6 minutes de lecture 30 oct. 2019

Sept questions sur l’évaluation du secteur du cannabis au Canada

Un an après la légalisation, la perception des risques et des possibilités dans le secteur du cannabis a changé.

Les points de vue sur l’évaluation des entreprises de l’industrie du cannabis continuent d’évoluer. Un an après la légalisation du cannabis au Canada, on retrouve parmi les facteurs clés à considérer des facteurs internes, dont le niveau de réussite de la chaîne d’approvisionnement, l’efficacité opérationnelle, les produits, la marque, la gestion et la gouvernance, ainsi que des facteurs externes, tels que les incidences des changements à la réglementation et des perspectives, l’évolution des estimations concernant la taille du marché et les préférences des consommateurs, les options de mobilisation de capitaux de plus en plus nombreuses, les activités de F&A, et les prix et les résultats financiers des sociétés ouvertes de référence.

En vue de la prochaine étape de légalisation, nous posons sept questions sur l’évaluation des entreprises du secteur du cannabis.
 

1. Quels résultats généraux donnent les évaluations des sociétés ouvertes de l’industrie du cannabis?

Les nouvelles sont peu encourageantes. De façon générale, malgré les nouvelles émissions d’actions, les taux de croissance de la capitalisation boursière des sociétés ouvertes nord-américaines de l’industrie du cannabis des 12 derniers mois se situent dans une fourchette considérablement plus étroite par rapport aux taux de croissance élevés enregistrés un an plus tôt. Pour plusieurs de ces sociétés, les taux de croissance ont fait volte-face, passant d’un montant positif à un montant négatif.

Nous avons découvert que la capitalisation boursière de 60 % des plus grandes sociétés nord‑américaines a connu un déclin au cours de la période de 12 mois close le 30 septembre 2019 et que, dans son ensemble, la fourchette des taux de croissance a fortement diminué.
 

2. Depuis la légalisation, survenue voilà un an, les sociétés ont-elles répondu aux attentes en matière de résultats et de cours des actions?

Dans l’ensemble, le BAIIA des sociétés ouvertes n’a pas été à la hauteur des attentes.

Lorsque nous nous sommes penchés, il y a un an, sur les évaluations des sociétés de l’industrie du cannabis, nous avons réalisé une analyse des 25 plus grandes sociétés de l’industrie inscrites à des Bourses canadiennes. Les prévisions indiquaient alors que le BAIIA allait s’améliorer de manière significative en un an. Malheureusement, les niveaux n’ont pas répondu aux attentes de manière générale.

Les sociétés ouvertes de l’industrie du cannabis imputent les résultats décevants de 2019 en matière de BAIIA à plusieurs facteurs relevant à la fois de l’offre et de la demande. Quelle que soit la raison, ces manques à gagner indiquent que les sociétés ont engagé des dépenses qui ne génèrent actuellement pas de revenus.

Ces manques à gagner au niveau du BAIIA ont eu des effets importants sur le marché, le cours des actions au 30 septembre 2019 étant généralement inférieur à celui de l’an dernier.
 

3. Quel montant les acheteurs ont-ils versé pour les immobilisations incorporelles, et quelle est l’importance de l’avantage d’obtenir rapidement une licence?

Les stratégie et transactions comprenaient des paiements importants versés au titre des immobilisations incorporelles, plus particulièrement au niveau du goodwill. En règle générale, plus la transaction est modeste, plus la portion du goodwill est significative, et plus la transaction est importante, plus le pourcentage alloué aux licences, aux permis et aux autres actifs est élevé.

En analysant la présentation de l’information financière d’environ 100 stratégie et transactions déclarées par des sociétés ouvertes nord-américaines de l’industrie du cannabis, nous avons découvert qu’en règle générale une portion importante du prix des stratégie et transactions était allouée au goodwill. Une part importante du prix d’acquisition était généralement allouée aux licences et aux permis, particulièrement pour les stratégie et transactions de grande envergure ou pour les stratégie et transactions visant des cibles dont le siège social était aux États-Unis. La répartition à d’autres actifs – tels que le fonds de roulement, les installations et l’équipement, les marques et les réseaux de distribution – était digne de mention collectivement, mais sans importance individuellement.

