5 minutes de lecture 22 févr. 2018
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Cinq possibilités dans le secteur des technologies propres au Québec

Par

Thibaut Millet

Leader national, Services en changements climatiques et développement durable, EY Canada

Leader du monde des affaires et en environnement. Contributeur au capitalisme propre. Guide les entreprises sur le chemin du développement durable. Diplômé du MBA de McGill.

5 minutes de lecture 22 févr. 2018

Les technologies propres du Québec, promotrices d’une économie plus verte. Quelles possibilités seront garantes de leur future réussite?

Avec la prise de conscience croissante des populations à l’égard des enjeux climatiques et l’engagement de plus en plus affirmé des gouvernements, le secteur des technologies propres du Québec suscite beaucoup d’attention de la part de l’ensemble des marchés.

Les technologies propres touchent tous les secteurs économiques. Qu’il s’agisse d’innovations de procédés verts pour la production alimentaire, de gestion durable des ressources naturelles, de développement de l’efficience énergétique dans les secteurs manufacturier, immobilier et du transport, les technologies propres touchent à une variété d’activités des marchés. Ce secteur offre d’importantes occasions d’affaires pour les entreprises, tout en donnant une place centrale à la réduction de l’empreinte environnementale de leurs activités.

À la fin de 2017, le secteur des technologies propres du Québec comptait plus de 350 sociétés, près de 9 000 emplois, des revenus annuels de plus de 1 milliard de dollars, et des investissements en recherche et en développement (R et D) annuels de près de 300 millions de dollars. Malgré l’omniprésence des technologies propres dans l’économie du Québec, le secteur en soi demeure peu connu. Notre sondage de 2017, réalisé en collaboration avec Écotech Québec, donne un premier aperçu du secteur et de la direction qu’il prend.

Nous avons sondé 100 entreprises vouées aux technologies propres établies au Québec qui placent au centre de leur proposition de valeur l’atteinte d’un avantage combinant environnement et économie. Nous avons interrogé leurs dirigeants au sujet du financement, de l’accès au marché, du talent et des obstacles à l’innovation.

Alors, que savons-nous sur le secteur des technologies propres au Québec, les possibilités qui s’offrent à lui et les risques avec lesquels il doit composer?

1. Les entreprises vouées aux technologies propres au Québec reposent d’abord sur un esprit entrepreneurial

Le secteur est constitué en grande majorité de petites entreprises, comptant un nombre moyen de 27 employés, bien que plus de 80 % d’entre elles n’en comptent pas autant. Alors que les revenus moyens des entreprises vouées aux technologies propres étaient d’environ 3 millions de dollars en 2016, 80 % d’entre elles ont généré moins que ces revenus, renforçant ainsi le constat que le secteur est constitué en grande majorité de petites entreprises. Les entreprises en démarrage exercent leurs activités au côté des entreprises plus établies : près du tiers des entreprises en démarrage ont été lancées au cours des cinq dernières années. Fait intéressant, parmi les entreprises ayant plus de dix ans, seulement une entreprise sur dix a été fondée par une femme; ce ratio triple pour les entreprises ayant moins de cinq ans, où trois entreprises sur dix ont été fondées par des femmes.

2. Le talent au haut de la liste des principaux atouts des entreprises vouées aux technologies propres au Québec

Les entreprises sondées quant à la facilité de faire affaire au Québec en technologies propres ont été invitées à noter une série de facteurs plus ou moins favorables à leur développement. L’accès à des ressources qualifiées a été cité comme le facteur le plus favorable, et ce n’est pas près de changer. Les entreprises vouées aux technologies propres devraient pouvoir continuer à compter sur un bassin de talents au cours des prochaines années. Selon un sondage réalisé par EY aux États-Unis en 2017, les technologies propres attirent les jeunes de moins de 20 ans qui croient fermement que les entreprises qui polluent ne se préoccupent pas de ce qui est le mieux pour leur génération, et que ce sont eux qui sont les plus concernés par les impacts environnementaux à long terme. En outre, la perspective de trouver un emploi dans une entreprise vouée aux technologies propres est attirante pour 66 % des jeunes de moins de 20 ans.

