5 minutes de lecture 17 mai 2018
man dark alleyway

Comment les banques contribuent à la lutte contre les crimes financiers

Auteurs
Dai Bedford

Leader mondial, Consultation, secteur bancaire et marchés financiers, EY

Leader de la transformation Développeur de talents. Père de famille. Amateur de rugby gallois.

Andrew Gordon

Leader mondial d’EY, Services de juricomptabilité et de soutien à l’intégrité

Leader mondial en juricomptabilité, concentrant ses efforts sur l’aide aux entreprises pour qu’elles renforcent leur stratégie d’intégrité de façon à mieux prévoir les risques et à les atténuer.

5 minutes de lecture 17 mai 2018

Les réseaux de criminels exploitent le système bancaire mondial aux fins du recyclage des produits de la criminalité. Or, une nouvelle technologie s’avère utile dans la lutte contre les crimes de ce type.

Selon le département de la Défense des États‑Unis, la traite des personnes est maintenant le crime dont la progression est la plus rapide dans le monde.

Les risques sont faibles pour les réseaux internationaux de criminels, qui ont beaucoup à gagner. Une bande de criminels peut tirer des millions de dollars en revenus provenant de l’exploitation de 10 à 15 jeunes femmes victimes de la traite de personnes.

Et comme pour de nombreux crimes commis au 21e siècle, la traite des personnes se fait à l’abri des regards, au sein de collectivités fermées et à l’écart des rues, de sorte qu’il est incroyablement difficile de lutter efficacement contre celle‑ci. Cachés derrière un ordinateur, les trafiquants opèrent dans l’anonymat pour presque toutes leurs communications.

Qu’il s’agisse de la traite de personnes, du trafic de drogues ou d’armes, ou encore du blanchiment de fonds ayant servi au financement d’activités criminelles ou terroristes, la surveillance des crimes représente un défi mondial énorme. Puisque les condamnations sont extrêmement rares, il est essentiel de trouver des preuves pouvant mener à des poursuites fructueuses.

La solution pourrait venir d’un vieil adage journalistique selon lequel il faut suivre la trace de l’argent.

Grande foule de festivaliers portant des imperméables identiques
(Chapter breaker)
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Chapitre 1

Pourquoi est‑il aussi difficile de cibler les activités financières des criminels?

La quantité et la conformité figurent parmi les principaux défis que les banques ont à relever.

En scrutant les opérations bancaires afin de relever des tendances et des indicateurs, les banques espèrent que l’application des mesures prévues par le cadre législatif leur permettra de déceler des comportements pouvant les amener à remonter jusqu’à des criminels. Il s’agit en soi d’une tâche colossale. Les crimes financiers attribuables à des réseaux de criminels recourant au système financier international pour blanchir des fonds mal acquis sont perpétrés à grande échelle.

La valeur du marché mondial de la traite de personnes est estimée à 150 milliards de dollars US par année, et une grande partie de cette activité repose sur l’utilisation à divers niveaux de faux comptes et de sociétés écrans. On estime que la valeur globale des fonds de source illégale s’établit entre 2 trillions de dollars US et 4 trillions de dollars US. Seulement 0,2 % de ces fonds finissent par être récupérés.

Alors qu’il semble s’agir d’un phénomène de grande ampleur, lorsqu’on met les choses en contexte, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi il est aussi difficile de détecter ces crimes.

Chaque jour, 1,2 milliard d’opérations sont réalisées dans le système financier mondial. Il est incroyablement difficile de repérer celles qui sont reliées à des crimes financiers, surtout quand il s’agit d’opérations qui se déroulent en une petite fraction de seconde et auxquelles succèdent presque instantanément de nouvelles opérations connexes.

En plus d’être difficile, cette tâche s’avère très coûteuse. Le budget mondial moyen qu’une banque consacre chaque année au dépistage des opérations en lien avec des crimes financiers s’élève à plus de 1 milliard de dollars US. Et pourtant, historiquement, les banques affectent la plus grande partie de cette somme aux initiatives visant à leur permettre de s’acquitter de leurs obligations de conformité, plutôt qu’au ciblage proactif des comportements criminels.

Le défi de la conformité

Depuis l’adoption du Patriot Act aux États‑Unis, au lendemain des attaques terroristes de septembre 2011, le système bancaire doit faire face à la multiplication des exigences réglementaires obligeant les banques à recueillir davantage d’informations sur leurs clients et à remonter à la source des fonds de provenance illégale dont elles sont les dépositaires.

Celles qui ne sont pas en mesure de respecter ces exigences s’exposent à de fortes pénalités. Depuis 2008, à l’échelle mondiale, les banques ayant enfreint la réglementation sur les crimes financiers ont dû payer plus de 320 milliards de dollars US en amendes.

C’est pourquoi, dans les rapports sur les activités suspectes qu’elles sont amenées à produire, de nombreuses banques privilégient la quantité d’informations, au détriment de la qualité, de façon à rester conformes. Le dépistage d’activités financières criminelles dans toute cette masse d’informations revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Dans 90 % des cas, les alertes relatives à des activités suspectes communiquées par les banques ne sont pas fondées.

Cette tendance s’est accentuée au cours des dernières années, tandis que les criminels mettent au point des techniques d’extorsion du système plus perfectionnées, ce qui a amené les autorités de réglementation à réagir en obligeant les banques à assurer la surveillance d’un nombre croissant d’activités.

