des compétences actuellement détenues par différents échelons à la région : 78 % estiment ainsi que celles des départements pourraient aller à la région, 68 % faisant le même raisonnement pour les compétences de l’État ou des intercommunalités. Le taux le plus bas concerne les compétences de la commune, transférables pour 58 % des interviewés. Mais, pour chaque niveau, la part des personnes souhaitant une attribution de l’ensemble des compétences (réponses “oui, totalement”) reste très minoritaire : c’est donc un transfert partiel qui est à chaque fois souhaité par les Français.

 

EY - Sondage exclusif : les Français accordent une très large confiance aux régions

 

Dernier enseignement, et non des moindres, de cette enquête : les conséquences directes de la création des grandes régions en ce début d’année telles qu’elles sont perçues par les Français témoignent de la grande prudence de la population face à un possible renforcement du poids politique des régions. Ainsi, 77 % des répondants craignent un éloignement des capitales régionales par rapport aux territoires ruraux ou enclavés, signe d’une inquiétude toujours très prégnante quant à la relégation de territoires au sein de la République. Une part tout aussi significative (71 %) pointe la création de territoires sans grande cohérence, difficilement gérables. Près de deux personnes sur trois (63 %) envisagent en outre le danger d’une concurrence avec les nouvelles métropoles.

 

EY - Sondage exclusif : les Français accordent une très large confiance aux régions

 

Manifestement, si les Français font a priori plutôt confiance à l’échelon régional pour tenter de (mieux) régler certains problèmes que les autres niveaux, le doute reste élevé quant à l’efficacité de la nouvelle organisation territoriale pour ce faire, dans un contexte de forte défiance face à la capacité des acteurs publics en général à améliorer le sort du pays et de ses habitants.

Damien Philippot,
directeur adjoint du département “Opinion et stratégies d’entreprise” de l’Ifop

Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 955 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 26 au 28 janvier 2016.

Article publié dans ACTEURS PUBLICS, Mars 2016