7 minutes de lecture 28 mars 2019
Canoéistes sur fond de soleil couchant à Toronto.

Comment les nouvelles possibilités liées au système bancaire ouvert peuvent réussir au Canada.

Auteurs

Abhishek Sinha

Associé, Services consultatifs en technologies et Services consultatifs au secteur des services financiers, EY Canada

Leader senior spécialiste de l’incidence transformationnelle des technologies dans divers secteurs. Rêveur. Visionnaire. Père.

Anthony Rjeily

Services consultatifs d’EY Canada – Leader national, Transformation numérique et innovation

Leader, Transformation numérique Reconnu pour établir des relations de confiance avec les clients et les membres de l’équipe. Voyageur. Il aime passer du temps avec son épouse et ses cinq enfants.

7 minutes de lecture 28 mars 2019

Le système bancaire ouvert progresse continuellement. Les initiatives novatrices et l’adoption du numérique pourraient accélérer l’offre d’une valeur accrue aux clients.

Cet article fait partie de notre indice des possibilités du système bancaire ouvert.

Le système bancaire ouvert progresse lentement mais de façon constante au Canada. Les grandes banques ont lancé des initiatives pour étudier les possibilités offertes par le système bancaire ouvert et utilisent des interfaces de programmation d’application (API) pour faire équipe avec des entreprises de technologie financière afin d’offrir de nouveaux produits. Le ministère des Finances du Canada a mis sur pied en septembre 2018 un Comité consultatif sur un système bancaire ouvert chargé d’explorer le potentiel et les pièges d’un système bancaire ouvert pour les consommateurs. Le comité a publié un document de consultation en janvier 2019, qui présentait les avantages et les risques potentiels d’un système bancaire ouvert. La consultation élargie auprès des parties prenantes qui suit débouchera probablement sur l’adoption de mesures législatives dans un avenir proche.

Pour accomplir des progrès considérables dans la mise en œuvre d’un système bancaire ouvert au Canada, et commencer à offrir une plus grande valeur aux consommateurs, les banques devront tenir compte de trois étapes clés.

  1. Coordonner leurs initiatives internes par l’intermédiaire soit d’un groupe sectoriel soit des organismes de réglementation afin de favoriser l’émergence de normes cohérentes.
  2. Adopter une approche ouverte pour stimuler l’innovation d’échelle et offrir des conditions équitables à tous les participants par rapport à l’approche actuelle du « jardin clos ».
  3.  Encourager de manière proactive l’adoption du numérique chez les consommateurs.

Il reste à voir dans quelle mesure les banques seront proactives, d’autant plus que la plupart des consommateurs ne réclament pas ces services, du moins pas encore. Mais les banques seraient bien avisées de faire progresser l’initiative, sinon elles risquent de se faire rattraper par de nouveaux concurrents qui émergent rapidement de l’intérieur et de l’extérieur du secteur.

Pour l’instant, le secteur semble adopter une approche lente, ce qui a conduit le Canada à se classer huitième selon l'indice des possibilités du système bancaire ouvert d’EY, qui a évalué l’état de préparation de dix marchés différents dans le monde pour réussir dans un environnement bancaire ouvert.

Selon l’indice, le système bancaire ouvert est défini comme suit : « services bancaires et financiers en ligne grâce auxquels les consommateurs peuvent autoriser des fournisseurs tiers à accéder à leurs données bancaires personnelles et à initier des paiements ». Les fournisseurs tiers peuvent utiliser divers mécanismes et outils, y compris la « capture de données d’écran » et les API.

L’indice montre également que la plupart des marchés doivent trouver un meilleur équilibre entre la mise en œuvre de structures réglementaires, le renforcement de la confiance des consommateurs et l’encouragement de l’innovation.

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Les organismes de réglementation commencent à étudier les avantages et les inconvénients.

Comme il est indiqué, le comité consultatif du ministère des Finances du Canada a publié un document de consultation qui fait état des répercussions possibles sur les consommateurs et les petites entreprises, et des risques pour la vie privée des consommateurs, la sécurité des données et la stabilité financière.

Le ministère des Finances du Canada a indiqué qu’en permettant aux consommateurs de laisser des tiers fournisseurs accéder à leurs données bancaires, cela pourrait inciter ces derniers à proposer des produits et des services plus adaptés et à offrir ainsi une plus grande valeur aux consommateurs. En outre, les clients pourraient bénéficier d’une plus grande transparence, ce qui les aiderait à prendre des décisions plus éclairées et à mieux gérer leurs finances.