3. Innover, puis protéger l’innovation, une priorité absolue

Puisque les dépenses en R et D ne devraient pas cesser d’augmenter, l’innovation était manifestement une priorité pour les entreprises vouées aux technologies propres sondées. En 2016, une entreprise investissait en moyenne l’équivalent de 27 % de ses revenus en R et D, et ces investissements devraient passer à 60 % en 2018. Le cycle connu d’innovation exige de plus en plus d’accroître la protection de la propriété intellectuelle. Parmi les entreprises sondées, 55 % détiennent au moins un brevet. Si l’on exclut celles possédant 50 brevets et plus, les entreprises détiennent en moyenne 4 brevets. La majorité des entreprises, soit 57 %, déclarent que la protection de la propriété intellectuelle est un enjeu important tandis que 12 % des entreprises considèrent que la propriété intellectuelle n’est pas un enjeu.

4. L’accès aux bons marchés est une arme à double tranchant; d’un côté les possibilités, de l’autre, les risques

Bien que les ventes se fassent majoritairement d’entreprises à entreprises (78 %), la moitié des entreprises sondées ont indiqué que leurs produits et services conviennent aux marchés gouvernemental et institutionnel. Cela représente une possibilité concrète pour les entreprises vouées aux technologies propres au Québec étant donné que 25 % de leurs revenus pourraient provenir des États-Unis. Tout de même, cette possibilité ne vient pas sans risque. Paradoxalement, malgré ces prévisions de forte croissance à l’international, près de la moitié des entreprises vouées aux technologies propres s’inquiètent des risques liés aux politiques du gouvernement américain et au possible recul des échanges commerciaux mondiaux dû au protectionnisme et aux interventions accrues des États.

5. Le financement sera essentiel au succès des entreprises vouées aux technologies propres  

Lorsque sondés quant à la facilité de faire affaire au Québec en technologies propres, les dirigeants ont été invités à noter une série d’obstacles plus ou moins importants pour le développement de leur entreprise. Les processus administratifs liés aux demandes de financement ont été cités comme l’un des obstacles les plus importants. La réclamation des crédits d’impôt et autres encouragements fiscaux auxquels elles pourraient avoir droit demeure un enjeu pour un grand nombre d’entreprises vouées aux technologies propres. La moitié des entreprises avaient mobilisé moins de 1 million de dollars de financement depuis leur création. Le montant moyen est de 10 millions de dollars par entreprise; cela dit, seulement 15 % des entreprises ont recueilli plus que ce montant en financement. En moyenne, plus de la moitié du financement provenait des fondateurs et de leur entourage (54 %). Le quart du financement était constitué de fonds publics (22 %), provenant notamment de programmes gouvernementaux ou de mesures incitatives, et le reste du financement, principalement de capital de risque (17 %). En fait, elles ne tirent peut-être pas suffisamment avantage des encouragements fiscaux, des crédits d’impôt et des programmes auxquels elles ont droit.

L’avenir est vert, couleur de l’espérance

Nous avions pour mission de mesurer la taille, la vigueur et l’incidence des entreprises vouées aux technologies propres au Québec et de créer une base pour mesurer l’évolution du secteur. Ce que nous avons appris va bien au-delà.

Les entreprises vouées aux technologies propres au Québec sont optimistes quant à l’avenir. À l’horizon, elles s’attendent à de grandes choses, entre autres à une augmentation de leurs investissements en R et D ainsi qu’à une croissance de leurs revenus. Ces prévisions se reflètent dans la confiance en l’avenir qu’affichent les entreprises. Ainsi, 92 % des répondants étaient d’avis que leur situation s’améliorera sur un horizon de deux à trois ans.

Pour y arriver, il est essentiel de se fonder sur les bons facteurs. Comprendre les programmes, les encouragements fiscaux et les possibilités de financement et en tirer parti seront au cœur de la réussite future des entreprises vouées aux technologies propres alors qu’elles misent sur leur optimisme pour favoriser un avenir plus vert ici au Québec et ailleurs.

Résumé

Les technologies propres ont un rôle déterminant à jouer et, malgré cela, elles demeurent méconnues pour plusieurs. Pourtant, l’innovation en matière de technologies propres est présente dans tous les secteurs. Bien souvent difficile à cerner, l’écosystème des technologies propres regroupe une multitude de parties prenantes : entrepreneurs, utilisateurs, chercheurs, investisseurs, influenceurs, accélérateurs et autres. Comprendre qui sont les acteurs du secteur des technologies propres ainsi que les possibilités qui s’offrent à eux et les risques avec lesquels ils doivent composer peut nous aider à soutenir la progression de ce secteur.

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Thibaut Millet

Leader national, Services en changements climatiques et développement durable, EY Canada

Leader du monde des affaires et en environnement. Contributeur au capitalisme propre. Guide les entreprises sur le chemin du développement durable. Diplômé du MBA de McGill.