Les montants alloués aux licences et aux permis peuvent sembler étonnamment bas. Toutefois, la valeur de ces immobilisations incorporelles dépendra du contexte réglementaire de chaque territoire. Les évaluations tiennent compte des produits du cannabis et de la consommation légale du cannabis et de l’ampleur des obstacles locaux qui empêchent les nouveaux venus d’obtenir des licences et des permis. Les autres considérations importantes comprennent les prix et les marges prévus, lesquels varient d’un territoire à l’autre.

Dans les évaluations des sociétés de l’industrie du cannabis, tout est une question de détails. L’ampleur de l’avantage d’obtenir rapidement une licence doit être soigneusement prise en considération.
 

4. Des radiations du goodwill et de l’investissement sont-elles à prévoir?

Les aspects économiques du goodwill comptabilisé et de la valeur des investissements seront considérés au cas par cas, en tenant compte de la valeur comptable (initialement fondée sur le prix historique payé) et l’évaluation actuelle. Plusieurs parties prenantes seront à l’affût d’indicateurs de dépréciation.

Puisque la performance de plusieurs entreprises canadiennes de l’industrie du cannabis n’a pas été satisfaisante à la suite de la légalisation, et compte tenu du niveau d’importance du goodwill comptabilisé dans le cadre d’acquisitions d’entreprises, les parties prenantes du secteur seront tout naturellement à l’affût d’indicateurs de dépréciation du goodwill, et de toute surévaluation en général, sur le bilan des entreprises du secteur du cannabis.

Parmi les questions courantes, mentionnons celle de savoir si les écarts de rendement récents ou à court terme sont temporaires, quels écarts de rendement peuvent être comblés, quels changements fondamentaux sont survenus au cours de la dernière année dans l’industrie et ses secteurs d’activité, et ce que nous savons maintenant que nous ignorions il y a un an.

En ce qui a trait au goodwill et aux autres actifs importants comptabilisés à la suite de stratégie et transactions conclues selon des multiples d’évaluation élevés, les données historiques sur les stratégie et transactions deviendront de plus en plus obsolètes au fil du temps et, de ce fait, moins intéressantes à titre de protection pour les évaluations actuelles.

Jusqu’à présent, seulement quelques ajustements importants pour dépréciation du goodwill ou des investissements se rapportant à des sociétés ouvertes nord-américaines de l’industrie du cannabis ont été comptabilisés. Toutefois, les ajustements pour dépréciation sont susceptibles d’augmenter à mesure que le secteur évolue, permettant de distinguer à l’aide d’un examen rétrospectif les acquisitions d’entreprises qui ont été fructueuses et celles qui ont été un échec.

5. L’industrie du cannabis s’articule-t-elle autour de mesures clés à des fins de comparabilité?

À ce stade précoce, de nombreuses entreprises ont recours à des mesures non normalisées de la production, de la capacité, des volumes et des résultats. Ces mesures sont sujettes aux questions de subjectivité et de comparabilité.

La direction et les analystes utilisent fréquemment des mesures non normalisées pour décrire la performance de l’industrie du cannabis – des mesures qui ne sont pas définies par les normalisateurs comptables. Voici certaines de ces mesures : le revenu par habitant, le coût des ventes au comptant par gramme, le coût de production du comptant par gramme, les coûts d’exploitation par mètre carré, la capacité de production, la taille des installations, la superficie allouée à la culture du cannabis, et le BAIIA ajusté ou normalisé.

Puisqu’il n’existe pas de méthodes normalisées pour calculer ces mesures, les approches utilisées peuvent diverger d’une entreprise à l’autre. Cette divergence peut soulever des défis en matière de comparabilité.

Compte tenu de cette divergence pour ce qui est des mesures clés utilisées, il serait prudent d’examiner plus en détail les calculs de ces mesures non normalisées plutôt que de les tenir pour acquis. Des ajustements pourraient devoir être apportés aux mesures utilisées par les sociétés de l’industrie du cannabis avant de les utiliser aux fins d’évaluation ou de la prise de décision en matière d’affectation des capitaux.

6. Selon les entreprises, quelles seront les incidences sur les résultats des améliorations prévues aux processus opérationnels?

