Observatoire des politiques publiques

Sondage exclusif : plus d’un Français sur 2 juge la dépense publique trop élevée

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Une majorité des personnes interrogées par l’Ifop pour Acteurs publics et EY souhaite que la gestion des deniers publics soit mieux contrôlée et que les politiques publiques soient mieux évaluées.

Alors que le débat sur le poids de la dépense publique en France devrait être l’un des sujets importants de la campagne présidentielle de 2017, une courte majorité (51 %) des personnes interrogées par l’Ifop pour Acteurs publics et EY considère que le niveau de dépenses publiques en France a atteint un niveau trop important, 20 % estimant qu’il est « comme il faut ». À l’inverse, 29 % le jugent « pas assez important ».

Quelques grands principes pour contribuer à une maîtrise éclairée de la dépense

Nathalie van Vliet, associée responsable « secteur public » et Philippe Rambal, associé responsable « modernisation de la gestion comptable et financière publique »

Ces résultats globaux cachent de fortes disparités d’appréciation générationnelles et politiques. Il apparaît en effet d’abord que plus on progresse en âge, plus on porte un jugement sévère sur la dépense publique : de trop importante pour 38 % des plus jeunes (37 % la jugeant insuffisante) jusqu’à 58 % pour les plus âgés. Du point de vue des attaches partisanes ensuite, les proches de la gauche se partagent en trois groupes presque égaux : 37 % réclament moins de dépenses, 35 % davantage, quand 28 % se satisfont de la situation actuelle. À droite, les opinions sont nettement plus tranchées, 65 % regrettant le niveau trop élevé des dépenses publiques.

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Dans ce cadre, il semble difficile pour les Français de déterminer qui utilise le mieux l’argent public : 37 % citent les hôpitaux publics, 33 % les collectivités locales, l’État et les organismes de Sécurité sociale ayant moins bonne presse, avec respectivement 20 et 10 % de citations. Il n’y a guère ici de fracture selon l’âge ou la ligne politique. Cette hiérarchisation, fragile, s’explique certainement par la récurrence médiatique des critiques contre la gestion de l’État ou encore de celles adressées à la gestion des fonds sociaux en France (le « trou de la Sécu » étant, depuis des années, montré du doigt), quand l’hôpital et les collectivités apparaissent aux yeux de l’opinion publique comme des institutions régulièrement soumises à des restrictions budgétaires ou sommées de rationaliser leurs finances.

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S’il est difficile aux interviewés de tresser des lauriers de bonne gestion, les leviers d’action pour une plus grande efficacité de la dépense publique semblent plus facilement identifiés. Deux mesures recueillent en effet l’adhésion d’une part importante des personnes interrogées : mieux contrôler la dépense publique par le biais du Parlement et de la Cour des comptes (52 % de citations au total), et mieux évaluer les politiques publiques, arrêter ou revoir celles qui ne fonctionnent pas (51 %). Il est frappant de constater, en dépit des nombreuses propositions faites en ce sens, que la limitation du statut de fonctionnaire à certaines fonctions, si elle se classe en troisième position, ne recueille que 29 % de mentions. C’est d’ailleurs sur ce dernier sujet que les oppositions politiques sont les plus fortes : cette mesure est en effet souhaitée par 37 % des proches de la droite, et seulement par 17 % des sympathisants de gauche.

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Mais dans les deux camps politiques, l’idée d’un contrôle (politique et juridictionnel) ou d’une plus grande évaluation domine largement, signe que les évolutions déjà engagées ces dernières années quant à l’observation et la rationalisation des comptes publics continuent d’être encouragées par les Français.

S’agissant, pour terminer, des secteurs d’intervention publique dans lesquels il apparaît prioritaire d’améliorer l’efficacité, les avis sont là aussi très partagés. Quelques domaines recueillent toutefois un niveau élevé de citations : la santé publique (mentionnée au total par 49 % des répondants), les politiques de l’emploi (44 %) ou encore l’éducation (38 %). Prenons garde ici à ne pas commettre d’erreur d’analyse : il n’est guère crédible que les interviewés attendent un reflux de l’intervention de l’État ou des collectivités dans ces secteurs, dont on sait qu’ils sont à leurs yeux des domaines où l’action publique est la plus souhaitée et la plus attendue ; il est en revanche hautement probable qu’ils attendent, au nom justement de l’importance qu’ils y accordent, que l’investissement public dans ces domaines se traduise par de meilleurs résultats, au regard de l’importance des sommes dont ils savent qu’elles sont engagées par les pouvoirs publics.

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Damien Philippot,
directeur adjoint du département « Opinion et stratégies d’entreprises » de l’Ifop

Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 1 005 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted Web Interviewing) du 30 mai au 1er juin 2016.

Article publié dans ACTEURS PUBLICS, Juillet 2016