Maintenant que le rapport du comité consultatif est publié, il est probable que des mesures réglementaires concrètes seront prises dans un délai de 18 à 24 mois. L’une des grandes questions est de savoir si le Canada adoptera une approche plus normative, semblable à celle adoptée par le Royaume-Uni, ou s’il continuera à appliquer un cadre réglementaire fondé sur des principes. Une approche fondée sur des principes, dans ce contexte, est susceptible d’entraîner une variabilité des normes et de constituer un obstacle à l’innovation. La réponse pourrait dépendre en partie de la volonté des banques de poursuivre elles-mêmes la mise en place d’un système bancaire ouvert.

En outre, les organismes de réglementation canadiens attendront probablement, avant de prendre des mesures spécifiques relativement au système bancaire ouvert, que les dispositions législatives sur la protection des mégadonnées du pays, la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE), soient mises à jour pour inclure certaines dispositions clés, comme la portabilité des données, décrites dans le Règlement général sur la protection des données (RGPD) en Europe. Pour réussir, il sera indispensable de mettre en place le cadre juridique adéquat pour gérer les aspects liés à la vie privée et au consentement des clients avant d’ajouter un système bancaire ouvert. Ces facteurs expliquent en partie pourquoi le contexte réglementaire du système bancaire ouvert du Canada se classe au 10e rang de l’indice.

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Les milléniaux pourraient favoriser l’adoption du système bancaire ouvert.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que le Canada se soit classé au 10e rang de l’indice pour ce qui est des perspectives d’adoption par les consommateurs : seulement 18 % de sa population numériquement active utilisent au moins deux services de technologie financière, et seulement 44 % des utilisateurs de téléphones intelligents ont adopté les services bancaires mobiles. Toutefois, il s’agit de moyennes. Le comportement des consommateurs diffère selon le segment démographique. De nombreux baby-boomers et personnes âgées préfèrent encore se rendre en succursale et parler avec un membre du personnel du service à la clientèle. La démographie du Canada penche vers ces groupes d’âge.

Mais il y a tout lieu de croire que les perspectives d’adoption chez les jeunes consommateurs – les milléniaux en particulier – sont beaucoup plus élevées et se rapprochent davantage de celles d’autres pays. Toutefois, pour l’instant, les caractéristiques et les produits offerts au Canada ne sont pas aussi avancés que sur les marchés européen, asiatique et australien. Cette proposition de valeur relativement limitée pourrait remettre en perspective l’adoption dans les segments démographiques plus jeunes.

La confiance des consommateurs demeure un obstacle

En général, le système bancaire ouvert suscite moins d’intérêt chez les consommateurs au Canada qu’aux États-Unis. Toutefois, les consommateurs canadiens sont de plus en plus enthousiastes quant aux possibilités offertes par le système bancaire ouvert.

Selon l’indice, le Canada s’est classé huitième en ce qui a trait à la confiance des consommateurs parmi ses pairs à l’échelle mondiale. L’analyse de la confiance des consommateurs selon notre indice a été réalisée à partir de données provenant de médias sociaux, de blogues et de forum. Dans l’ensemble, 31 % des messages et commentaires publiés par les consommateurs sur les médias sociaux étaient positifs et 9 % étaient négatifs, soit un score net positif de 22 %.

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Ce résultat global a été obtenu à partir de sous-résultats dans trois grandes catégories :

  • Système bancaire ouvert : messages mentionnant explicitement « système bancaire ouvert » ou faisant référence à la directive révisée sur les services de paiement (DSP2). Le sentiment positif net est ici de 21 %.
  • Partage de données financières : messages qui traitent du partage de données financières ou bancaires avec des tiers. Le sentiment positif net est de 36 %.
  • Services : messages qui traitent des applications, des outils ou des services du type de ceux que permet le système bancaire ouvert. Le sentiment positif net est de 25 %.

Les discussions sur l’innovation (38 %) sont de loin le principal vecteur du sentiment positif. La plus grande préoccupation des consommateurs est la cybersécurité, qui représente 41 % de tous les messages négatifs sur le système bancaire ouvert. Il est également clair que le changement suscite une certaine crainte et un certain scepticisme, l’innovation représentant 19 % des messages négatifs. La protection des données a fait l’objet de 15 % des commentaires négatifs.

Le fait est que de nombreux Canadiens sont mal à l’aise à l’idée de partager leurs données en ligne; cependant, ce sentiment s’améliore à mesure que des offres plus innovantes voient le jour, du moins chez les jeunes consommateurs.

Les projets d’innovation commencent à prendre racine.

