Observatoire des politiques publiques

Sondage exclusif : pour 8 Français sur 10, la politique de réforme de l’État est insuffisante et inefficace

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Une très large majorité des personnes interrogées par l’Ifop juge durement l’action du gouvernement en matière de réforme de l’État. Parmi les priorités des Français, figurent le renforcement de la compétitivité des entreprises et les économies budgétaires.

Réforme de l’État : le temps d’accélérer

Arnauld Bertrand, associé, responsable des activités secteur public France, Luxembourg, Maghreb

Invités à juger l’action du gouvernement en matière de réforme de l’État, les Français interrogés expriment à la fois leur impatience et leur déception. En effet, 20 % seulement considèrent que l’action menée est suffisante, signe d’une appétence réelle pour une plus grande transformation de l’appareil administratif et politique français. Il n’y a guère que les sympathisants socialistes pour nuancer quelque peu leur jugement (38 % estiment l’action du gouvernement suffisante contre 20 % en moyenne), l’insuffisance de la réforme de l’État étant pointée dans toutes les catégories de la population. Le mécontentement des interviewés ne concerne pas uniquement le rythme de l’action gouvernementale, mais aussi ses résultats : une toute petite part de l’opinion seulement (18 %, et 42 % au PS) juge la politique du gouvernement efficace dans ce domaine.

En attente d’une accélération dans la réforme de l’État et de résultats plus tangibles, les Français parviennent toutefois difficilement à s’accorder sur des priorités clairement identifiables, preuve s’il en fallait une que les espoirs concernent de nombreux domaines d’intervention de l’État et des collectivités. Trois axes sont néanmoins évoqués par plus d’un interviewé sur trois. Il s’agit d’abord du renforcement de la compétitivité des entreprises via une baisse des charges, accompagné d’une réforme du droit du travail et d’une simplification réglementaire (44 % de citations) puis de la réalisation d’économies budgétaires (44 % également). Ces deux premières orientations traduisent de toute évidence un souhait d’allègement, voire de désengagement de l’État, dont on peut sans difficulté considérer qu’il est motivé par la conviction que cela aiderait à la reprise économique.

Consensus sur les économies budgétaires

Notons que si l’objectif de compétitivité est moins cité par les proches de la gauche que par ceux de la droite, la réalisation d’économies budgétaires l’est tout autant quelle que soit la sympathie partisane, ce qui traduit le caractère relativement consensuel de cette attente dans l’espace politique. Il en va très différemment pour la troisième des priorités identifiées, beaucoup moins compatible avec la baisse de la dépense publique, à savoir la consolidation de notre système de santé (mentionnée au global par 37 % des répondants). Réforme du système éducatif (31 % de mentions) et action en faveur de l’innovation et de l’investissement (28 %) complètent le top 5 des mesures attendues des Français.

Si les attentes du public s’agissant des objectifs de la réforme de l’État se montrent relativement diffuses et souvent segmentées, les opinions s’avèrent nettement plus tranchées concernant la méthode. Le recours au peuple apparaît opportun à une nette majorité de personnes interrogées (57 % souhaitent en effet un référendum sur la réforme de l’État), loin devant d’autres leviers d’action plus institutionnels

(la consultation des collectivités locales ou le pilotage par le président de la République sont rarement retenus, une éventuelle administration interministérielle ou un portefeuille ministériel dédié le sont encore moins). Relevons pour terminer, et pour faire écho à l’impatience de l’opinion évoquée plus haut, que 43 % des Français interrogés demandent tout simplement une plus grande volonté de réformer et une plus forte capacité à arbitrer. En somme, la fin des tergiversations.

Damien Philippot, directeur adjoint du département “Opinion et stratégies d’entreprise” de l’Ifop

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Sondage Acteurs publics/EY réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 982 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 8 au 10 avril 2015.