Ein Porträt von Eric Schnydereric
Le dirigeant doit montrer l’exemple.

Eric Schnyder 

Ingénieur diplômé de l’École des Cadres de Lausanne et de l’École d’Ingénieurs de Saint-Imier, Eric Schnyder est depuis 2007 président-directeur général de Sylvac, où il est arrivé en 2001. Il avait travaillé en parallèle pour Schnyder & Cie (qui a fusionné avec Sylvac), d’abord comme ingénieur R&D puis en tant que directeur général. Ce sportif complet, qui pratique le triathlon, le ski de randonnée et le golf, est également titulaire d’un brevet de pilote privé.

Alors que le coronavirus continue de faire les gros titres, de dominer la politique et l’agenda des entreprises, une nouvelle normalité commence à se dessiner. EY a demandé à plusieurs leaders d’opinion et décideurs de faire le point et de partager leurs idées sur les prochaines étapes. Eric Schnyder, CEO de Sylvac, nous parle du rôle clé du dirigeant en période de crise.
À quoi ressemble une journée standard pour vous ?

Depuis la crise, je voyage beaucoup moins, j’essaie de trouver un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle.  Dans mon agenda, je jongle entre une moitié planifiée et une autre moitié non planifiée. Je passe aussi la moitié du temps en meeting.

Pouvez-vous nous décrire l’évolution du télétravail chez vous ?

Sylvac a toujours fait du télétravail. On l’a simplement renforcé, à raison de deux à trois jours pour certaines personnes. Personnellement, en tant que dirigeant je montre l’exemple, alors je ne peux pas rester terré à la maison parce qu’il y a un virus, qui peut être géré avec des mesures préventives dans notre environnement

Comment décririez-vous l’environnement actuel ?

On arrive à travailler presque normalement, sauf pour voyager et rencontrer nos clients finaux. On note une bonne reprise post-2020. Il y avait au début une assez grande anxiété des collaborateurs à risque, qui se ressentait aussi au niveau du travail. On commence à voir le bout du tunnel, mais l’anxiété, aussi bien au niveau sanitaire qu’économique, était vraiment notre défi principal pendant la crise. Face à ça, chez Sylvac on essaye de toujours communiquer régulièrement.

L’anxiété, aussi bien au niveau sanitaire qu’économique, était vraiment notre défi principal pendant la crise.
Eric Schnyder
CEO, Sylvac
Aujourd’hui, diriez-vous que vous êtes revenus à la normale ?

Le volume n’est pas encore à 100 % mais on n’est pas très loin. Par contre, nous subissons des difficultés d’approvisionnement pour certains composants et matières premières.

Avez-vous dû revoir vos priorités à court/moyen/long terme ?

Un peu. Hors crise, on essaie de se préparer à la crise qui survient tous les dix ans environ. Quand elle est là on essaie d’optimiser autant que possible pour pouvoir ressortir lean et être plus efficaces. Ça permet de prendre du recul et de recentrer les priorités, de revoir la gamme de produits et notre structure de vente. Un élément positif de la crise, c’est qu’on a dû avancer ensemble dans l’utilisation des outils digitaux. On a enfin pu être un peu plus dynamiques, plus réactifs dans les discussions sur un projet important.

Traditionnellement, vous participiez à des foires pour faire la promotion de vos produits, ce qui n’était plus possible, j’imagine ?

On a fait des webinaires, comme tout le monde je pense, des expositions virtuelles aussi. Pour la partie technique des produits, c’est suffisant et ça passe très bien, par contre la partie contact humain, qui peut parfois faire basculer la vente, est plus difficile avec le digital.

« Dans chaque crise il y a des opportunités » ; êtes-vous d’accord avec cela ?

En particulier pour cette crise, en effet : on va continuer à capitaliser sur l’adoption du digital. Et puis comme toute crise, donc, elle a permis de se recentrer, d’enlever le superflu pour ressortir plus efficaces, plus réactifs. Cette remise en question est bénéfique aussi bien pour l’entreprise que pour l’humain.

On va continuer à capitaliser sur l’adoption du digital.
Eric Schnyder
CEO, Sylvac

Vous parliez tout à l’heure de l’anxiété de vos collaborateurs qu’il a fallu gérer – avez-vous mis en place des mesures particulières (communication, santé et bien-être) ?

Oui. On faisait le point régulièrement par WhatsApp sur la situation sanitaire et économique, ça a beaucoup rassuré les gens. On a fait une enquête pour connaître le ressenti de crise auprès de nos employés, il y a deux mois, et puis on organisera des sorties qui permettront de passer du temps ensemble. Je crois que globalement les ressentis sont plutôt positifs. 

A propos de nos autorités, pensez-vous qu’elles ont bien géré la crise ?

Globalement, je pense que oui, avec une certaine ouverture en plus, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays. Et puis sur le vaccin qu’ils ont choisi : alors là chapeau ! parce que ce n’était pas évident de savoir sur quel cheval miser.

Est-ce que vous pensez que les milieux scientifiques interviennent trop dans les décisions politiques ?

Je pense que les politiques doivent prendre les avis des scientifiques et des différents spécialistes pour faire une synthèse. Chez nous, on ne demande pas à un ingénieur pointu en R&D de communiquer à nos clients comment faire.

Je pense que les politiques doivent prendre les avis des scientifiques et des différents spécialistes pour faire une synthèse. Chez nous, on ne demande pas à un ingénieur pointu en R&D de communiquer à nos clients comment faire.
Eric Schnyder
CEO, Sylvac
Avez-vous fait appel à certaines aides mises en place par nos autorités ?