C’est ce qui pousse les banques à investir toujours davantage dans la simple gestion d’un volume accru de données et dans le maintien de leur conformité. Depuis la crise financière mondiale, les coûts que les banques doivent consacrer à la lutte contre les crimes financiers de façon à continuer de respecter leurs obligations de conformité ont augmenté de 70 %. Jusqu’à maintenant, les frais liés à l’augmentation de l’effectif et à la mise en œuvre de simples technologies conformes aux règles représentent une bonne partie de ces coûts.

Cette solution n’est ni efficiente ni efficace. Les activités de blanchiment de fonds se poursuivent, sans que les criminels soient capturés. Comment pourrions‑nous donc faire les choses différemment?

Pirate informatique à ؔl’œuvre devant son ordinateur portable
(Chapter breaker)
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Chapitre 2

Pourquoi n’est‑il pas suffisant de sonner l’alarme?

Pour contrer la hausse du nombre de crimes financiers, nous devons adopter une approche reposant davantage sur le renseignement.

Les banques sont de plus en plus disposées à aller au‑delà du simple signalement des activités suspectes à des fins de conformité. Il importe d’abord de tirer parti de la technologie pour repérer les éventuels comportements criminels et prévenir la création de faux comptes bancaires, dans une optique de rentabilisation accrue.

Une meilleure vérification des identifiants

La première étape consiste à mettre en place un meilleur système d’identification des personnes souhaitant ouvrir un compte bancaire.

Si les banques pouvaient s’appuyer sur des sources de données à caractère personnel que les gouvernements considèrent comme étant fiables, telles que les passeports biométriques, il serait beaucoup plus difficile pour les criminels d’utiliser un pseudonyme à l’ouverture de comptes bancaires.

Le recoupement de différents paramètres d’identification, particulièrement s’il s’agit de photos ou d’informations biométriques, devrait permettre la création d’un système bancaire plus fiable et plus efficace rendant beaucoup plus difficile l’usurpation d’identité. La vérification des documents personnels à l’aide du traitement du langage naturel et de la reconnaissance des écritures manuscrites devrait permettre d’accélérer et d’automatiser le processus.

Une meilleure analyse des données

Les nouvelles technologies peuvent aussi être appliquées pour améliorer l’analyse des données aux fins de la détection des comportements suspects. L’apprentissage automatique, l’intelligence artificielle et l’automatisation des outils peuvent faciliter le filtrage des « faux positifs », à savoir les comptes qui paraissent suspects sans l’être véritablement, de sorte que l’on puisse se concentrer sur la détection des problèmes réels à l’aide d’outils d’investigation technologiques.

Une telle approche innovante fondée sur des processus est non seulement efficace pour les banques, elle s’avère également plus efficace pour surmonter les défis associés à la lutte contre les crimes financiers modernes.

Toutefois, un changement de mentalité sera également requis de la part des autorités de réglementation, qui devraient revoir leur conception du processus de conformité et du partage de données.

Collègues collaborant dans le cadre d’un événement
(Chapter breaker)
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Chapitre 3

La collaboration, un volet essentiel

Il nous faut un cadre de lutte contre les crimes financiers permettant la circulation des informations entre le secteur public et le secteur privé.

L’application d’une approche reposant sur le renseignement et les données dans le cadre de la lutte contre les activités financières du monde du crime organisé ne pourra s’avérer véritablement efficace que si cette approche est fondée sur la collaboration, non seulement entre les banques, mais également entre celles‑ci et les gouvernements, les autorités de réglementation, les auditeurs et les agences de sécurité.

Une telle approche nécessitera non seulement le partage de données, mais également un meilleur accès à des sources de données fiables et le soutien à l’adoption de nouvelles technologies financières.

Le cadre de détection des crimes financiers doit être transformé en un modèle technologique rentable, axé sur l’harmonisation des efforts de l’ensemble des parties prenantes et permettant à l’information de circuler facilement entre le secteur public et le secteur privé.

La bonne nouvelle, c’est que ce constat fait de plus en plus l’objet d’un consensus à l’échelle mondiale.

Les autorités de réglementation du secteur bancaire cherchent à déterminer comment les innovations en matière de technologies et de processus financiers peuvent les amener à revoir leur perception des protocoles relatifs à la connaissance du client et leurs méthodes de lutte contre le blanchiment de fonds. Elles se penchent sur ce qu’elles peuvent faire collectivement pour faciliter l’application des différentes façons de faire visant à accroître l’efficacité de l’ensemble du système bancaire.

Il est dans l’intérêt de tout le monde que les banques délaissent leur approche contre les crimes financiers axée sur la conformité pour adopter une méthode de prévention et de lutte proactives. C’est pourquoi, chez EY, nous aidons les banques et les autorités de réglementation à utiliser la technologie, les données et les nouveaux modes de pensée et de travail à l’échelle organisationnelle afin de créer un monde où les pires criminels n’auront plus la possibilité d’exploiter la complexité du système financier mondial pour dissimuler les profits qu’ils tirent de la perpétration de certains des crimes les plus horribles que l’on puisse imaginer.

Nous croyons que, grâce à l’application de l’état d’esprit, des technologies et des méthodes de travail qui conviennent à l’échelle de l’ensemble des organisations et territoires, nous pouvons aider les banques à faire véritablement échec aux crimes financiers et à contribuer à la construction d’un monde plus sûr pour les entreprises légitimes et les citoyens ordinaires.

Résumé

Le cadre de détection des crimes financiers doit être transformé en un modèle technologique rentable, axé sur l’harmonisation des efforts de l’ensemble des parties prenantes, et permettant à l’information de circuler facilement entre le secteur public et le secteur privé.

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