Parmi les quatre piliers, celui de l’environnement favorable à l’innovation était le plus solide, plaçant le Canada en cinquième position. Le Canada jouit d’un secteur de la technologie financière florissant, de nombreux investissements privés et d’un soutien gouvernemental pour les entreprises en démarrage, et Toronto se classe parmi les principaux centres technologiques du monde. L’indice a classé le Canada au troisième rang, après la Chine et les États-Unis, pour le nombre de brevets déposés par ses principales banques et ses entreprises de technologie financière en 2017. Le Canada s’est également classé premier pour l’élargissement de son environnement de recherche et développement.

La plateforme d’agrégation de données Flinks serait, semble-t-il, déjà reliée à plus de 250 millions de comptes financiers au Canada, et plusieurs des grandes banques ont annoncé des initiatives individuelles. En mars, la RBC a été la première grande banque canadienne à lancer un portail pour les développeurs d’API. Ce portail permettra aux développeurs de logiciels externes, aux innovateurs du secteur et aux clients admissibles d’accéder à certaines API de la RBC afin de pouvoir intégrer plus facilement les services de la banque dans leurs propres produits.

Le Platform Organization (également connu sous le nom de PLATO) est un groupe au sein de la Banque Scotia qui développe rapidement de nouveaux services et outils. Il partage désormais les applications qu’il a développées avec la communauté du logiciel libre. Bien qu’aucune de ces initiatives ne vise, d’un point de vue technique, le système bancaire ouvert, elles jetteront les bases essentielles pour de futures initiatives dans ce domaine.

L’avenir du système bancaire ouvert au Canada

Au Canada, le système bancaire ouvert n’existe pas encore comme dans les autres marchés de l’indice et compte tenu du contexte actuel, la transition vers un système bancaire ouvert est plus prudente.

Mais il existe de solides mesures incitatives visant à encourager les banques à accélérer le rythme. Il est probable que les consommateurs commenceront à demander le type de produits et de services personnalisés que le système bancaire ouvert rend possibles. Les banques qui sont prêtes pourront mieux résister à la concurrence, et peut-être devenir la concurrence, en allant chercher de nouveaux clients auprès des banques qui ont tardé à mettre en place un système bancaire ouvert. Les banquiers doivent également garder à l’esprit que les organismes de réglementation peuvent se montrer plus fermes si le secteur résiste à l’adoption d’une technologie jugée dans l’intérêt des consommateurs.

Pour ces raisons, nous croyons qu’il est essentiel que les banques suivent ces trois étapes pour faire progresser le système bancaire ouvert : coordonner leurs initiatives internes, ouvrir leurs plateformes aux innovateurs et promouvoir de manière proactive l’adoption du numérique auprès des consommateurs. Si ces mesures sont prises, le Canada pourrait être sur la bonne voie pour offrir une plus grande valeur aux consommateurs.

  • À propos de l’indice des possibilités du système bancaire ouvert d’EY

    L’indice des possibilités du système bancaire ouvert d’EY évalue la capacité du système bancaire ouvert à prospérer sur dix marchés sélectionnés. La réussite se traduirait par la possibilité pour les consommateurs d’adopter des services bancaires ouverts sur un marché.

    Notre modèle utilise un large éventail de mesures – 22 indicateurs et 13 sous-indicateurs – pour évaluer le potentiel de chaque pays, selon quatre conditions clés nécessaires à la réussite du système bancaire ouvert : l’environnement réglementaire, les perspectives d’adoption, la confiance des consommateurs et un environnement favorable à l’innovation.

Résumé

À mesure que le système bancaire ouvert se développera, les banques devront être proactives pour coordonner les initiatives internes, promouvoir l’innovation et encourager l’adoption du numérique par les consommateurs. Les Canadiens, les milléniaux tout particulièrement, sont de plus en plus enthousiastes face au système bancaire ouvert, mais la confiance des consommateurs demeure un obstacle. De solides mesures incitatives sont en place pour que les banques accélèrent le rythme et rendent possible le système bancaire ouvert.

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Abhishek Sinha

Associé, Services consultatifs en technologies et Services consultatifs au secteur des services financiers, EY Canada

Leader senior spécialiste de l’incidence transformationnelle des technologies dans divers secteurs. Rêveur. Visionnaire. Père.

Anthony Rjeily

Services consultatifs d’EY Canada – Leader national, Transformation numérique et innovation

Leader, Transformation numérique Reconnu pour établir des relations de confiance avec les clients et les membres de l’équipe. Voyageur. Il aime passer du temps avec son épouse et ses cinq enfants.