On a une grande chance en Suisse, c’est très facile d’avoir de l’aide, trop facile peut-être pour certains. On a bénéficié du prêt COVID standard. Après, on est aussi aidés par Berne, avec une aide R&D, pour subventionner certains ingénieurs pendant trois mois plutôt que de les mettre au chômage.

Si vous pouviez remonter le temps avant cette crise, qu’est-ce que vous vous diriez ?

Je dirais d’avertir les politiciens, de leur dire de faire une bonne analyse du risque – ce qu’on fait, nous, en tant qu’entreprise, chaque année – pour mieux anticiper.

Pouvez-vous décrire la « nouvelle normalité » dans votre secteur d’activité ?

Dans notre secteur, on aura un peu plus de digital dans le marketing, la production ou le travail au quotidien. Je crois qu’il y a aussi un peu plus de recul par rapport au travail, savoir que la vie n’est pas éternelle, essayer d’en profiter tout en gagnant en efficacité pour l’entreprise.

Y a-t-il eu des innovations particulières dans votre domaine d’activité au cours de l’année passée ?

Chaque année on innove, on n’a pas attendu la crise pour le faire. On sort deux-trois nouveaux produits par année, mais pas particulièrement suite à la crise. Par contre, dans tout ce qui est modèle d’affaires, on voit aussi le trend, inhabituel pour notre secteur, de vendre des services plutôt que des produits.

Chaque année on innove, on n’a pas attendu la crise pour le faire.
Eric Schnyder
CEO, Sylvac
C’est une demande des clients ou c’est quelque chose que vous poussez ?

Ce n’est pas une demande des clients, on pousse et on pense que dans cinq-dix ans il y aura beaucoup plus de services dans tout ce qui est digital plutôt que des produits.

De quels types de services d’agit-il ? Maintenance, amélioration ?

Nous vendons nos machines optiques à nos clients, mais une maintenance régulière s’impose pour qu’elles gardent leurs capacités. Avant, ce service était parfois offert mais il a un coût, avec un technicien sur place pour nettoyer, calibrer les machines. On vend ce service depuis peu sous forme d’abonnement, ça commence à être accepté par le marché. Les concurrents y vont aussi, d’ailleurs.

Vous disiez que les clients avaient évolué en acceptant le changement vers le digital, y a-t-il eu d’autres évolutions dans leur comportement ?

Sur les placements de produits ou les formations de produits, les gens sont plus ouverts à une présentation en visioconférence. Ça amène aussi nos techniciens à avoir plus contacts avec les clients finaux. Dans la partie R&D ils sont souvent dans leur monde, sans imaginer comment ça se passe sur le terrain.

Quels sont vos objectifs : trimestre, semestre, année ?

On a fait -20 % en 2020 par rapport à 2019, ce qui est acceptable. Pour mémoire, on avait -52 % en 2008 par rapport à 2009. On s’attend maintenant à une progression moyenne, des volumes plus ou moins équivalents à ceux de 2019, avec une croissance graduelle de 2 % chaque année.

Vous êtes une entreprise familiale, est-ce un avantage pour traverser ce genre de crise ?

En effet, c’est un avantage je pense parce qu’on n’a pas la pression d’actionnaires. Même si on fait une année, voire deux années de déficit, pour autant qu’il y ait une vision de sortie, on n’a pas de souci.

Vous êtes aussi une entreprise formatrice, c’est important dans votre domaine d’activité, pouvez-vous nous décrire ce que vous faites dans ce domaine ?

On a une filière de formation pour une quinzaine d’apprentis qui tournent sur différentes entreprises, ce qui est enrichissant pour eux. On essaie aussi d’encourager la formation continue.

La qualité de la formation a-t-elle souffert avec la crise, avez-vous dû vous adapter ?

Je pense que ça a peut-être profité à la formation, les employés étaient plus disponibles, mais aussi plus aptes à suivre une petite formation d’une demi-journée faisable à distance.

En tant qu’entreprise familiale, comment vivez-vous votre responsabilité vis-à-vis de vos collaborateurs, de vos clients, de la société en général ?

Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Moi je fais ce que je peux dans l’entreprise, et je pense que chacun doit prendre ses responsabilités. Ce qui est un peu plus difficile, c’est d’être toujours exemplaire. Il est malaisé de savoir comment les autres nous perçoivent. Je pense en particulier aux jeunes, qui ont une approche différente de nous.

Vous êtes-vous fixé des objectifs de développement durable ?

Les nouveaux bâtiments qu’on a construits, même s’ils ne sont pas certifiés Minergie, sont efficients en énergie. Nos instruments eux-mêmes sont intéressants parce qu’ils sont basse consommation. L’écologie peut très bien passer par l’innovation. Dans notre activité, on essaie de faire le maximum.

Une question un peu plus philosophique : la résilience est-elle une faculté innée ou peut-on l’apprendre ?

Un peu des deux. C’est l’expérience et les coups qu’on a reçus sur le parcours qui nous permettent d’être plus résilients.

Un dernier message que vous aimeriez faire passer ?

Je pense que ce que nous avons traversé nous permet de réfléchir à la manière de mieux gérer la situation pour la prochaine crise. Je pense que c’est une belle opportunité de se remettre en question. On connaissait la crise économique, mais la crise sanitaire c’est assez nouveau pour nous. Avec de simples mesures préventives et un petit peu de gel, un petit peu de masques et un peu d’anticipation, on est prêts pour la prochaine pandémie qui nous tombera dessus, on ne sait pas quand. Et en plus on sait mieux comment diminuer la transmission de la grippe saisonnière.

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