Alors que les entreprises de l’industrie du cannabis évoluent, il n’est pas surprenant qu’elles prévoient réaliser des gains d’efficacité opérationnelle qui, selon elles, amélioreront le BAIIA, les faisant passer en territoire positif. Les entreprises s’attendent à ce que les gains d’efficacité opérationnelle découlent de plusieurs facteurs, dont l’amélioration de leurs installations, l’automatisation et le perfectionnement de leurs processus, et l’amélioration des mesures de contrôle de la qualité.

Les innovations en technologie et l’évolution rapide du savoir-faire dans le bassin de talents seront les inducteurs clés de ces améliorations. Cela signifie que les entreprises et les analystes prévoient en général une augmentation des marges bénéficiaires des entreprises de l’industrie du cannabis au cours des prochaines années.

En analysant les prévisions de marges bénéficiaires brutes et de marges du BAIIA des 25 plus grandes sociétés ouvertes nord-américaines de l’industrie du cannabis au 30 septembre 2019, nous avons constaté que ces dernières prévoient une amélioration de leurs marges bénéficiaires brutes, de 54 % en 2019 à 62 % en 2021, et même si la plupart des sociétés de l’industrie, soit 68 %, ont affiché un BAIIA négatif jusqu’au 30 septembre 2019, la majorité, soit 88 %, prévoit générer un BAIIA positif d’ici 2021.

L’industrie du cannabis s’attend à ce que la combustion future de son capital se traduise par un BAIIA positif d’ici 2021 – un renversement par rapport aux perspectives négatives de 2019.

7. Quelle méthode d’évaluation convient le mieux au contexte actuel?

Tout dépend de l’information qui est disponible. Dans la pratique, les professionnels en évaluation exercent leur jugement professionnel afin de choisir les méthodes et techniques d’évaluation appropriées, en fonction de l’information disponible. Dans l’industrie du cannabis, les méthodes d’évaluation fondées sur le marché et le revenu sont couramment appliquées compte tenu du stade relativement précoce de développement et des diverses mesures clés prises en compte.

Demander des indications aux professionnels de la comptabilité peut s’avérer utile au moment de considérer la méthode d’évaluation. Les Normes internationales d’information financière et les principes comptables généralement reconnus des États-Unis fournissent un cadre pour l’évaluation de la juste valeur des divers éléments d’affaires présentés dans l’information financière. Ces principes établissent une hiérarchie des données d’entrée utilisées pour établir la juste valeur, exigeant de l’entité qu’elle maximise les données d’entrée observables et minimise l’utilisation des données d’entrée non observables.

Dans les cas où la cible de l’évaluation est inscrite à la cote d’une Bourse ou se trouve dans un territoire où des stratégie et transactions antérieures comparables ont été réalisées, la méthode d’évaluation fondée sur le marché, qui a recours à des données d’entrée observables, pourrait être la méthode à prioriser. Les méthodes fondées sur le marché comporteront souvent des ajustements pour tenir compte de facteurs, tels que les primes de contrôle et les renseignements qui ne sont pas à la disposition du public. Toutefois, lorsque des données observables sur le marché pertinentes ne sont pas disponibles, la méthode fondée sur les résultats – en particulier, la technique d’actualisation des flux de trésorerie – sera parfois appliquée, malgré l’existence de données d’entrée non observables.

Pour obtenir la méthode complète ou les données d’évaluation, téléchargez notre rapport en format PDF.

Résumé

L’industrie du cannabis continue d’évoluer, tant au Canada qu’à l’international, grâce aux premières étapes de commercialisation légale du cannabis récréatif. Les sociétés, ouvertes ou fermées, ainsi que les prêteurs et les investisseurs institutionnels ont souvent besoin d’évaluations ou d’attestations d’équité externes pour appuyer d’importantes stratégie et transactions ou décisions de l’entreprise. Les acquisitions, les désinvestissements, les restructurations, les optimisations, les financements et les assertions contenues dans les états financiers à l’appui de la transaction, tels que les répartitions du prix d’acquisition et les ajustements pour dépréciation, ne sont que quelques-uns des domaines où les évaluations sont des exigences d’affaires essentielles.

À propos de cet article

Par EY Canada

Organisation de services professionnels multidisciplinaires