3 min de temps de lecture 2 déc. 2019
La finance durable européenne, clé de la transition énergétique

La finance durable européenne, clé de la transition énergétique

Par

Caroline Delérable

Associée, Sustainable Performance & Transformation, France

Exigence, engagement et écoute, tels sont les atouts à cultiver pour accompagner nos clients dans leurs transformations les plus ambitieuses.

3 min de temps de lecture 2 déc. 2019

Le financement de la transition énergétique et la fin des énergies fossile constituent un véritable enjeu.

D’ici 2030, si les Etats continuent sur la même trajectoire, les émissions dues à la production d’énergie fossile seront 50% plus élevées que celles fixées par l’accord de Paris pour limiter le réchauffement climatique à 2°C. C’est la situation révélée par le « production gap report » de l’ONU environnement à la veille de la COP 25 en Espagne. L’un des enjeux principaux posé par la transition énergétique et la fin des énergies fossile est celui de son financement. Selon les dernières évaluations de la Commission Européenne, il faudra environ 180 Md€ d’investissements annuels supplémentaires en Europe jusqu’en 2030 dans des infrastructures sobres en carbone pour respecter les objectifs de l’accord de Paris et les fonds publics ne suffiront pas pour répondre à ces besoins d’investissement.

Quel rôle pour les marchés et les acteurs financiers dans la transition énergétique ?

Le financement d’une « transition juste » était au cœur de la 5ème édition du Climate Finance Day, conférence sur le financement de l’action climatique réunissant des acteurs financiers de haut niveau à Paris. Le rôle des marchés et acteurs financiers dans le financement de la transition énergétique est essentiel mais il reste encore à clarifier.

Du point de vue de la réglementation, il s’agit tout d’abord de s’accorder sur les critères définissant une activité verte. C’est le travail réalisé en ce moment par le TEG (groupe d’experts technique) de la Commission Européenne avec le projet sur la taxonomie. La construction d’un référentiel d’activités vertes est déterminante pour orienter les décisions d’investissement et favoriser à l’inverse les mouvements de désinvestissements des activités liées aux énergies fossiles (cf. récente annonce de la Banque Européenne d’Investissement). Pour éviter un « effet couperet » à court terme entre activités « vertes », très peu présentes aujourd’hui, et toutes les autres, une piste de réflexion intéressante consisterait à considérer des « projets de transition » qui viendraient s’intercaler entre les activités à caractère durable et celles fortement émettrices. En effet si la sortie du charbon parait, dans l’ensemble, relativement accessible il n’en va pas de même pour sortir du gaz et du pétrole... C’est l’orientation adoptée par un grand groupe français de l’assurance qui va placer sur le marché des « transition bonds », finançant par exemple des projets pour accompagner la transition du transport maritime du diesel au gaz naturel. Ces projets « gris », ou de « transition » devront bien entendu être encadrés par des exigences posées par les autorités financières, et suivre des objectifs quantitatifs précis.

Vers une harmonisation du reporting extra-financier…

Pour mesurer l’impact climatique des investissements, mais aussi pour gagner la confiance des épargnants et accroitre les placements verts, il faut également faire progresser le reporting par les émetteurs et les investisseurs. Si la France est plutôt avancée du fait de l’obligation de reporting sur les enjeux liés au climat avec la DPEF Déclaration de Performance Extra-financière et l’article 173 pour les investisseurs et sociétés de gestion, des discussions sont engagées pour définir des standards de marchés au niveau européen dans le cadre de la révision de la directive européenne sur le reporting non financier. De même une proposition de règlement à l’échelle européenne est en cours de finalisation, ce règlement vient préciser les obligations des investisseurs sur la prise en compte des critères ESG dans leurs décisions d’investissement et sur la communication des informations ESG aux bénéficiaires.

… Favorisant un investissement durable

Du côté des financeurs, il faudra travailler à une meilleure intégration du risque climatique dans les décisions de financement. La modification des règles prudentielles, pour y intégrer des critères ESG, sera une étape essentielle. Si le risque associé aux projets liés aux énergies fossiles se révélait plus élevé qu’actuellement, assorti d’une exigence de rentabilité plus élevée, la décision d’investir dans des projets de transition ou d’énergies renouvelables en serait sans aucun doute grandement facilitée…Une consultation publique de l’European Banking Authority est en cours jusqu’au 3 janvier prochain sur ce sujet.

Ainsi, si les questions à résoudre restent complexes, le volontarisme du modèle européen et son expertise en finance durable constituent une opportunité pour positionner les marchés de l’Union Européenne et particulièrement de la France, en leaders mondiaux de la transition énergétique.

Ce qu'il faut retenir

Le volontarisme du modèle européen et son expertise en finance durable constituent une opportunité pour positionner les marchés de l’Union Européenne et particulièrement de la France, en leaders mondiaux de la transition énergétique.

A propos de cet article

Par

Caroline Delérable

Associée, Sustainable Performance & Transformation, France

Exigence, engagement et écoute, tels sont les atouts à cultiver pour accompagner nos clients dans leurs transformations les plus ambitieuses.